Windows 11 : un mois après la fin de Windows 10, l’adoption reste poussive
Un mois après la fin officielle du support de Windows 10, l’adoption de Windows 11 progresse… mais beaucoup plus lentement que prévu. Malgré l’arrêt des mises à jour de sécurité et les incitations répétées de Microsoft, une partie importante du parc mondial n’a pas encore basculé vers le nouvel OS.
Entre exigences matérielles strictes, méfiance face aux bugs récurrents de Windows Update et essor des alternatives comme Linux, l’évolution du marché est plus complexe qu’un simple remplacement de version. Les données publiées ces dernières semaines — par des constructeurs comme Dell, des analystes et des baromètres de parts de marché — dressent un tableau nuancé : Windows 11 avance, mais le monde Windows est désormais fragmenté.
Windows 11 devient majoritaire… mais timidement
Les dernières mesures montrent que Windows 11 a fini par dépasser Windows 10 en parts de marché globales. La transition a bien lieu, mais elle ne ressemble pas au bond spectaculaire observé lors du passage à Windows 10 en 2015.
L’OS gagne quelques points grâce à la fin du support de Windows 10, mais sans provoquer le basculement massif que Microsoft espérait. Beaucoup d’utilisateurs particuliers continuent d’utiliser Windows 10 « tant que tout fonctionne », tandis que plusieurs organisations professionnelles planifient encore leurs migrations à long terme, en privilégiant des déploiements prudents.
Pour mieux comprendre la transition entre Windows 10 et Windows 11, il faut observer l’évolution des parts de marché sur les deux dernières années. Contrairement à ce que laissait penser la communication de Microsoft, le basculement ne s’est pas fait en 2023 ou 2024, mais seulement en 2025, et encore, de manière progressive. Selon les données StatCounter, la courbe Windows 11 dépasse celle de Windows 10 au début de l’année 2025 aux États-Unis, puis durant l’été 2025 en Europe, marquant un point d’inflexion plus tardif qu’attendu. Ce croisement tardif montre qu’il aura fallu près de quatre ans à Windows 11 pour devenir majoritaire dans plusieurs régions, malgré la fin annoncée du support de Windows 10.
Historiquement, c’est un rythme plutôt lent. Windows 7 avait pris l’avantage beaucoup plus rapidement après la sortie de Vista. Windows 10, lui, avait connu une adoption nettement plus rapide, grâce à son déploiement gratuit et à l’absence d’exigences matérielles strictes. À l’inverse, Windows 11 impose des conditions techniques (TPM 2.0, CPU récents, Secure Boot) qui ralentissent mécaniquement sa progression et laissent un nombre important de PC incapables d’effectuer la mise à niveau.
Adoption différente selon les régions du monde
L’analyse par région révèle une transition très hétérogène — et parfois contre-intuitive.
États-Unis : Windows 11 dépasse Windows 10 tôt en 2025
Le marché américain est le premier à basculer : Windows 11 y dépasse Windows 10 dès janvier–février 2025.
Plusieurs facteurs expliquent cette avance :
- renouvellement matériel plus rapide,
- forte présence des OEM qui préinstallent Windows 11,
- parc professionnel plus homogène.

Europe : bascule plus lente, durant l’été 2025
En Europe, la transition est plus progressive : Windows 11 ne dépasse Windows 10 très tardivement, durant l’été 2025, soit donc un retard notable par rapport aux États-Unis.
Les raisons sont multiples :
- parc matériel plus ancien,
- entreprises plus prudentes,
- adoption plus lente des nouveaux PC.

Asie : adoption chaotique, et Windows 10 repasse même devant
La situation est encore plus intéressante en Asie.
Si Windows 11 dépasse brièvement Windows 10 vers mai 2025, la tendance s’inverse ensuite :
Windows 10 repasse devant en août 2025 et semble y rester pour le moment.
Cela peut s’expliquer par :
- un parc matériel très hétérogène,
- des PC incompatibles encore nombreux,
- un renouvellement beaucoup plus lent dans de nombreux pays asiatiques,
- une adoption prudente dans les usages professionnels et publics.

