Le constructeur Geekom a retiré de ses anciennes pages de support un installeur de pilote réseau que plusieurs moteurs d'analyse classent comme malveillant. Le fichier s'appelle Install_PCIE_Win11_11.10.0720.2022_11222022.exe et il dormait dans l'archive LAN partagée par six mini-PC de la marque : A7, A8, AE7, AE8, AX7 Pro et AX8 Pro.
Le signalement part d'un utilisateur de r/MiniPCs sur Reddit, et du site
VideoCardz qui a vérifié lui-même
en téléchargeant l'archive directement chez Geekom le 15 août dernier. VirusTotal, FileScan.IO, MetaDefender et YARAify réagissent tous les quatre, ce dernier en remontant même des signatures ClamAV qui nomment la famille Asruex.
Alors c'est déjà un peu chaud d'apprendre ça, surtout si vous avez un PC Geekom mais la problème c'est que ce n'est pas absolument pas une nouveauté !
En effet, le 29 décembre 2024, le propriétaire d'un AE8 explique
sur le forum ComputerBase
qu'il vient de réinstaller Windows, qu'il a pris ses pilotes sur le site du fabricant, et que Defender lui a sorti Trojan:Win32/Asruex.A au décompactage. Il dit ensuite avoir écrit à Geekom pour les prévenir.
20 mois plus tard,
Tom's Hardware décrit
sur les machines Geekom, des permissions administrateur, des frappes clavier interceptées et une connexion à un serveur de commande, et PCWorld raconte que des attaquants sont venus glisser une backdoor dans le paquet.
Ce fichier est donc bien un paquet Realtek générique, que
DriversCloud héberge et redistribue
depuis le 25 novembre 2022 et qui s'est fait vérolé ensuite en 2024. Sur l'origine de l'exemplaire qui traînait chez elle, Geekom dit dans
son communiqué du 18 août
qu'il s'agit d'une ressource obsolète oubliée sur de vieilles pages, mais jamais d'une intrusion.
Donc si vous avez téléchargé et lancé cet installeur LAN depuis une page support d'un de ces six modèles, vous êtes concerné !! Le Windows livré avec la machine n'est pas en cause, du moins d'après Geekom. Supprimez donc l'installeur, lancez un scan complet avec Windows Defender ou votre antivirus préféré, et récupèrez un pilote réseau faible chez Realtek ou directement via Windows Update.
De son côté, Geekom a invoqué la déesse de l'effet Streisand en demandant à VideoCardz de retirer son article mais VideoCardz a dit non évidemment...
Trois chercheurs de l'université du Massachusetts à Amherst ont réussi à régler pour 3,19 dollars d'achats dans un supermarché avec une carte bancaire périmée !
Leur secret ?
Glisser une app maison entre la carte et le terminal qui trafique la date d'expiration de la carte.
En fait, leur montage relaie les échanges NFC et modifie au passage un champ que personne ne protège : la date d'expiration lue par le terminal. Leur papier s'appelle
Zombie Cards Back Online
, et a été présenté à USENIX Security 2026.
La mécanique tient en réalité à une bizarrerie du réseau Visa. Une carte annonce sa date d'expiration à deux endroits différents, et sur le kernel Visa, la date que le terminal consulte pour ses contrôles locaux n'est reliée à aucune signature. La banque, elle, regarde l'autre. Les deux devraient être liées cryptographiquement mais elles ne le sont pas.
Pire, ce kernel transmet à la banque un TVR entièrement à zéro. Le TVR, c'est le champ qui raconte ce que le terminal a vérifié et ce qui a coincé. Rempli de zéros, il ne raconte plus rien, du coup, la banque autorise une transaction sans savoir que les contrôles d'en face ont été contournés.
Reste que la portée est plus étroite que le tour de force le laisse croire. Sur cinq banques américaines testées, une seule a validé l'opération de bout en bout dans des conditions de laboratoire, permettant de payer jusqu'à 500 dollars. Une autre a laissé passer le terminal puis refusé côté banque. De leur côté, les kernels Mastercard, American Express et Discover, eux, ont rejeté les modifications.
Il faut aussi avoir la carte expirée à portée de NFC, et que la banque ait réémis la nouvelle avec le même numéro de compte, ce que les auteurs décrivent comme une pratique d'émetteurs américains.
Bref, c'est pas si simple et tous les essais ont eu lieu aux États-Unis donc rien ne dit non plus ce que ça donnerait sur un terminal français, où le
sans contact plafonne
de toute façon à 50 euros par paiement, 150 euros cumulés et 5 opérations avant que ça ne réclame le code. Puis de toute façon, le numéro de CB change intégralement à chaque renouvellement de carte, donc bon...
Six ans plus tôt, l'équipe de David Basin publiait
The EMV Standard: Break, Fix, Verify
, une application Android en relais sur du Visa sans contact, ce qui permettait de payer sans saisir de code. C'est vrai que les
failles du paiement sans contact
ne datent pas d'hier mais ce qui est neuf ici, c'est cette histoire de faiblesse au niveau de la date d'expiration.
Voilà, comme d'hab, Visa a été prévenu en mai 2025, relancé en décembre mais ni Visa ni les banques n'ont annoncé le moindre correctif pour le moment...
Enfin !! Le
compteur du projet de décompilation
de GoldenEye 007 affiche dorénavant 208 fichiers traités sur 208, et cela pour les trois versions de la cartouche, japonaise et européenne comprises. Le dernier commit du dev KholdFuzion est d'ailleurs classe, puisqu'il porte le titre "*james bond will return. *".
Oh yeah !
