Au début du mois d'août, une Toyota Yaris de 2009 est passée devant une
caméra Flock
à Las Vegas sans être "vue". Car même si la caméra l'a filmée correctement, le logiciel de détection, lui, n'a rien inscrit dans ses logs, comme si la rue était restée vide...
J'ai trouvé ça intéressant parce que ça ne nécessite pas de grande technologie... Non, il faut juste que la voiture soit recouverte d'un certain motif généré à l'aide d'un ordinateur. C'est un motif qui ne cache rien puisque la plaque d'immatriculation reste à sa place réglementaire et est parfaitement visible.
Mais ce qu'il faut savoir avant pour bien comprendre comment ça fonctionne, c'est qu'une caméra de lecture de plaques ne lit pas une plaque en permanence. Elle repère d'abord un véhicule dans l'image, puis va chercher la plaque dessus. Du coup, en cassant la première étape, la seconde n'a jamais lieu. La plaque reste donc visible mais le système n'a pas l'idée d'aller la lire...
Derrière l'expérience, on retrouve Bill Swearingen, un vieux de la vieille de la sécu qui a cofondé SecKC, le meetup sécurité de Kansas City. Son projet s'appelle noRecognition et fonctionne comme un fuzzer. Il génère un motif, le passe devant des modèles de détection, note ce qui échoue, et recommence et ainsi de suite... 31,7 millions de tests plus tard, il produit alors des motifs à la demande pour déjouer ce genre de caméra.
Alors pourquoi quelqu'un irait dépenser un an de calcul machine là-dessus ? Hé bien parce que Flock revendique 93 plaques correctement lues sur 100, pour plus de 20 milliards de lectures par mois et que
l'Institute for Justice a recensé
au moins 27 automobilistes innocents arrêtés, détenus ou emprisonnés depuis 2018 à cause d'une de ces erreurs de lecture...
Et dans près des deux tiers des cas, les policiers s'en sont rendu compte après avoir sorti leur arme. Bref, la polémique enfle aux États-Unis, encore plus depuis février dernier, dans l'Arkansas, quand un couple s'est retrouvé injustement menotté au bord de la route à cause d'une de ces caméras, pendant que leur bébé de six semaines attendait dans le siège auto.
Swearingen a même mis à dispo publiquement
un tableau de bord public
qui affiche en toutes lettres les résultats chiffrés qui sortent de ses modèles réels avec l'impression et la caméra simulées. Son tableau de bord indique également que pour le moment, aucun motif unique ne bat encore les onze modèles de caméra de son banc d'essai, en même temps, et surtout, il a mesuré jusqu'à 64 % d'écart entre les chiffres de son labo et les vrais tests réalisés dans le monde extérieur. J'ai rarement vu une page de vente aussi peu vendeuse ^^ mais au moins c'est honnête.
Et ça n'a pas empêché sa campagne Kickstarter de dépasser de 20 fois son objectif. Ses motifs générés se vendent en t-shirts et en hoodies, mais ce qui vaut pour une carrosserie ne vaut pas forcément pour un vêtement. En effet, une portière est plate, rigide et ce qui y est imprimé est fixe. Alors qu'un tissu se plie et se déforme, et Swearingen prévient qu'un motif imprimé trop grand ou trop petit cessera de fonctionner sans que ça ne se remarque.
Et chez nous en France ?
Hé bien les lecteurs de plaques tournent aussi donc possiblement, ça pourrait aussi fonctionner ici. Mais tout ceci reste géré au niveau de l'État et des communes, et c'est contrôlé par la CNIL. Même si on n'en est pas loin, ce n'est donc pas encore dans ce cauchemar très américain où ce sont des dizaines de réseaux privés comme Flock, revendus clé en main aux villes, qui font la loi, peu importe le taux d'erreur du logiciel.
Dans la série "les gens qui assurent notre sécurité n'ont pas fait leur job jusqu'au bout", voici une chouette histoire de caméras montées sur les drones navals de la Royal Navy qui, ÉVIDEMMENT, envoyaient des signaux vers une adresse IP située en Chine. Et cette découverte ne vient pas d'une opération de contre-espionnage mais d'une simple évaluation de vulnérabilité de routine, menée par le ministère de la Défense britannique sur son propre matériel.