Une adoption mondiale loin d’être uniforme
Cette géographie contrastée montre que Windows 11 ne suit pas une trajectoire universelle.
Aux États-Unis, il progresse comme prévu.
En Europe, il avance, mais à un rythme plus raisonnable.
En Asie, l’adoption est instable, et Windows 10 conserve une place dominante.
Autrement dit : le croisement des courbes est mondialement visible… mais les dates, la vitesse et même la direction diffèrent selon les régions.
Un point essentiel que Microsoft ne met pas en avant dans sa communication.
Cette inertie matérielle explique une grande partie du retard pris par Windows 11, mais un autre facteur pèse tout autant : l’adoption n’évolue pas au même rythme partout dans le monde. Les données de StatCounter montrent des comportements très contrastés selon les régions, avec des basculements plus ou moins tardifs, voire des retournements de tendance. Autrement dit, même lorsque le matériel le permet, la migration vers Windows 11 ne suit pas une dynamique uniforme : elle dépend des marchés, des usages locaux et du rythme de renouvellement des PC.
Des centaines de millions de PC restent en attente — ou bloqués ?
L’un des principaux freins à l’adoption de Windows 11 reste le parc matériel existant. Une large partie des PC encore parfaitement fonctionnels ne répond pas aux exigences imposées par Microsoft — processeur récent, TPM 2.0, Secure Boot — ce qui bloque mécaniquement leur migration. Selon les constructeurs, des centaines de millions de machines se trouvent dans ce cas, sans possibilité officielle d’accéder au nouvel OS, même si elles restent pleinement utilisables au quotidien.
À cela s’ajoute un autre phénomène : de nombreux PC compatibles avec Windows 11 n’ont toujours pas migré. Certains utilisateurs attendent le renouvellement naturel de leur matériel, d’autres préfèrent rester sous Windows 10 tant que tout fonctionne, et beaucoup d’entreprises décalent la transition pour des raisons de stabilité, de coûts, ou de compatibilité applicative.
Il n’existe aujourd’hui aucune étude publique capable de chiffrer précisément la proportion de PC incompatibles, ni celle des machines compatibles mais non migrées. Mais, l’ensemble de ces facteurs explique largement pourquoi, malgré la fin du support de Windows 10, l’adoption de Windows 11 avance plus lentement que prévu. La transition dépend moins de la volonté des utilisateurs que d’une réalité matérielle complexe, qui ne peut pas être résolue par une simple mise à jour logicielle.
Un contexte d’adoption compliqué par les bugs et les régressions
La transition vers Windows 11 est également perturbée par une série d’incidents récents dans les mises à jour : régressions réseau (SMB), baisse de performances GPU, problèmes de démarrage, échecs d’installation, bugs dans l’interface…
Ces épisodes, qui ont touché Windows 11 ces derniers mois, renforcent l’idée qu’un passage immédiat au nouvel OS peut entraîner des risques. De nombreuses entreprises préfèrent ainsi attendre plusieurs mois de stabilité constatée avant une migration massive.
Voir également : Windows Update : 10 ans de bugs et de promesses non tenues — état des lieux de Windows 10 à Windows 11

Comment Microsoft réagit à cette adoption lente ?
Face à une transition plus timide que prévu, Microsoft adopte une communication mesurée. L’entreprise met en avant les atouts de Windows 11 — sécurité renforcée, intégration de l’IA avec Copilot, performances améliorées — tout en évitant de commenter directement le rythme réel de migration. La firme insiste sur les bénéfices de son nouvel écosystème et multiplie les campagnes promotionnelles auprès des constructeurs, mais reste discrète sur la question des PC incompatibles, un sujet sensible qu’elle préfère présenter comme un gage de sécurité plutôt qu’une barrière technique.
Pour les entreprises, Microsoft mise sur un discours de continuité, en valorisant les outils de gestion modernes, Windows 365 et les environnements hybrides. En pratique, la stratégie consiste moins à accélérer la migration qu’à normaliser progressivement Windows 11, en espérant que le renouvellement naturel du parc matériel fasse le reste.
Linux ne profite pas réellement de la fin de Windows 10 – macOS progresse surtout aux États-Unis
Avant de conclure sur l’adoption de Windows 11, il est essentiel de se pencher sur les PC laissés pour compte — ceux qui ne répondent pas aux exigences de Microsoft et que Windows 11, par construction, exclut. Une partie d’entre eux a naturellement rejoint une alternative longtemps minoritaire : Linux. Plutôt qu’un exode massif, il s’agit d’une migration ciblée — des machines anciennes ou modestes, mais utilisables, que leurs propriétaires préfèrent maintenir en vie. Pour mieux comprendre ce phénomène, voyez notre enquête : PC exclus Windows 11 : se tournent massivement vers Linux.
Contrairement à ce que l’on aurait pu imaginer, la fin du support de Windows 10 n’a pas entraîné une hausse notable de l’adoption de Linux sur PC. Les données globales montrent que la part de marché du système reste stable, oscillant entre 3 % et 5 %, sans progression structurelle depuis deux ans. Quelques pics ponctuels apparaissent dans certaines régions ou à certains moments — notamment un passage temporaire au-dessus de 5 % aux États-Unis — mais ces hausses s’accompagnent ensuite d’un retour rapide à la moyenne. À l’échelle mondiale, Linux reste une niche, utilisée principalement par des passionnés, des utilisateurs techniques ou des propriétaires de machines incompatibles avec Windows 11, mais cela ne constitue pas un mouvement de masse.
L’évolution la plus notable n’est donc pas du côté de Linux, mais de macOS. Les données issues des marchés nord-américains montrent une progression visible d’Apple sur le segment desktop, en particulier aux États-Unis où macOS gagne plusieurs points, profitant à la fois du succès des MacBook Apple Silicon et d’un renouvellement matériel plus rapide. Cette hausse reste toutefois géographiquement concentrée : en Europe, par exemple, Windows demeure stable autour de 70 %, sans recul important, et Linux n’y enregistre pas de hausse significative.
Au final, la fin du support de Windows 10 n’a pas provoqué de migration massive vers d’autres systèmes. Windows 11 progresse doucement, macOS gagne en popularité dans certains pays, et Linux attire surtout des utilisateurs spécifiques — mais ne bénéficie pas d’un report massif des utilisateurs Windows. Le marché ne bascule pas : il se rééquilibre légèrement, selon des dynamiques très locales et loin d’un changement global.