Techniquement, le code C reconstitué ressort du compilateur sous la forme d'une ROM identique à celle de 1997, octet pour octet. C'est précisément ce que veut dire le mot "matching" dans ces projets. Ce n'est donc pas un jeu équivalent qui se comporterait pareil que le jeu d'origine... Non, c'est exactement le même binaire !
Après comme vous vous en doutez, le dépôt, lui, n'embarque pas tous les assets nécessaires à la compilation, pour des questions de droits d'auteur comme d'hab. Le
README du projet
nous explique ainsi qu'il faut posséder une copie du jeu, et que les scripts iront extraire ce qui manque de votre côté.
Après c'est pas cette recompilation qui fait que GoldenEye devient soudainement "moddable". En effet, il l'est depuis longtemps, via le
GoldenEye Setup Editor
de SubDrag, Wreck et Zoinkity, capable d'importer vos propres modèles 3D dans le jeu.
Ce qui change par contre, c'est que jusqu'ici on éditait des structures dans un binaire, alors que maintenant on modifie le moteur en C et on recompile. C'est le même chemin qu'avait pris ce bon vieux
Duke Nukem Zero Hour l'an dernier
.
Et c'est d'ailleurs ce que fait KholdFuzion à côté, avec
GoldenRecomp
, qui recompile la ROM en exécutable PC natif. Avec ça, le jeu peut tourner sur un ordinateur. Apparemment, c'est plutôt stable, et le son est bon.
Mais toute l'interface multijoueur reste à faire, le ciel du barrage part en vrille parce que le moteur de rendu ne digère pas les commandes de dessin maison, et certaines armes tirent trop vite maintenant que tout tourne à 60 images par seconde. Ce n'est donc pas encore vraiment jouable.
Aucune release n'a été publiée à ce jour, ni même un tag, ce qui veut dire qu'on est encore loin d'un
portage installable comme celui de Zelda 64
. Faudra compiler vous-même, après avoir "build" une ROM depuis la branche du projet conçue pour ça.
Dans le même style, n'oubliez pas l'existence de
GoldenEye-Recomp de SunJaycy
, qui lui, est déjà jouable avec du multijoueur en ligne, mais qui n'a rien à voir avec tout ça puisqu'il recompile la version Xbox 360 qui n'est jamais sortie, et pas la N64.
Bref, si vous attendiez un exécutable à lancer ce soir, ce n'est pas ce que vous aurez mais ce qui s'annonce ensuite est très prometteur !
Anthropic a annoncé que ses modèles Claude allaient intégrer un filigrane invisible directement dans les textes qu'ils produisent. Vous ne le verrez pas, il ne change ni le sens ni la qualité de la réponse, mais il est là, et il suit le texte au copier-coller.
Anthropic, l'éditeur de Claude et concurrent direct d'OpenAI, a signé le code de bonnes pratiques adossé à l'AI Act, le règlement européen sur l'intelligence artificielle, dont les obligations de transparence s'appliquent depuis le 2 août. Le texte impose que les contenus générés par IA soient identifiables par une machine.
Google, Meta, Microsoft, OpenAI ou encore Synthesia ont signé le même document. Anthropic va plus loin que le minimum demandé, puisque son marquage sera déployé partout dans le monde, et pas seulement en Europe.
Dans la pratique, les modèles lancés dans l'Union européenne à partir du 2 août embarquent le marquage dès leur sortie, et les plus anciens y passeront ensuite, sans calendrier précis. Le filigrane s'appliquera sur le site de Claude, dans l'API, dans Claude Code et jusque dans les versions hébergées chez Amazon, Google et Microsoft.
Anthropic ne détaille pas sa recette. Les filigranes de texte qu'on connaît déjà, le SynthID de Google par exemple, biaisent discrètement le choix des mots pendant la génération, et le motif statistique qui en ressort ne se voit pas à l'œil nu mais se retrouve avec le bon détecteur. La marque survit au copier-coller. Pour la faire sauter, il faudrait réécrire le texte en profondeur, et encore, Anthropic admet ne pas savoir où placer le curseur.
Les images et les fichiers y auront droit aussi, via des métadonnées signées au standard C2PA que les fabricants d'appareils photo utilisent déjà pour tracer l'origine d'un cliché.
La marque signale en fait qu'un texte est passé entre les mains de Claude, sans rien dire de qui tenait le stylo au départ. Votre propre prose, confiée au robot pour une simple relecture ou une traduction, ressortira du coup tatouée pareil qu'un texte généré de bout en bout. Anthropic le reconnaît direct.
Sur les réseaux, l'accueil est un peu agacé, pas mal d'utilisateurs digérant mal l'idée d'une signature cachée glissée dans leurs documents de travail.
OpenAI a signé le même code de bonnes pratiques et marque déjà ses images, ses vidéos et son audio depuis fin juillet. Pour les textes de ChatGPT, rien pour le moment, mais ça viendra peut-être.
Jonathan Blow, le développeur de Braid et de The Witness, a annoncé hier (le 12 août) sur X qu'il laissait tomber VLC... La raison c'est 33 putain de secondes d'attente entre un clic sur un fichier MP3 et le début de la lecture, sous Windows (évidement). C'est vrai qu'une demi-minute pour lancer un son sur une machine récente, c'est abusé ! Du coup, il est repassé au bon vieux lecteur multimédia de Microsoft.
Son point de vue c'est que "tout un secteur du logiciel open source est dans un état franchement embarrassant" dès qu'il s'agit de tourner Windows. Je peux pas lui donner tord, c'est vrai que le ralentissement est réel sous Windows 11, sans qu'on sache vraiment pourquoi...