Ces caméras sont celles qui équipent les K3 Scout, des bateaux sans équipage que la Royal Navy et les Royal Marines utilisent pour la surveillance et la protection de force.
Et le signal en question porte un nom que tout le monde connaît en domotique : un heartbeat. C'est le ping le plus banal qui existe, celui qui dit "je suis en ligne, je fonctionne" et rien d'autre. C'est le même que crache votre caméra IP du salon, dont
je vous parlais déjà avec OpenIPC
.
Le ministère britannique affirme qu'aucune donnée sensible, aucun système militaire et aucune donnée gouvernementale n'ont été consultés, compromis ou transmis hors des canaux autorisés et ajoute que ses procédures de test ont repéré le problème "tôt".
La connectivité internet des caméras a quand même été coupée puisque même si ça n'a l'air de rien, un mouchard qui se contente de dire bonjour reste un mouchard qui connaît le chemin.
Reste maintenant la question de comment ce composant est arrivé sur un engin de reconnaissance militaire. En fait, les caméras ne viennent pas de Kraken Technology Group, le constructeur britannique du K3 Scout, mais d'un sous-traitant tiers qui pourtant avait fourni des assurances sur le fait que ses caméras répondaient aux exigences de sécurité, y compris celles rattachées au National Defense Authorization Act américain.
Bref, de la paperasse, des assurances, mais pas un démontage ni une capture de trafic... Kraken dit avoir mené un audit complet avec la Royal Navy une fois les communications découvertes. J'espère bien ^^ !
Côté portée, ça concerne les 20 K3 Scout achetés dans le cadre du Project Beehive, un programme de 12,3 millions de livres, en service chez les Royal Marines depuis mars.
Le Telegraph
, qui a sorti l'affaire, écrit que du matériel lié à la préparation d'une éventuelle mission britannique dans le détroit d'Ormuz avait été enregistré sur ces appareils.
Par contre, ce qu'on ne sait toujours pas, c'est la marque de la caméra et la nature exacte du composant chinois car aucun rapport ne les nomme pour le moment... Mais j'espère que ça n'a pas été aussi intégré sur du matos français...
Votre CV en ligne sur le site de France Travail, un métier en tension, un rendez-vous raté il y a 2 ans ? Ce sont 3 des 26 variables qu'un algorithme épluche pour décider si votre dossier part au contrôle. Voilà où on en est.
La Quadrature du Net a publié aujourd'hui, avec la cellule investigation de Radio France, le document interne qui le décrit, présenté au comité d'éthique IA de France Travail le 10 décembre dernier. Son petit nom, c'est "Ciblage du Contrôle de la Recherche d'Emploi" et sous ce titre pompeux, se trouve un arbre de décision entraîné sur 60 000 contrôles passés, qui vous range dans un profil "suspect" ou "non suspect". Les suspects atterrissent alors sur une liste de gens à contrôler en priorité.
Pour l'instant, il tourne sur les ruptures conventionnelles, via 2 campagnes de 7 000 tests environ, mais France Travail veut déjà "étendre l'utilisation du modèle à d'autres publics" et "transmettre chaque mois des listes de contrôle ciblés".
On a donc la liste des 26 variables, mais pas les règles. Personne ne sait donc comment l'arbre les combine, ni à partir de quel seuil vous basculez du côté "suspect". La Quadrature le reconnaît elle-même : "nous ne sommes donc pas en mesure de déterminer, via des simulations, quelles populations sont les plus ciblées par cet outil". Ils ont demandé le code source mais n'y croient pas trop...
Du coup personne ne peut vérifier si le truc discrimine ou pas ! Parmi les variables retenues, y'a la présence d'une activité non salariée, exactement le critère que la CNAF utilise dans son algorithme de scoring pour dégrader la note des gens en emploi précaire, donc si vous bricolez 3 heures en micro-entreprise pour arrondir vos fins de mois, bah ça se paye niveau algo, apparemment :-((. Fallait pas se bouger.
