Windows 11 : pourquoi les applications deviennent de plus en plus des web apps (WebView2)
Depuis plusieurs années, Microsoft fait évoluer en profondeur le modèle des applications sur Windows.
Avec Windows 11, une tendance devient de plus en plus visible : les applications natives laissent progressivement place à des applications web intégrées.
Derrière ce changement, se cache une stratégie technique et commerciale initiée depuis Windows 8, mais qui s’accélère aujourd’hui avec l’utilisation massive de WebView2.
De Windows 8 à Windows 11 : une évolution marquée par des changements de stratégie
L’évolution des applications Windows ne repose pas uniquement sur des choix techniques.
Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de Microsoft visant à rapprocher le système d’exploitation de ses services en ligne.
Avec Windows 8, Microsoft introduit les applications modernes (Metro), qui évolueront ensuite vers la plateforme UWP (Universal Windows Platform) avec Windows 10.
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De plus, Windows 10, puis Windows 11, le compte Microsoft devient progressivement central :
- synchronisation des paramètres et des données
- intégration de services comme OneDrive, Outlook ou Microsoft Store
- accès simplifié aux applications et contenus
Cette approche permet à Microsoft de construire un écosystème connecté, où les applications ne sont plus uniquement locales, mais de plus en plus liées au cloud.
Dans ce contexte, le recours aux technologies web et aux applications connectées devient une évolution naturelle.
Le basculement ne date pas d’hier.
L’objectif était alors clair :
- proposer un modèle unifié entre PC, tablette et mobile
- centraliser les applications via le Microsoft Store
- encourager l’usage du compte Microsoft
- moderniser l’écosystème face à iOS et Android
Mais cette stratégie ne s’est jamais imposée face aux applications classiques Win32, toujours largement utilisées.
Les différents frameworks d’applications sur Windows (WPF, UWP, WinUI, Web…)
Au fil des années, Microsoft a introduit plusieurs frameworks pour le développement d’applications Windows.
Cette évolution explique en grande partie la situation actuelle, où plusieurs technologies coexistent.
Voici un résumé des principales technologies utilisées sur Windows 10 et Windows 11 :
| Framework | Période | Technologie | Objectif | Statut actuel |
|---|---|---|---|---|
| WPF (Windows Presentation Foundation) | 2006 → aujourd’hui | .NET, XAML | Applications desktop modernes | Toujours utilisé, surtout en entreprise |
| Silverlight | 2007 → 2021 | Plugin web (type Flash) | Applications web riches | Abandonné |
| Win32 | Historique | API Windows classiques | Applications desktop complètes | Toujours dominant |
| UWP (Universal Windows Platform) | Windows 10 | XAML, sandbox | Apps universelles (PC, mobile, Xbox) | Déclin progressif |
| WinUI 3 | Windows 11 | XAML, moderne | Successeur de UWP | Adoption encore limitée |
| Electron | 2013 → aujourd’hui | Chromium + Node.js | Apps web desktop multiplateformes | Très utilisé (Discord, VS Code) |
| WebView2 | Windows 10/11 | Chromium (Edge) | Intégrer du web dans des apps Windows | En forte croissance |
WebView2 vs Electron : deux approches du web sur Windows
Toutes les applications web sur Windows ne reposent pas sur la même architecture. Deux approches principales coexistent aujourd’hui : Electron et WebView2.
Electron est une technologie développée par GitHub (désormais propriété de Microsoft), qui repose sur le moteur Chromium et Node.js pour exécuter des applications web comme des logiciels desktop.
Concrètement, chaque logiciel basé sur Electron contient sa propre version du moteur web. Cela le rend totalement autonome, mais aussi plus lourd, car chaque application duplique les mêmes composants. C’est notamment le cas de logiciels populaires comme Discord ou Visual Studio Code.
À l’inverse, WebView2 repose sur une approche plus intégrée. Plutôt que d’embarquer son propre moteur, une application utilise celui déjà présent dans Windows, à savoir le moteur Chromium de Microsoft Edge. Cela permet de réduire la taille des applications et de mutualiser les ressources entre plusieurs logiciels.
Cette différence a des conséquences directes sur les performances et le fonctionnement. Les applications Electron ont tendance à consommer davantage de mémoire et de ressources, car chaque instance fonctionne de manière indépendante. WebView2, en revanche, s’appuie sur un composant système partagé, ce qui le rend généralement plus léger, mais aussi dépendant de l’environnement Windows et des mises à jour du navigateur Edge.
En résumé, Electron privilégie l’indépendance et la portabilité, tandis que WebView2 mise sur l’intégration et l’optimisation dans l’écosystème Windows.

Des technologies mises en avant puis abandonnées
Chaque fois, ces technologies ont été mises en avant… avant d’être progressivement délaissées ou remplacées.
Cette multiplication de frameworks pose un problème majeur :
- difficile de choisir la bonne technologie
- risque d’obsolescence rapide
- manque de vision claire sur le long terme
C’est ce contexte qui explique en partie pourquoi les applications web deviennent une solution de repli fiable pour de nombreux développeurs.