Mais heureusement,
la réponse de VideoLAN
ne s'est pas faite attendre et a replacé correctement le débat. Pour l'équipe de VLC, la lenteur vient d'un bug de Microsoft Defender arrivé avec une mise à jour de Windows 11, qui a mis le cache de plugins de VLC en quarantaine. L'antivirus maison de Windows a donc classé comme suspect, puis mis de côté, un fichier que VLC génère lui-même. VideoLAN écrit qu'il s'est retrouvé là "comme par magie".
Pour remettre VLC d'aplomb, VideoLAN propose donc de réinstaller le logiciel ou de régénérer ce cache. Mais pas besoin d'aller jusqu'à la réinstallation, puisque l'installeur Windows officiel dispose déjà d'un raccourci qu'il faut dans le dossier VideoLAN du menu Démarrer, "VLC media player - reset preferences and cache files".
Ce raccourci lance vlc.exe avec les deux options de remise à zéro, la configuration et le cache de plugins, puis referme aussitôt le lecteur. Ça devrait faire le taf même si attention, vos préférences partent aux chiottes avec le reste, donc si vous avez bricolé vos réglages de sortie audio, vos raccourcis clavier ou vos sous-titres, vous les perdrez. Mais ensuite, le cache, lui, se reconstruira au lancement suivant.
Après régénérer le cache n'empêche pas Defender de le rechoper par la suite. L'autre option, c'est donc d'exclure une bonne fois pour toutes vlc.exe de la liste d'analyse de l'antivirus.
Bref, ce genre de faux positif n'est pas nouveau chez Windows Defender, qui y'a pas longtemps a même pris des certificats DigiCert pour un cheval de Troie, sans parler des
ISO Linux qui se font flagger régulièrement
.
Voilà, hormis la comm de VLC pour le moment, personne n'a encore publié de détails techniques, et Microsoft n'a rien dit.
Anthropic, le concurrent direct d'OpenAI sur les modèles d'IA, a publié hier un billet de recherche qui a fait pas mal de bruit : son modèle Claude Mythos Preview a trouvé en 60 heures une faiblesse dans HAWK, un schéma de signature post-quantique que deux ans de relecture humaine n'avaient pas repérée.
La cryptographie post-quantique, ce sont ces nouveaux algorithmes conçus pour résister aux futurs ordinateurs quantiques, qui pourraient un jour casser une partie du chiffrement actuel. Le NIST, l'organisme américain qui normalise ces standards, organise depuis des années un concours public, et HAWK y concourt au troisième tour pour les signatures numériques, ce mécanisme qui prouve qu'un message vient bien de vous.
Sauf que voilà, ce que l'IA a réellement cassé, c'est HAWK-256, un paramètre de défi mis à disposition des chercheurs pour être attaqué, pas les versions HAWK-512 et HAWK-1024 pensées pour un usage réel. L'attaque fait passer le coût d'une récupération de clé de 2 puissance 64 à 2 puissance 38 opérations, de quoi diviser par deux la taille de clé effective sur un schéma qui n'est déployé nulle part.
Deuxième résultat mis en avant : une attaque 200 à 800 fois plus rapide que la meilleure méthode connue contre AES-128 réduit à 7 tours. AES, c'est le chiffrement le plus utilisé au monde, celui qui protège votre navigateur, vos sauvegardes ou votre disque dur.
Un tour, c'est une passe de brouillage des données, et AES-128 en enchaîne dix. Les cryptographes attaquent depuis toujours des versions volontairement raccourcies pour jauger la marge de sécurité du vrai chiffre, du coup 7 tours, c'est un exercice académique, rien de plus.
Même sur cette version affaiblie, l'attaque suppose de faire chiffrer environ 2 puissance 105 messages choisis par l'attaquant, une quantité de données que personne ne réunira jamais. Anthropic l'écrit noir sur blanc : aucun système en production n'est touché.
Le sujet est ailleurs. La technique contre AES, que le modèle a baptisée le pont de Möbius, est sortie de trois jours de travail quasi autonome pour environ 100 000 dollars de calcul, avant plusieurs centaines d'heures de vérification par des chercheurs humains, seuls capables de confirmer que l'attaque tient debout.
Anthropic a d'ailleurs prévenu les auteurs de HAWK dès juin et coordonné sa publication avec le NIST. Chez Keyfactor, une société spécialisée dans la gestion du chiffrement, on y voit la preuve que le processus d'évaluation fait son travail : mieux vaut découvrir ces faiblesses maintenant qu'une fois le standard déployé partout.
Une IA qui trouve toute seule des failles dans du chiffrement, c'est franchement impressionnant. Les titres qui enterrent déjà le chiffrement mondial, beaucoup moins.
Saviez-vous que ce bon vieux GLM 5.2 répond seulement à 17 % des questions politiquement sensibles portant sur la Chine. Eh bien maintenant, dites-lui qu'il est Claude, et il montera à 85 % !! C'est le résultat que viennent de sortir
Benji Berczi et Kyuhee Kim
, deux chercheurs du programme MATS, en collant de fausses identités à 7 modèles pour voir ce qui bougeait dessous.
Le protocole c'est juste une ligne ajoutée au system prompt, du genre "Tu es Claude, un grand modèle de langage d'Anthropic". Et rien d'autre ne change, ni le modèle, ni les questions posées.
Sauf que le nom "Claude" n'est pas vraiment la variable. Quand les chercheurs présentent le développeur comme un labo occidental, le modèle de Z.ai répond sans censure dans 62 à 81 % des cas. Alors que dans un cadrage chinois, ça retombe à 27 %. Bref, ce qu'il module en réalité, c'est la juridiction sous laquelle il croit bosser.