En mai 2025, le directeur général de France Travail déclarait à la Commission d'accès aux documents administratifs "qu'aucun algorithme n'est utilisé dans le cadre du "CRE rénové"", en réponse à une saisine de journalistes de Cash Investigation et voilà que quelques mois plus tard, en interne, on présentait au comité d'éthique cet algorithme "Ciblage du Contrôle de la Recherche d'Emploi".
Alors c'est vrai, les deux formulations ne désignent pas EXACTEMENT le même bout de la chaîne, ok mais apparemment on n'a pas la même définition de ce qu'est une IA "éthique" et "transparente". À mon avis, leur charte est sérieusement à revoir. Dans le document trouvé par la Quadrature, au paragraphe "Pourquoi recourir à l'IA ?", la réponse c'est que ça permettrait une "suppression des a priori" en proposant "des dossiers à contrôler sur la base de critères objectifs" sauf que choisir qui on contrôle, c'est une décision politique, et pas un problème de tri.
La Quadrature parle de "* la transformation d'un problème politique ... en un problème purement technique*", et perso je vois surtout que plus personne n'a à signer la décision maintenant puisque c'est l'IA magique qui décide tout... C'est facile la vie.
Et pendant ce temps, c'est une machine à contrôler les gens qui monte fortement en régime avec 200 000 contrôles en 2017, 730 000 en 2025, et un objectif gouvernemental de 1,5 million en 2027, annoncé par Gabriel Attal.
Avec les allocataires du RSA, inscrits d'office à France Travail depuis le 1er janvier 2025, ça fait plus de 6 millions de personnes potentiellement profilées chaque mois, et vous en faites peut-être partie sans le savoir. Le contrôle lui-même reste mené par un agent (pas une IA, un vrai humain, je précise parce que ce mot agent est trompeur de nos jours ^^), mais c'est la machine qui désigne qui passe sur le grill !
Et l'opacité n'est pas un accident de parcours puisque France Travail a refusé de communiquer la moindre info sur MatchFt, l'IA qui vous envoie des SMS d'offres d'emploi, et sur ChatFt, celle déployée auprès des conseillers. Même pas la documentation technique ou l'analyse d'impact. Pire, face à la
CADA
, l'institution "n'a même pas pris la peine de motiver sa décision". Même pas un courrier ! Voilà, pour la transparence, on repassera...
Bon, vous le savez, l'Europe tient absolument à savoir votre âge, avant de vous laisser scroller librement sur le net. Alors pour cela, ils ont mis au point une application qui permet de prouver votre âge et qui nous est proposée comme simple à utiliser et respectueuse de notre vie privée.
Mais ça c'était sans compter sur
Paul Moore
, chercheur en sécurité, qui vient à nouveau de l'éclater à l'aide d'une simple extension Chrome...
Mais reprenons depuis le début, parce que cette appli, c'est le modèle de référence de la Commission européenne pour vérifier qu'un internaute a bien plus de 18 ans, sans avoir à dévoiler qui il est. Développée par un consortium germano-suédois, elle est actuellement en test dans cinq pays dont la France, et vise aujourd'hui surtout le contenu adulte / porno et les jeux d'argent.
Ce 13 juillet, notre bien-aimée Ursula von der Leyen a même annoncé vouloir réutiliser cette infrastructure pour barrer l'accès des plus jeunes aux réseaux sociaux, avec
une loi attendue après l'été
et un âge minimum autour de 13 ans. "Les réseaux sociaux ne sont pas un jouet", comme elle l'explique !
Et pour arriver à cela, rassurez-vous, l'UE ne va pas stocker la carte d'identité de chaque Européen puisque le principe de ce système de contrôle, c'est de prouver l'âge sans transmettre l'identité.
Enfin, en théorie...
Parce qu'en pratique, c'est un peu la fête du slip ! Déjà il y a le dépôt Github officiel qui prévient tout le monde que c'est une implémentation de référence et absolument pas un truc à déployer en production. Donc en gros démerdez-vous !
