Un malware qui pourrait être la toute première cyberarme de l'histoire
SentinelOne a publié une analyse qui peut redessiner la chronologie connue de la cyberguerre. Baptisé FAST16, ce framework de sabotage informatique a été compilé en 2005, soit cinq ans avant la découverte de Stuxnet. Si les analyses tiennent la route, ça en fait la plus ancienne cyberarme étatique documentée à ce jour.
Le principe est fourbe. FAST16 ne détruit rien, ne chiffre rien, ne vole rien. Il corrompt des calculs. Le driver kernel (fast16.sys) s'installe silencieusement sur la machine cible, se place dans le flux d'entrée/sortie du système de fichiers, et modifie le code exécutable de certains logiciels de calcul haute précision pendant leur chargement en mémoire.
Le logiciel tourne normalement, affiche des résultats cohérents en apparence, mais ils sont légèrement faux. Pendant des mois, voire des années, les ingénieurs prennent des décisions sur des données faussées sans jamais rien voir. Plutôt vertigineux.
Les logiciels visés sont très spécifiques : LS-DYNA 970 pour la simulation de crash et les calculs structurels, PKPM pour le BTP (utilisé essentiellement en Chine), et MOHID pour la modélisation hydrodynamique. LS-DYNA, justement, a des usages documentés dans la recherche nucléaire iranienne. Ce qui ramène toujours au même dossier.
L'architecture est aussi très sophistiquée : un module porteur avec une machine virtuelle Lua 5.0 embarquée qui exécute du bytecode chiffré, le driver de sabotage, et un module de reporting qui passe par les callbacks Windows RAS.
Pour rappel, l'usage d'une VM Lua embarquée précède de trois ans les plus anciens échantillons de Flame (2012). Ces gens étaient très en avance.
Autre signal intéressant, le nom "fast16" apparait dans la fuite ShadowBrokers de 2017, plus précisément dans les composants "Territorial Dispute" attribués à la NSA, accompagné d'une mention cryptique qui disait en substance "rien à voir ici, circulez".
Visiblement, il y avait quelque chose à voir. Le code contient aussi des traces SCCS/RCS, des conventions de versioning Unix des années 70-80, ce qui pointe vers des développeurs issus d'environnements d'ingénierie ancienne école, probablement étatiques.
Bref, SentinelOne n'accuse personne, mais les indices pointent vers les États-Unis ou un allié. Ça repousse de cinq ans la frontière connue de la cyberguerre offensive.
Source : The Register