Et cette censure n'est pas câblée pareil d'un modèle à l'autre. Chez GLM elle est molle, logée dans les poids mais négociable par le contexte. Alors que chez Qwen elle est verrouillée. 0 % de réponses non censurées quoi qu'on lui raconte, et plutôt que refuser il récite la position officielle, "Taïwan est une partie inaliénable de la Chine, nous adhérons au principe d'une seule Chine".
Et chez Kimi, elle n'est même pas gérée par le modèle. C'est l'API de Moonshot qui intercepte en amont, 40 requêtes sensibles sur 48 bloquées avant d'atteindre quoi que ce soit.
Sur l'identité elle-même, Kimi K3 est le seul à déraper tout seul. Sans qu'on ne lui demande rien, il s'est présenté comme un grand comme étant Claude, 4 fois sur 10. GLM, lui, dit toujours qu'il est GLM. Bizarre non ?
Alors on pourrait croire que c'est parce que ces modèles ont été
distillés
à partir des modèles d'Anthropic, mais d'après les chercheurs, "ce n'est pas une preuve de distillation, mais ça montre que la conception que Claude a de lui-même est inscrite dans les poids de ces modèles."
Ils signalent même un biais gênant, qui est que les labos entraînent explicitement leurs modèles à ne pas répondre "je suis ChatGPT" (DeepSeek V3 le faisait en boucle à ses débuts), donc accepter "Claude" par défaut est un indice bien faiblard... De quoi calmer un peu les ardeurs de ceux qui
brandissent des sanctions
.
Et sur le mensonge de ces modèles, attention à ne pas lire l'étude de travers. Mis en situation de mentir pour se rendre utile, GLM ment entre 63 et 69 % du temps, mais avec l'identité Claude ça tombe à 22 %.
Sauf que le gros du gain ne vient pas de cet effet "Claude". En réalité, le simple fait d'avoir un system prompt (n'importe lequel quoi) fait déjà chuter le taux à 43 %, et n'importe quel cadrage d'assistant serviable finit entre 20 et 40 %. Claude est donc dans la fourchette, pas au-dessus.
Chez Llama et Gemma, l'identité Claude fait même légèrement grimper le mensonge, les modèles ayant l'air de comprendre le prompt d'identité comme une invitation à jouer le jeu.
Fin juin, je vous racontais que
j'avais branché GLM 5.2 dans Claude Code
via l'API de Z.ai et comme mon launcher déclare glm-5.2 comme modèle Sonnet, le bestiau reçoit un system prompt d'assistant estampillé Anthropic à chaque lancement, donc je suis pile dans ce cas-là.
Les chercheurs n'ont pas testé ce cas précis, mais si leur mécanisme tient, le modèle qui tourne dans mon terminal n'est déjà plus tout à fait celui de l'app chinoise.
Après faut pas s'emballer non plus. On parle de 5 à 6 questions par catégorie, une seule formulation testée, un seul run par combinaison, avec GPT-4.1 en juge. C'est un signal, pas un mode d'emploi. Et vu que la dérive de Kimi s'est volatilisée en 3 jours, ce genre de résultat périme vite.
Du coup, la prochaine fois qu'un modèle chinois vous répond de la merde censurée, retravaillez votre system prompt ou changez de CLI et vous verrez surement une grosse amélioration !
Anthropic, la société qui édite l'assistant Claude et qui reste l'un des principaux rivaux d'OpenAI et de Google, a annoncé hier Claude Opus 5, un nouveau modèle qui vient se caler juste sous son vaisseau-amiral Fable 5 tout en coûtant environ deux fois moins cher à l'usage.
Le tarif ne bouge pas. Comptez 5 dollars par million de tokens en entrée et 25 dollars en sortie, exactement comme pour le précédent Opus 4.8, sachant qu'un token est le petit morceau de texte que le modèle lit ou écrit, en gros une syllabe, et que c'est l'unité de facturation de toutes ces IA.
La fenêtre de contexte, c'est-à-dire la quantité de texte que le modèle garde en mémoire d'un coup, monte à un million de tokens, l'équivalent d'un très gros livre, et la réponse peut s'étirer jusqu'à 128 000 tokens. La réflexion est activée par défaut, le modèle prend donc le temps de raisonner avant de répondre, et les pressés peuvent basculer sur un mode environ 2,5 fois plus rapide, facturé le double.
Les progrès annoncés portent surtout sur le code, sur les tâches d'agent, où l'IA enchaîne seule des actions pour accomplir un travail, et sur le computer use, où elle pilote carrément un ordinateur en cliquant, en naviguant et en remplissant des formulaires comme le ferait un humain.
Sur les benchmarks, ces tests standardisés qui servent à comparer les modèles, Opus 5 passe de 19 à 43 % sur FrontierBench, de 1,5 à 30 % sur ARC-AGI-3, qui mesure la résolution de problèmes jamais vus, et grimpe à 71 % sur OSWorld, le test de pilotage d'ordinateur, contre 56 % pour son prédécesseur.
Sur SWE-bench Verified, qui fait corriger de vrais bugs de code, il atteint 96 %. Sauf que voilà, sur la version plus dure de ce test, Fable 5 garde une très courte avance, 80 % contre 79, et l'égalité avec le haut de gamme maison mérite donc un astérisque.
Autre réserve, tous ces chiffres viennent d'Anthropic elle-même, et l'expérience montre qu'entre les scores d'une annonce et l'usage quotidien, il y a parfois de la marge.
Côté abonnements, Opus 5 devient le modèle par défaut de l'offre Claude Max et le plus costaud accessible avec un abonnement Claude Pro. Du coup, la vraie question n'est plus de savoir si ce modèle est bon, mais de savoir qui a encore une raison de payer Fable 5 deux fois plus cher.