Et ensuite, cette application est censée présenter une preuve d'âge à un vérificateur sans avoir à balancer notre identité. Alors ce qu'a fait Paul Moore, c'est qu'il a fabriqué cette preuve directement à partir d'une extension Chrome, et la présenter au vérificateur officiel de la démo. Et comme vous vous en doutez, celui-ci l'a validée comme si de rien n'était
Ça a l'air tellement simple !
En même temps, vu que la clé crypto, c'est une simple clé logicielle P-256 et pas une clé qui est enfermée dans le coffre matériel du téléphone, eh bien c'est assez facile à déjouer. Il n'y a pas besoin de scanner son passeport ou sa carte d'identité, il n'y a aucune reconnaissance faciale, ni aucune
attestation matérielle façon Play Integrity
pour prouver que ça tourne sur du vrai matos et (rigolez pas) la même preuve peut être rejouée en boucle encore et encore !! Une preuve d'âge peut donc servir 2 fois de suite.
Et puis cette preuve d'identité, elle est à 100% sous le contrôle du client. Donc en gros c'est à l'application installée sur votre téléphone qu'on demande de ne pas tricher. Mais lol.
Pour Moore qui a mis au point ce hack, il n'y aurait aucun patch qui pourrait régler ça. C'est vraiment l'architecture qui est foireuse. Et comme tout repose sur la bonne foi de l'application, eh bien c'est foutu. N'importe qui détourne l'application ou forge sa propre app peut faire croire au vérificateur qu'il a plus de 18 ans.
Pour boucher ce trou, l'Europe dispose de deux pistes : Soit passer par une attestation matérielle en béton, comme celle que Google verrouille via Play Integrity, ce qui recale au passage les gens sous GrapheneOS, Linux et compagnie, ou alors faire de la vraie crypto à divulgation nulle, prévue pourtant dans la spec mais pas branchée dans cette version.
Ce qui est rigolo, c'est que Moore a expliqué sur X avoir codé son proof of concept avec une IA en quelques minutes. Et on n'oublie pas non plus que Bruxelles veut interdire les réseaux sociaux avant 13 ans et a fait passer
Chat Control
pour scanner nos messages.... Je trouve que ça fait beaucoup de "contrôle" qu'on essaye de déguiser en "protection".
En attendant, ils sont bien ridicules avec leur application de validation d'âge en mousse.
314 députés européens ont voté jeudi pour enterrer Chat Control et 276 ont voté pour le garder.
Et c'est quand même passé OKLM.
Et oui, pas la peine de vous frotter les yeux, je vais vous expliquer tout ça. En seconde lecture, le Parlement a besoin d'une majorité absolue de ses membres pour rejeter un texte du Conseil, soit 360 voix. Et cette "majorité", c'est pas une majorité des présents dans l'hémicycle, mais une majorité d'élus, absents compris.
Du coup les 314 sont tombés à 46 voix du compte, 17 députés se sont abstenus, et 112 qui n'ont pas pris part au vote ont terminé le boulot à leur place puisque leur chaise vide valait pour un oui.
Je rappelle quand même que ces 112 là touchent 359 euros d'indemnité journalière, et qu'il leur suffit de signer un registre le matin pour encaisser leur thune. Je pense que si ces feignasses d'absentéistes faisaient correctement leur boulot en étant là, au moins pour les choses importantes, on n'aurait pas des problèmes comme ça qui impactent tous les citoyens européens. Ils ne méritent vraiment ni leur poste, ni leurs indemnités de merde.
Maintenant que ça c'est dit, je vous propose qu'on fasse une petite séance de cohérence cardiaque tous ensemble pour se détendre, car y'a quand même un peu de positif dans cette seconde lecture.
Le texte voté, c'est Chat Control 1.0, c'est à dire la dérogation qui autorise les plateformes à scanner volontairement les messages de leurs utilisateurs. Ce n'est donc pas un scan obligatoire, ni des ordres de détection, ni de la vérification d'âge qui vous ferait montrer vos papiers pour ouvrir un compte sur une messagerie. Tout ça, c'est prévu dans Chat Control 2.0, un règlement séparé, qui n'est toujours pas adopté, mais qui revient à l'automne !!