Ce manque de continuité a profondément marqué les développeurs.
Aujourd’hui, beaucoup considèrent que les technologies poussées par Microsoft peuvent évoluer rapidement, voire être abandonnées, ce qui rend les investissements risqués sur le long terme.
Résultat : Windows se retrouve avec une multitude de frameworks qui coexistent, sans véritable direction claire sur celui à privilégier.
Une incertitude qui favorise le retour au web
Dans ce contexte, le succès des applications web devient plus compréhensible.
Pour de nombreux développeurs, le web représente :
- une plateforme stable
- indépendante des choix stratégiques de Microsoft
- compatible avec tous les systèmes
Les applications WebView2 apparaissent alors comme une solution pragmatique :
- elles permettent d’éviter les changements fréquents de frameworks
- elles reposent sur des technologies pérennes
- elles offrent une compatibilité maximale
Ce choix n’est donc pas uniquement technique, mais aussi stratégique.
Cependant, Microsoft semble en avoir conscience.
L’entreprise travaille désormais sur de nouvelles applications entièrement natives pour Windows 11, ce qui pourrait marquer un rééquilibrage entre web et natif dans les années à venir.
Windows 11 marque un tournant vers les applications web
Avec Windows 11, une nouvelle évolution se confirme : le passage progressif vers des applications web encapsulées.
Contrairement aux versions précédentes, où les applications natives dominaient encore largement, Microsoft intègre désormais de plus en plus de composants basés sur des technologies web directement dans le système.
Ce changement est particulièrement visible dans plusieurs applications et fonctionnalités clés de Windows 11 :
- Outlook (nouvelle version) : entièrement basé sur une interface web via WebView2
- Microsoft Teams : version grand public reposant en grande partie sur des technologies web
- Widgets Windows : affichage de contenu web dynamique (actualités, météo, etc.)
- Copilot : interface entièrement web connectée aux services cloud
- Microsoft Store : certaines parties utilisent des composants web
- Paramètres Windows : certaines pages et modules reposent sur des éléments web
- des applications tierces comme Zoom, WhatsApps, Discord, etc
Ces applications ne sont plus entièrement natives : elles reposent sur un moteur web intégré, tout en conservant une intégration avec Windows.
Par exemple, le nouveau Outlook fonctionne comme une application web encapsulée, avec plusieurs processus WebView2 visibles dans le gestionnaire des tâches, ce qui illustre clairement cette évolution .
Ce modèle permet à Microsoft de proposer :
- des mises à jour plus rapides et fréquentes
- une synchronisation directe avec les services en ligne
- une expérience homogène entre Windows, le web et les autres plateformes
Ci-dessous, le gestionnaire de tâches avec le gestionnaire WebView2 en sous-processus d’Outlook.

WebView2 : la brique centrale de cette transformation
Au cœur de cette évolution, on retrouve Microsoft Edge WebView2, un composant clé de Windows 11.
WebView2 permet d’intégrer directement du contenu web (HTML, CSS, JavaScript) dans une application Windows native
Concrètement :
- une application peut afficher une interface web
- tout en conservant un accès aux fonctions du système
- via le moteur Chromium de Microsoft Edge
Ce modèle hybride est aujourd’hui largement utilisé car :
- il simplifie le développement
- il permet de mutualiser le code entre web et desktop
- il accélère les mises à jour
- il assure une expérience similaire sur toutes les plateformes

WebView2 est un composant de Microsoft qui permet d’intégrer du contenu web (HTML, CSS, JavaScript) dans une application Windows en utilisant le moteur Chromium de Microsoft Edge.
Win32 vs UWP vs Web apps (WebView2) : quelles différences ?
Aujourd’hui, Windows 11 repose sur plusieurs modèles applicatifs qui coexistent.
Voici un comparatif pour mieux comprendre leurs différences.
| Type d’application | Technologie | Avantages | Inconvénients | Exemples |
|---|---|---|---|---|
| Win32 (classique) | C++, .NET, API Windows historiques | Très performantes Accès complet au système Grande compatibilité | Développement plus complexe UI parfois vieillissante | Notepad++, VLC, Photoshop |
| UWP / WinUI | Plateforme moderne Microsoft | Sécurité renforcée Intégration avec Windows Distribution via Store | Limitées en fonctionnalités Peu adoptées par les développeurs | Ancienne app Mail, Calculatrice |
| Web apps (WebView2) | HTML, CSS, JavaScript + Chromium | Développement rapide Code multiplateforme Mises à jour faciles | Consommation mémoire plus élevée Moins performantes Moins “natives” | Outlook (nouveau), Teams, Widgets |
Pourquoi Microsoft privilégie les web apps
Selon les analyses de développeurs et les informations relayées récemment, ce choix est avant tout pragmatique.
Les applications web présentent plusieurs avantages :
- développement plus rapide (un seul code pour plusieurs plateformes)
- maintenance simplifiée
- déploiement continu (mises à jour côté serveur)
- cohérence entre Windows, web et mobile
WebView2 agit ici comme un pont entre le monde du web et celui du desktop.