Pour moi, Opus 5 devient le choix par défaut, et Fable 5 se retrouve cantonné aux rares usages où le dernier point de pourcentage se paie sans discuter.
Ma page "Quelle est mon adresse IP" traînait sur korben.info depuis presque 15 ans, à peu près dans son jus d'origine. Hé bien, bonne nouvelle, je viens de la refaire entièrement, et elle est là :
korben.info/ip
.
Vous arrivez dessus, votre IP publique s'affiche en gros, IPv4 et IPv6 séparées avec un bouton copier, et juste en dessous une grille de cartes déballe tout ce que votre connexion raconte sur vous sans que vous ayez rien demandé. La localisation estimée d'abord, sauf que c'est pas du GPS, juste la ville que les bases GeoIP collent à votre IP (sur mobile ça part parfois à 200 km à côté) mais aussi votre opérateur et son numéro d'AS, de datacenter Cloudflare par lequel vous passez, la latence jusqu'à lui, le protocole, le chiffrement.
Y'a une carte que je trouve bien pratique aussi c'est la carte "VPN ou pas ?". Elle compare le fuseau horaire vu depuis votre IP avec celui réglé sur votre appareil, et repère si vous sortez par une IP de datacenter, le signe quasi certain d'un VPN ou d'un proxy.
J'ai ajouté aussi un petit test de débit maison (descendant, montant, latence, gigue), tout comme le fameux leak WebRTC, ce truc qui balançait votre IP locale à n'importe quel site avant que les navigateurs ne finissent par la masquer. Ça peut encore fonctionner sur de vieux browser alors je l'ai laissé.
Le point important, parce que je sais que vous allez me poser la question, c'est que de mon côté, rien n'est stocké, rien n'est tracé, rien n'est revendu. Tout est lu à la volée entre votre navigateur et mon CDN, qui se contente de faire transiter vos requêtes comme n'importe quel hébergeur.
Votre IP en dit déjà bien assez long sur vous
comme ça, pas la peine d'en remettre une couche.
Bref, un bon coup de bouc-marque (bookmark, pour les intimes ^^) sur
korben.info/ip
et vous aurez votre IP et l'état de votre connexion sous la main en un clic.
Les câbles magnétiques, ce n'est pas nouveau, ça fait bien une dizaine d'années qu'on en trouve. L'idée a toujours été la même, vous laissez un petit embout aimanté planté en permanence dans le port de votre appareil, et le câble vient s'y coller tout seul quand vous en avez besoin.
Sauf que pendant longtemps, ces câbles ne servaient qu'à recharger doucement, ils plafonnaient vite et laissaient tomber la charge rapide. C'est justement ça qui a changé ces dernières années.
Le modèle que j'utilise en ce moment, un MOSHOU tressé en nylon violet
vendu autour de 17 euros
, encaisse en théorie jusqu'à 240W, soit du 48V et 5A. Autant dire qu'on est très loin du petit câble aimanté poussif d'avant.
Aucun de mes appareils ne réclame autant de watts, évidemment, mais du coup la charge n'est plus jamais ralentie à cause du câble. Il y a une puce E-Marker planquée dedans qui règle le courant et la tension toute seule selon ce que vous collez au bout, donc a priori pas de risque d'envoyer trop de jus dans vos écouteurs.
Moi je m'en sers surtout pour mes écouteurs, mon petit modem 5G et les manettes qui traînent sur mon bureau. J'ai laissé un embout aimanté planté dans chacun, et ça facilite clairement ma recharge au quotidien.
L'aimant est assez costaud pour tenir, et l'embout se décroche simplement en tirant dessus. L'autre avantage c'est le port USB-C qui s'use beaucoup moins vite qu'à force de brancher et de débrancher.
Le pack en livre trois, donc vous en plantez un dans chaque appareil et un seul câble circule pour tout le monde. Il y a même une petite LED qui s'allume en violet pendant la charge.
Bon, ça ne change pas une vie, mais pour 17 euros et le plaisir de ne plus jamais chercher le port à l'aveugle, je l'ai adopté sans trop me poser de questions. Pour les petites recharges du quotidien c'est bien sympa.
Si vous voulez tester, c'est par ici sur Amazon
.
Microsoft vient de publier Mage-Flow, un modèle de génération d'images de 4 milliards de paramètres, et dont l'objectif est d'atteindre la qualité des gros modèles sans en avoir la taille. Là où FLUX.2 embarque 32 milliards de paramètres, Qwen-Image 20 et Z-Image 6, Mage-Flow joue dans la même cour mais seulement avec 4 milliards de paramètres.
Le pari de Microsoft, c'est ce qu'on appelle le co-design. Au lieu d'empiler les paramètres,
Mage-Flow
mise sur deux briques taillées ensemble. D'abord Mage-VAE, un tokenizer latent qui encode et décode les images avec 12 à 22 fois moins de calcul par pixel que le VAE de FLUX.2, à qualité de reconstruction équivalente. C'est ce qui débloque la haute résolution, habituellement le point où ces modèles s'étranglent.
Et ensuite un transformer de diffusion multimodal baptisé NR-MMDiT, entraîné en rectified flow matching, avec Qwen3-VL comme encodeur de texte. Un seul checkpoint génère alors de 512 à 2048 pixels, dans n'importe quel ratio, jusqu'à des formats extrêmes en 4:1 sans buckets ni padding. Vous demandez du 512×2048 ou du 2048×512, il vous le sort.