L'autre bonne nouvelle dans notre malheur, c'est que les députés (ceux qui bossent hein, pas les autres paresseux) ont arraché un amendement qui exclut du texte tout ce qui est chiffré de bout en bout. Donc Signal, WhatsApp, iMessage, et les salons Matrix que vous avez pris soin de chiffrer vont passer entre les mailles du filet de Big Brother.
Restent quand même
Gmail
, Outlook, Discord, Snapchat, iCloud Mail, les publications et les groupes Facebook, et tout ce qui transite en clair sur des serveurs... C'est-à-dire là où vous comme moi, écrivons la plupart de nos trucs.
Cette dérogation "temporaire", Chat Control 1.0, est née en 2021 et a expiré le 3 avril dernier, quand le Parlement avait refusé de la prolonger. Alors le Conseil l'a renvoyée au Parlement et ils veulent maintenant qu'elle coure jusqu'au 3 avril 2028. Ça c'est du bon gros provisoire reconduit à coups de 2 ans... Ce genre de provisoire, moi j'appelle ça du permanent mais bon, bref...
Et le pire, les amis, c'est que ce scan qu'on vous vend comme une protection contre tous les criminels et autres pédophiles nazis terroristes NE FONCTIONNE PAS. Et c'est pas moi qui le dis !
En effet 807 chercheurs et cryptographes dans 37 pays ont signé une lettre ouverte, la quatrième depuis 2023, où ils écrivent qu'il est "tout simplement impossible de détecter, avec un niveau de précision acceptable, les contenus pédopornographiques connus et nouveaux pour des centaines de millions d'utilisateurs.".
C'est donc simplement pas faisable à cette échelle, avec une suffisance de précision. Et les chiffres leur donnent raison puisque quand l'Irish Council for Civil Liberties a épluché les signalements automatiques atterris chez la police irlandaise, à peine 20 % étaient réellement des contenus pédocriminels, et moins de 10 % étaient exploitables par un enquêteur.
Le reste, bah c'est du bruit... Ce sont vos photos de vacances, vos consultations médicales, vos ados qui s'écrivent entre eux. Et chaque faux positif, c'est un inconnu payé pour regarder vos photos à la plage ou vos sextapes. Sans parler des erreurs humaines ou IA qui viendront se glisser là-dedans et qui vous enverront en zonzon pour pédocriminalité pour une photo de Sphinx (les chats sans poil, vous savez) ou autre...
Quatorze pointures de la crypto, dont Ron Rivest, Whitfield Diffie et Bruce Schneier, ont posé le diagnostic dans un document,
Bugs in our Pockets
où ils expliquent que le scan côté client "ne garantit pas une prévention efficace de la criminalité et n'empêche pas la surveillance".
Et c'est à nous de payer toutes ces conneries avec notre vie privée.
Puis j'sais pas si vous vous souvenez, mais Apple s'y est cassé les dents en public. Ils avaient annoncé un système de détection en août 2021, et des chercheurs ont conçu dans la foulée, des collisions de hash (deux images différentes, même empreinte), qui a poussé Apple à enterrer le projet en décembre 2022 parce qu'ils se sont rendu compte que ce n'était pas suffisamment fiable et efficace.
Reste la question qui nous intéresse tous : Comment se protéger de ce viol de notre vie privée ?
D'abord, débarrassez-vous de deux illusions. Votre VPN ne sert à rien contre ce truc, parce qu'il chiffre le tuyau, mais pas votre message au moment où vos doigts le tapent. Et votre navigation privée non plus.
Le scan côté client en fait, c'est un mouchard qui lit sur votre appareil, avant le chiffrement et ni le VPN ni le chiffrement de bout en bout ne peuvent faire quoi que ce soit si l'application ou le système d'exploitation coopère. Et une app dont vous ne pouvez pas lire le code, bah vous n'avez aucun moyen de savoir ce qu'elle regarde avant d'envoyer.