Analyse régionale : macOS progresse surtout aux États-Unis
L’évolution la plus frappante ne concerne finalement pas Linux, mais macOS. Les données régionales révèlent une dynamique inattendue : les marchés nord-américains, qui sont les premiers à adopter Windows 11, sont aussi ceux où l’on observe la plus forte progression d’Apple sur le segment desktop. Aux États-Unis, macOS gagne plusieurs points, porté par le succès des MacBook Apple Silicon, un cycle de renouvellement matériel plus rapide et une forte présence du parc éducatif et professionnel équipé en Mac.
Cette tendance reste toutefois géographiquement limitée. En Europe, les parts de marché restent beaucoup plus stables : Windows y demeure autour de 70 %, sans recul significatif, et ni macOS ni Linux n’y enregistrent de hausse notable. Le rythme de renouvellement matériel est plus lent, les usages professionnels plus conservateurs, et la pression à migrer vers macOS nettement moins forte.
L’Asie, quant à elle, présente un profil hybride :
– Windows 11 dépasse Windows 10 au printemps 2025,
– mais Windows 10 repasse devant dès l’été,
– tandis que macOS enregistre, là aussi, une légère progression.
Ce décalage régional montre que l’adoption des OS ne suit pas un mouvement global uniforme. Les États-Unis migrent rapidement vers Windows 11, mais aussi vers macOS, ce qui crée une concurrence plus vive pour Microsoft.
À l’inverse, l’Europe se distingue par sa stabilité, tant dans ses usages que dans son parc matériel.
Et l’Asie révèle des oscillations fortes, illustrant un marché hétérogène où Windows 10 reste largement dominant.
En résumé, la transition post-Windows 10 crée un paysage fragmenté à l’échelle mondiale :
- les USA modernisent leur parc et voient Apple progresser,
- l’Europe reste fidèle à Windows,
- l’Asie alterne entre Windows 10 et Windows 11,
- et Linux, malgré son rôle de refuge pour certains PC incompatibles, ne perce pas davantage.
Conclusion
Après analyse des données récentes et des différences régionales, une tendance claire se dessine.
Un mois après la fin officielle du support de Windows 10, l’adoption de Windows 11 progresse… mais beaucoup plus lentement que prévu. Malgré l’arrêt des mises à jour de sécurité et les incitations répétées de Microsoft, une partie massive du parc mondial n’a pas encore migré vers le nouvel OS.
Entre exigences matérielles strictes, méfiance alimentée par des bugs récents de Windows Update, et réticence d’utilisateurs qui jugent leurs machines actuelles encore parfaitement suffisantes, la transition est plus complexe qu’un simple changement de version. Contrairement aux attentes, la fin de Windows 10 n’a pas provoqué de basculement massif : le marché évolue, mais par petites touches, au rythme du renouvellement matériel.
Quant à Linux, il n’enregistre pas de percée spectaculaire : sa part de marché reste globalement stable, même si certaines distributions attirent ponctuellement les propriétaires de PC incompatibles. Le véritable bouleversement ne vient donc pas d’un exode vers d’autres systèmes, mais d’un écosystème Windows fragmenté, où coexistent Windows 11, un parc important de machines toujours sous Windows 10, et une minorité d’utilisateurs qui explorent des alternatives.
Mais plusieurs analystes soulignent que le rythme de transition vers Windows 11 dépend davantage du renouvellement matériel mondial que des stratégies de Microsoft.
- StatCounter – Desktop Windows Version Market Share
- Neowin – Windows 11’s adoption is much slower compared to Windows 10, claims Dell
- Neowin – Nearly half of all Windows PCs run Windows 11 now
- The Verge – Windows 11 has finally overtaken Windows 10 as the most used desktop OS
PC incompatibles / migration retardée :
- The Verge – Around 500 million PCs are holding off upgrading to Windows 11, says Dell
- PC Gamer – Surprise surprise, people are still in no hurry to switch to Windows 11, Dell reveals
- TechRadar – Is Windows 11 fighting a losing battle? Dell underlines how unpopular the OS is after support ended compared to Windows 10
Comparaison historique / adoption lente :
Linux et migrations liées à Windows 11
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