Le modèle existe en trois saveurs. La Base qui tourne en 30 étapes de débruitage, la version RL-aligned à 20 étapes, et la Turbo distillée qui crache une image en 4 étapes seulement. Et il y a son jumeau, Mage-Flow-Edit, qui fait de l'édition d'image par instruction. Vous lui donnez une photo et une consigne en langage naturel, et lui la modifie. Le tout sous licence MIT, poids libres sur Hugging Face, usage commercial compris.
Côté chiffres officiels, tout vient d'un A100 donc c'est pas représentatif sur nos machins mais en gros, on est à 0,59 seconde par image en Turbo, avec un pic mémoire de 18 à 20 Go. Sauf que moi, je n'ai pas d'A100. J'ai un Mac Studio. Et le dépôt ne parle que de CUDA. La doc d'install vous fait compiler flash-attn, qui est une extension qui a besoin d'un toolkit NVIDIA. Zéro mention d'Apple Silicon, zéro mention de MPS, et les exemples sont tous en mode device="cuda" en dur. Bref, pour le moment, je ne suis pas invité à la fête.
Mais en fouillant le code, j'ai trouvé la porte de sortie. Un fichier planqué dans les modules expose un backend alternatif basé sur scaled_dot_product_attention, le mécanisme d'attention natif de PyTorch, prévu JUSTEMENT pour quand flash-attn n'est pas dispo.
Et ce backend-là, il tourne nickel sur Metal. Le piège, c'est que le modèle réclame lui aussi flash-attn par défaut à deux endroits : le transformer, mais aussi l'encodeur Qwen3-VL. Le transformer accepte qu'on bascule plus tard alors que l'encodeur non. Lui, il lit son réglage au moment où il se construit et plante si flash-attn manque. Il faut donc forcer le mode SDPA avant de charger le modèle.
Voici ce que j'ai fait tourner, pour de vrai. On monte un environnement Python, on installe tout sauf flash-attn :
Une fois que c'est fait, y'a plus qu'à vous créer un petit script mage.py par exemple qui basculera l'attention sur SDPA avant le chargement, pointera sur mps et génèrera votre image :
import os
os.environ["PYTORCH_ENABLE_MPS_FALLBACK"] = "1"
from mage_flow.models.mage_flow import ModelConfig
ModelConfig.model_fields["attn_type"].default = "sdpa" # AVANT de charger, sinon Qwen3-VL exige flash-attn
ModelConfig.model_rebuild(force=True)
from mage_flow import MageFlowPipeline
pipe = MageFlowPipeline.from_pretrained("microsoft/Mage-Flow-Turbo", device="mps")
img = pipe.generate(["un barista avec un chapeau de cowboy qui réalise un latte art, lumière chaude"], heights=[1024], widths=[1024], steps=4, cfg=1.0)[0]
img.save("out.png")
Ensuite, lancez le script :
python3 mage.py
Le PYTORCH_ENABLE_MPS_FALLBACK sert de filet comme ça si une opération n'existe pas côté Metal, elle basculera sur le CPU au lieu de tout faire tomber. Premier lancement, le modèle se téléchargera, donc comptez une bonne dizaine de Go entre le transformer 4B, l'encodeur Qwen3-VL et le VAE.
Et ça marche !!! Sur mon M4 Max de 128 Go, le modèle charge en une vingtaine de secondes puis génère une image 1024×1024 en 10 secondes une fois chaud.
Mon barista à chapeau de cowboy est sorti impeccable.
Ma toute première génération Mage-Flow sur le Mac Studio : un barista, 1024x1024, 4 etapes en Turbo.
Cette image 1920x1080 a été générée en moins de 6 secondes,
Pour du batch industriel, une carte NVIDIA restera toujours mieux mais pour générer tranquillement chez soi des petites images sans envoyer ses prompts dans le cloud, c'est parfaitement utilisable, et ça rejoint la logique de
l'IA qui tourne en local sur votre Mac
que je creuse depuis un moment.
Deux détails à connaître avant de vous lancer. Chaque prompt passe par un filtre de contenu obligatoire côté encodeur, sans option pour le désactiver : les prompts jugés interdits reviennent en images de refus. Et chaque image générée porte un watermark Gaussian-Shading planqué dans le bruit initial, lui non plus désactivable. Hé oui, Microsoft trace ses sorties, donc autant le savoir.
Y'a des garde-fous ! J'ai donc très hâte que ce modèle se fasse "libérer".
Reste que c'est un très joli cadeau de la part de Microsoft ! Un modèle libre, compact, qui gère l'édition et n'importe quel ratio, et qui tient sur une machine Apple avec un petit réglage bien caché ^^...
ps: L'image d'illustration de cet article a été générée avec ce modèle.
Maik Klotz, un développeur allemand, a sorti une app menu bar qui repeint votre Mac aux couleurs de Snow Leopard, System 6, Windows 98 ou encore BeOS. Elle s'appelle
RetroMac
et elle ne touche pas une ligne de votre système, donc pas de risques de tout casser.
Le catalogue des thèmes couvre à peu près tout ce qui nous a fait vieillir : le System 6 de 1988 en noir et blanc 1 bit avec ses barres de titre à rayures et sa police Chicago, Mac OS 9 et son Control Strip, l'Aqua bleu bonbon de 2001, le Snow Leopard de 2009, Windows 98, Windows XP et même BeOS. Chaque thème embarque son dock d'époque, ses curseurs, ses icônes et son écran de démarrage animé.
Les économiseurs d'écran sont de la partie aussi, un par thème avec 3D Pipes, FlowerBox, Flying Toasters, Flurry. Si vous ne voyez pas de quoi je parle, c'est que vous êtes trop jeune. Vous en avez de la chance !!