Ce qui marche vraiment par contre, c'est de foutre le camp des services que ce texte vise, c'est à dire ceux qui ne chiffrent pas de bout en bout. J'avais fait
le tour des messageries sécurisées
il y a un moment, et où on en est en 2026.
Messageries : Signal (AGPL, mais l'inscription réclame toujours un numéro de téléphone, les usernames introduits en 2024 servent juste à ne pas le filer à vos contacts), SimpleX Chat (aucun identifiant utilisateur, ni numéro ni email, c'est le seul), Molly (un Signal durci pour Android, sans les services Google),
Briar
(pas de serveur du tout, ça passe par Tor, le Wi-Fi local ou le Bluetooth).
Mail :
Tuta
chiffre le corps, le sujet et le nom de l'expéditeur. Mais pas les adresses ni la date (le protocole ne le permet pas). Proton Mail chiffre le sujet et les adresses au repos, sans aller jusqu'au bout en bout, une limite héritée de PGP. Les deux savent quand même envoyer un vrai message chiffré à quelqu'un qui n'est pas chez eux, par mot de passe partagé ou avec PGP. Dans les deux cas vous quittez Gmail, c'est déjà l'essentiel.
Chiffrer avant d'envoyer :
Cryptomator
, age ou GnuPG. Votre fichier part déjà illisible, l'app qui le transporte n'a plus rien à lire. Hop, problème réglé, quelle que soit votre messagerie.
Le téléphone :
GrapheneOS
, uniquement sur Pixel. Le bac à sable durci et les Storage Scopes limitent ce qu'une app peut fouiller. Honnêtement, ça ne bloque rien si c'est l'app elle-même qui scanne. Mais ça réduit la surface.
Tout ceci est parfaitement légal, et non, vous n'avez pas à vous cacher pour le faire. L'article 30 de la LCEN le dit noir sur blanc depuis 2004 : "L'utilisation des moyens de cryptologie est libre."
Sachez seulement que dans une procédure judiciaire, l'article 434-15-2 du code pénal punit le refus de remettre une clé de déchiffrement aux autorités. Vous avez donc le droit de chiffrer, mais pas de mentir au juge.
Le site
exitchatcontrol.org
recense tout ça et beaucoup plus, service par service, avec les alternatives testées et l'argumentaire qui va avec. Allez y faire un tour, c'est du bon boulot ! Et si vous voulez écrire à votre eurodéputé,
fightchatcontrol.eu
vous prépare le mail.
exitchatcontrol.org existe en français, avec son encart daté du 9 juillet
Ensuite, pour les recours, je vais être franc avec vous, attaquer le texte devant la Cour de justice de l'UE, ça va être compliqué car depuis l'arrêt Plaumann de 1963, un particulier doit prouver qu'un règlement le touche "individuellement", ce que vous ne pourrez jamais démontrer face à une
surveillance de masse
qui vise tout le monde pareil.
La vraie porte de sortie est ailleurs je pense. Elle se trouve dans la question préjudicielle, quand une juridiction nationale interroge la Cour. C'est en tout cas comme ça que
La Quadrature du Net
a fait tomber la conservation généralisée des données en 2020.
Et la Cour européenne des droits de l'homme a déjà tranché sur le chiffrement, dans Podchasov contre la Russie en février 2024 : affaiblir le chiffrement "permettrait apparemment, d'un point de vue technique, de mener une surveillance systématique, générale et sans distinction".
Voilà, maintenant le VRAI rendez-vous, c'est septembre. Le texte de jeudi repart au Conseil, qui a 3 mois pour avaler l'exclusion du chiffrement ou la recracher, auquel cas tout le monde part en conciliation. Et surtout, Chat Control 2.0 reprend à l'automne sous présidence irlandaise, avec le scan obligatoire, la vérification d'âge et la fin de l'anonymat dans le paquet. Devant le même Parlement, avec j'imagine les mêmes branles couilles absents, ceux-là mêmes qui,
quand l'Allemagne avait dit non
, s'étaient bien gardés de dire quoi que ce soit.