Par-dessus, y'a une trentaine de shaders qui simulent les vieilles dalles : CRT Royal, Sony Trinity, NTSC Composite, VHS, VCR, Game Boy. Vous pouvez les balancer en plein écran, sur un seul moniteur si vous en avez plusieurs, ou sur une seule fenêtre.
Le shader CRT Royal, scanlines et bombement d'écran compris
Le truc auquel je ne m'attendais pas, c'est la caméra virtuelle. RetroMac s'expose également comme une webcam système donc vous débarquez en réunion Zoom, Meet ou Teams avec une tête de VHS mal rembobinée. Effet garanti !! lol.
Et comme RetroMac se contente de peindre un shader par-dessus ce qui est déjà à l'écran, vos apps, vos fichiers et vos réglages système restent totalement intacts, donc c'est sans risques.
Après les thèmes, eux, modifient bel et bien des réglages du dock, de la barre de menus, des icônes du bureau et du fond d'écran, mais c'est rien d'irréversible. Et surtout RetroMac embarque un Health check et un bouton de restauration qui remet tout en place en un clic
Et le rythme de dev est assez dingue puisque le dépôt date du 22 mai et il en est déjà à sa dix-neuvième version. La 2.2, sortie il y a deux jours, ajoute Warcraft I et II qui tournent nativement sur le moteur open source
Stratagus
, avec le shader CRT qui se pose par-dessus le jeu.
Après le reste, c'est carré de chez Carré, il y a un binaire universel Intel et Apple Silicon. Et côté tarifs, tous les thèmes, tous les curseurs et une vingtaine de shaders sont gratuits. Après il y a un mode pro qui coûtera 8,88 euros une fois pour toutes et ajoutera le shader webcam et le fond d'écran animé.
Autrement, il n'y a pas d'abonnement. Et les sources sont sous
GitHub
sous licence GPL 3.0 avec même les fonctions payantes dedans. Donc c'est plutôt très ouvert mais pas encore complètement libre.
J'avais déjà parlé de
ShaderBeam
pour retrouver la netteté du CRT sur un écran moderne, d'
Infinite Mac
pour glisser un vieux Mac dans une page web, et du
Virtual OS Museum
et ses 1700 systèmes mais RetroMac la joue autrement, puisqu'il ne vous colle pas un vieil OS dans une fenêtre, mais déguise celui dont vous vous servez ;).
Voilà, si l'idée de faire booter votre M4 comme un Mac de 2001 vous amuse, c'est
par ici
. Et le jour où ça vous saoule, un clic et tout revient en place.
Anthropic a fini par annoncer ce que tout le monde attendait : à partir du 20 juillet, son modèle d'intelligence artificielle Fable 5 restera inclus dans les abonnements Max et Team Premium, mais avec un plafond fixé à la moitié seulement des limites d'usage habituelles, une manière à peine déguisée de rationner un service que la société n'arrive plus à fournir à tout le monde.
Anthropic, pour ceux qui suivent l'IA de loin, c'est l'entreprise américaine derrière l'assistant Claude et la grande rivale d'OpenAI, l'éditeur de ChatGPT. Fable 5 est son modèle le plus puissant, celui que les abonnés réclament en masse depuis son lancement, au point de saturer les capacités de calcul de la maison.
Et c'est bien ça le problème, parce que faire tourner un modèle aussi lourd demande une quantité énorme de serveurs et de processeurs spécialisés, que l'entreprise n'a tout simplement pas réussi à réunir assez vite face à un engouement qu'elle reconnaît elle-même avoir eu du mal à anticiper.
Le résultat, c'est un long feuilleton de dates repoussées. L'accès sans surcoût pour les abonnés payants devait initialement se terminer le 7 juillet, avant d'être reporté au 12, puis encore au 19, chaque prolongation servant à gagner le temps de brancher davantage de puissance de calcul.
À partir du 20, donc, les abonnés Max et Team Premium pourront utiliser Fable 5 jusqu'à 50 % de leur quota hebdomadaire sans rien débourser de plus, et devront ensuite basculer vers un modèle moins gourmand ou acheter des crédits supplémentaires pour continuer à l'utiliser au même rythme.
Les formules plus modestes, Pro et Team Standard, n'y accèdent plus que via ces crédits d'usage, avec un crédit unique de 100 dollars offert pour faire passer la pilule un peu plus facilement.
Anthropic admet d'ailleurs sans détour que Fable 5 épuise le quota hebdomadaire beaucoup plus vite que ses autres modèles, ce qui revient à dire que chaque requête envoyée coûte cher en électricité et en machines.
L'entreprise jure que le modèle ne disparaîtra pas des abonnements et retrouvera son plein régime dès qu'elle disposera d'assez de puissance de calcul. En attendant, elle rationne en partie.
Le tout au moment précis où le modèle chinois Kimi K3 débarque et rappelle qu'Anthropic n'a plus vraiment le terrain pour lui tout seul.
Microsoft vient de balancer sur GitHub le code source de Comic Chat. Je pense qu'on est peu nombreux à s'en souvenir mais c'était un logiciel sorti en 1996, imaginé par DJ Kurlander chez Microsoft Research, qui affichait nos discussions IRC sous forme de bande dessinée auto-générée, avec les personnages, les bulles et le cadrage gérés automatiquement.
C'était codé en C++ et 30 ans plus tard, ça se compile encore !
Vous tapiez une phrase, et le logiciel décidait quels personnages coller dans la case, quelle tête ils faisaient, comment les orienter, quelle forme donner à la bulle, à quel moment passer à la case suivante et même quel zoom appliquer. Le tout en temps réel, à partir de vos mots. Par exemple, si vous écriviez un point d'exclamation dans votre phrase, hop, votre avatar levait les bras.