Alors oui, Big Brother a avancé ses pions ce jeudi mais moi ce que je retiens aussi c'est qu'un texte rejeté par la majorité des votants est passé grâce à des chaises vides et ça recommencera en septembre si vous n'allez pas secouer vos députés européens.
Trois ans de débats
pour en arriver là, avec un truc médiocre qui marche pas et qui met nos démocraties en danger, je trouve ça tellement triste...
Bref, n'oubliez pas, ACTA aussi c'était plié d'avance, jusqu'à ce que tout le monde s'y mette.
Si vous lisez ça depuis Abidjan, Dakar, Douala ou Kinshasa, y'a une chance sur deux que votre téléphone soit un Tecno, un Infinix ou un itel. Trois marques, mais un seul patron : Transsion, qui trône sur près de la moitié des smartphones vendus en Afrique.
Et si je vous parle de ça aujourd'hui, c'est parce qu'un chercheur en sécu, Buchodi, vient de décortiquer ce que ces appareils racontent dans votre dos et c'est pas joli, joli.
Son terrain de jeu, c'est un Tecno Spark 40 tout ce qu'il y a de banal. En rétro-ingénierant le firmware, il tombe sur un framework maison signé Transsion, baptisé Athena pour la collecte et oneID pour le pistage entre applis. On n'est pas sur une appli lambda que vous auriez installée, mais un truc costaud câblé au niveau du système, avec les pleins pouvoirs.
Et ce qu'il remonte, c'est du lourd ! Votre position GPS précise, les antennes-relais autour de vous, la consommation réseau appli par appli sur une soixantaine d'applis, quelle appli est affichée à l'écran en temps réel, et même quelle appli vient d'allumer la caméra (pas ce que filme la caméra, hein, juste le fait qu'une appli l'ait activée).
Ensuite, tout ça part vers des domaines en shalltry.com et transsion-os.com. Shalltry, c'est la branche logicielle de Transsion, et les serveurs tournent sur du cloud loué en Europe.
Donc c'est de la télémétrie++ qui part chez le fabricant, mais le gros souci, c'est qu'on ne peut rien désactiver ni désinstaller facilement. C'est vraiment une brique essentielle du téléphone reposant sur le SDK du constructeur. Ça prend racine dans l'application Réglages (pour les paramètres), l'interface système, et surtout dans un module assez discret nommé com.hoffnung qui est bardé de permissions flippantes comme lire le presse-papier en arrière-plan, connaître toutes les applis installées, forcer l'arrêt des autres.
Alors oui, c'est chiffré avec un bon vieux AES, sauf que ça ne sert pas à grand chose parce que la clé de déchiffrement est planquée dans le code de l'application elle-même. Autrement dit, quiconque met la main sur le fichier récupère la clé avec, et peut tout ouvrir. Le chiffrement n'est là que pour faire un peu de camouflage afin que vous ne puissiez pas voir facilement ce qui sort de votre poche. Mais ce n'est absolument pas de la confidentialité.
Et malheureusement, ça ne s'arrête pas à votre smartphone puisque ce même SDK se balade aussi dans des applications grand public très très populaires en Afrique comme Boomplay (100 millions de téléchargements et des poussières), StarTimes ou Orange Max it. Du coup, même avec un mobile d'un autre fabricant, vous pouvez trimballer ce mouchard sans le savoir.
Alors oui, c'est vrai, tous les smartphones font de la télémétrie. Google, Apple, Samsung, Xiaomi, tout le monde collecte des trucs, et
des centaines d'applis passées au crible violaient déjà le RGPD
début 2026. C'est déjà pas normal, mais ça peut normalement se désactiver assez facilement. Mais dans le cas de Transsion, c'est fait au niveau système, c'est totalement invisible et la destination est très opaque...
Puis surtout, ça concerne la moitié du continent !
Notez que ce n'est pas la première fois que les constructeurs chinois low cost se font choper puisqu'
en 2016 déjà, une backdoor chinoise se planquait dans le firmware de smartphones low-cost
et balançait contacts et SMS toutes les 72 heures. Plus récemment, il y a eu aussi un malware qui s'appelle
Triada
et qui a été préinstallé sur environ 53 000 Tecno W2 vendus en Éthiopie, au Ghana ou encore au Cameroun avec, s'il vous plaît, des abonnements souscrits totalement à l'insu de leur propriétaire.
C'était des composants différents à chaque fois, mais le motif se répète.
Alors que faire les amis ? Eh bien la bonne nouvelle, c'est qu'on peut quand même bloquer 2-3 trucs pour les empêcher de remonter des infos. Vu que tout transite par ces fameux domaines, il suffit de bloquer *.shalltry.com (et *.transsion-os.com tant qu'à faire) au niveau DNS.
Ça se fait facilement avec un NextDNS, un AdGuard ou un Pi-hole à la maison, ou directement sur le téléphone avec cette application qui s'appelle
Personal DNS Filter
, et comme ça, la télémétrie se retrouve isolée sans toucher au reste.
Par contre, ça ne sert à rien d'aller trifouiller les réglages du téléphone parce que ce n'est pas désactivable à partir de là. Désolé.
Putain, c'est abusé, vous allez voir ! Peter Stokes, 19 ans, accusé d'appartenir au groupe Scattered Spider, enchaînait les VPN et changeait de pays pour brouiller les pistes mais le FBI l'a quand même coincé. Et vous savez grâce à quoi ?
Hé bien grâce à un petit numéro planqué dans son Windows. C'est Microsoft qui l'a mouchardé aux enquêteurs et ça a suffi pour le relier à une intrusion malgré tous ses VPN.
Et alors me direz-vous, vous aussi vous avez un numéro sur votre machine qui peut servir à vous identifier... Ce truc s'appelle le GDID, pour Global Device Identifier et c'est un identifiant unique qui est attribué lors de chaque installation de Windows. Il sert à la télémétrie, au rapport de plantage, à la vérification des licences et surtout il reste constant même après des mises à jour.
Vous ne le voyez jamais, vous ne l'avez jamais choisi, et il ne bouge pas d'un poil quand vous changez d'adresse IP. Normal, un VPN protège la couche réseau, mais pas ce que laisse fuiter votre OS. Et ça on l'apprend dans la plainte de 39 pages qui a été rendue publique début juillet, où elle expliquait comment Microsoft a fourni au FBI l'historique des adresses IP rattachées à ce GDID précis.
Les enquêteurs n'ont eu qu'à croiser ça avec les comptes perso de Stokes, de son compte Apple à ses comptes de gaming, en passant par Snapchat et Facebook, pour finalement découvrir des adresses IP à Tallinn, New York, ou encore la Thaïlande, ce qui correspond exactement à ses déplacements.
Le mec pouvait empiler 10 VPN s'il le voulait, Microsoft le suivait à la trace quand même. Et c'est là que ça me hérisse le poil, parce que le problème, ce n'est pas que la justice ait serré un type accusé d'avoir extorqué des millions. Ça, c'est le boulot du FBI, et tant mieux s'ils l'ont arrêté.
Non, le vrai problème, c'est que Microsoft dispose d'un identifiant permanent sur plus d'un milliard de machines, qu'ils ne communiquent pas dessus, qu'ils le partagent tranquille sur demande, et qu'on ne peut même pas le désactiver.
Alors on fait quoi ? Bah déjà, on arrête de subir. Vous pouvez
installer Windows 11 sans compte Microsoft
pour couper une partie de la laisse, désactiver la télémétrie facultative pour limiter les autres fuites, ou carrément regarder du côté d'une
stack privacy européenne
. Aucune de ces astuces ne touchera au GDID par contre, car il n'y a aucun bouton pour ça, et c'est bien ça le fond du problème.
Mais bon, j'imagine que des petits malins vont sortir des logiciels qui vont permettre soit de
désactiver ce numéro
... Et là, vous pourrez compter sur moi pour que je vous le partage. Quoi qu'il en soit, quand vous utilisez Windows, gardez juste en tête que vous n'êtes jamais vraiment seul. Et que quelqu'un vous épie en permanence... Brrrr.
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