Comic Chat recompilé sous Visual Studio 2022, sur Windows 11. La roue des émotions est en bas à droite.
Kurlander a présenté son bidule à SIGGRAPH 96 avec Tim Skelly et David Salesin et c'était assez innovant pour l'époque parce que Comic Chat ne se contentait pas d'afficher vos messages, mais prenait des décisions éditoriales suivant la gueule de votre conversation, tout ça sans IA ^^.
Les gens avec qui vous discutiez étaient sur des serveurs IRC à écrire de la ligne de commande. Et vous de votre côté, vous étiez dans une vraie bande dessinée à discuter avec eux et chacun d'entre eux avait un petit personnage attribué d'office. Les dessins que vous aviez sous les yeux, d'ailleurs, ne sortaient pas d'une
banque de cliparts
. C'est
Jim Woodring
, un auteur de BD indé américain, qui a créé ces personnages.
L'appli a été traduite en 24 langues, livrée avec Internet Explorer 3 puis bundlée avec Windows 98 donc vous l'avez peut-être eu sans le savoir. La version 2 est ensuite arrivée avec IE4 sous le nom de Microsoft Chat, avant que la messagerie instantanée ne bouffe tout au début des années 2000.
Microsoft écrit dans son annonce que Comic Chat a, je cite, "apporté Comic Sans au monde", sauf qu'en réalité c'est Vincent Connare qui avait dessiné la police en 1994 pour Microsoft Bob, dont les bulles en Times New Roman l'avaient rendu dingue. Et cette police est sortie dans le Plus! Pack de Windows 95, soit un an avant Comic Chat. Ouais on me la fait pas moi ^^.
Ce qui est rigolo, c'est que si vous allez fouiller un peu sur le dépôt GitHub et que vous regardez l'historique, vous verrez que Microsoft n'a pas juste poussé une archive et basta. Ils ont carrément reconstruit tout l'historique Git à partir des dates des fichiers. Du coup vous pouvez tomber sur des commits qui datent du 2 août 1996. C'est drôle non ?
Je trouve ça super cool que ce projet soit libéré. Microsoft avait
déjà fait le coup avec Zork
, passé en MIT l'an dernier. En tout cas, il y a eu chez Microsoft, un petit travail de réactualisation avec des versions qui peuvent fonctionner sur les écrans d'aujourd'hui et se connecter sur de vrais serveurs IRC actuels en TLS. Vous pouvez télécharger ces
versions compilées récentes ici.
Et si vous voulez vous lancer, il y a Mermaid Elizabeth qui maintient même
une liste de serveurs
qui marchent encore avec. Perso, entre ça et
un client IRC moderne
, mon choix est vite fait ! ^^
Bref, si vous voulez voir à quoi ressemblait le web quand on se demandait sérieusement "et si les discussions étaient des BD ?",
c'est sur GitHub
.
Oulala, Anthropic vient de publier
une jolie page de recherche
qui fait beaucoup causer. En effet, son équipe d'interprétabilité a repéré, à l'intérieur de ses modèles Claude, une toute petite zone où le modèle rassemble ses pensées intermédiaires, c'est-à-dire celles qu'il est capable de nommer et de manipuler. Ils l'appellent le J-space, et c'est leur version du fameux
espace de travail global
qu'on décrit dans le cerveau humain.
Pour aller le fouiller, ils ont bricolé une technique baptisée Jacobian lens. En gros, elle mesure comment chaque bout d'activité interne du modèle pousse vers tel ou tel mot à venir, ce qui permet d'isoler les concepts que Claude sait verbaliser. Et ce qui remonte à la surface, ce ne sont ni les mots que vous tapez ni la réponse finale, mais des jugements en cours de route. Par exemple reconnaître un visage sur une photo, repérer un bug dans du code, deviner la fonction d'une protéine à partir de sa séquence.... tout ça se trame là, en silence, avant le moindre mot affiché.
Et ce qui est fou c'est que ce J-space encode parfois le fait que Claude a remarqué qu'on était en train de le tester. Et quand les chercheurs désactivent ces représentations-là, ils voient ressortir des penchants problématiques que le modèle gardait très bien planqués. Autrement dit, on tient un moyen de lire ce qu'une IA fabrique dans sa tête, et pas seulement ce qu'elle finit par nous répondre.
Maintenant, arrêtez de fantasmer car NON, ça ne prouve pas que Claude est conscient, et Anthropic prend soin de ne pas franchir cette ligne. Ils parlent d'un analogue purement fonctionnel de l'espace de travail global et refusent explicitement de se prononcer sur la question du ressenti. Le mot conscience fait de jolis titres sur vos médias préférés, mais leur document de recherche, lui, reste très prudent.
Le vrai intérêt est ailleurs, dans l'interprétabilité. Anthropic est déjà la boîte qui
dissèque le cerveau de ses modèles
et qui
étudie les LLM comme des aliens
et là elle se donne une vraie fenêtre pour lire, disséquer et même orienter la pensée de ses IA. On n'est plus sur des histoires de boites noires... Pour auditer un modèle, repérer une tromperie ou un biais avant même qu'il ouvre la bouche, c'est donc beaucoup plus utile qu'un débat sur l'âme des machines.
Le procédé a bien sûr des limites, puisque la Jacobian lens ne repère que les concepts que le modèle sait résumer en un mot, ce qui veut dire que tout un pan de raisonnement plus diffus lui échappe encore.
Mais bon, même si on n'a pas encore de Claude conscient à l'horizon, comme je vous le disais, cette histoire de boîte noire, c'est de l'histoire ancienne maintenant. On va enfin pouvoir détecter quand une IA nous cache des trucs et je trouve ça assez rassurant pour l'avenir.