Une fois une partie de l’application convertie en web, il devient souvent plus simple de continuer dans cette direction plutôt que de revenir au natif.
Pourquoi Microsoft délaisse UWP au profit des applications web
Malgré les ambitions initiales de Microsoft avec UWP, cette technologie est progressivement mise de côté au profit des applications web via WebView2.
Voici les principales raisons de ce basculement :
| Facteur | UWP / WinUI | Web apps (WebView2) |
|---|---|---|
| Adoption développeurs | Faible adoption en dehors de Microsoft | Très forte adoption (technologies web universelles) |
| Complexité de développement | APIs spécifiques à Windows | Technologies standard (HTML, JS, CSS) |
| Portabilité | Limitée à Windows | Multiplateforme (Windows, web, mobile) |
| Maintenance | Code spécifique à maintenir | Code unique partagé |
| Mises à jour | Dépend du Store ou Windows Update | Déploiement rapide côté serveur |
| Écosystème | Dépend de Microsoft | Écosystème web mondial |
| Flexibilité | Cadre assez rigide | Très flexible et évolutif |
Les points importants :
- UWP n’a jamais réussi à s’imposer face au Win32
- Les développeurs préfèrent massivement le web
- WebView2 permet à Microsoft de suivre cette tendance
- Le web devient la base commune entre toutes les plateformes
Si cette approche présente de nombreux avantages pour Microsoft et les développeurs, elle n’est pas sans conséquences pour les utilisateurs.
Les limites : performances et expérience utilisateur
Cependant, cette approche basée sur WebView2 n’est pas sans conséquences pour les utilisateurs.
Les applications reposant sur un moteur web (Chromium) introduisent plusieurs limites, notamment en termes de performances et d’intégration.
Sur le plan technique, cela se traduit par :
- une consommation mémoire plus élevée (chaque instance WebView2 lance plusieurs processus)
- des performances parfois inférieures aux applications natives
- une utilisation accrue du CPU, notamment sur les interfaces dynamiques
Dans la pratique, ces différences sont visibles au quotidien.
Certains utilisateurs constatent que :
- les applications comme Outlook ou Teams mettent plus de temps à se lancer
- plusieurs processus WebView2 apparaissent dans le gestionnaire des tâches
- la consommation de RAM augmente rapidement, même pour des tâches simples
- l’interface peut sembler moins fluide ou réactive
L’intégration avec Windows est également parfois moins cohérente.
Contrairement aux applications natives :
- certains éléments d’interface ne respectent pas totalement le style Windows
- les menus contextuels ou animations peuvent être différents
- certaines fonctionnalités système sont moins bien intégrées
Enfin, ces applications dépendent souvent davantage d’une connexion Internet.
Même si certaines fonctionnalités restent accessibles hors ligne, une partie importante de l’expérience repose sur :
- des contenus web
- des API distantes
- des services cloud
Cela peut poser problème en cas de connexion instable ou limitée.
En résumé, si les applications WebView2 offrent une grande flexibilité pour Microsoft et les développeurs, elles introduisent aussi des compromis visibles pour les utilisateurs, notamment sur les performances et l’expérience globale.
Un paradoxe : Microsoft veut revenir au natif
Fait intéressant, cette évolution pourrait déjà atteindre ses limites.
Microsoft travaille actuellement sur une nouvelle approche visant à revenir vers des applications 100 % natives dans certains cas.
Cette initiative viserait à :
- améliorer les performances
- rendre l’interface plus cohérente
- réduire l’empreinte mémoire
Ce qui montre que le modèle “tout web” n’est pas forcément une solution idéale à long terme.
Une transition encore en cours
Aujourd’hui, Windows 11 se retrouve dans une situation hybride :
- applications Win32 historiques
- applications UWP / WinUI en déclin
- applications web via WebView2
Cette coexistence rend l’écosystème :
- plus flexible
- mais aussi plus complexe et parfois incohérent
- une dépendance plus importante à Chromium
Certains observateurs parlent même d’une stratégie fragmentée, avec plusieurs technologies qui coexistent sans véritable remplacement clair.
Une dépendance croissante à Chromium : un enjeu stratégique
Le développement des applications web sur Windows repose largement sur Chromium, le moteur open source à l’origine de Google Chrome.
Ce choix technique présente de nombreux avantages, mais il soulève aussi une question importante : celle de la dépendance à un écosystème largement influencé par Google.
En effet, si Chromium est un projet open source, Google en reste le principal contributeur et pilote une grande partie de son évolution.
Les technologies web, les APIs disponibles et certaines orientations techniques sont souvent définies ou influencées par les décisions prises autour du moteur Chromium.
Or, WebView2 repose directement sur Microsoft Edge, lui-même basé sur Chromium.
De même, de nombreuses applications desktop utilisent Electron, qui embarque également ce moteur.
Cela signifie qu’une partie croissante de l’écosystème applicatif Windows dépend indirectement des évolutions de Chromium.
Concrètement, cela n’implique pas un contrôle direct de Google sur Windows ou sur les applications.
Mais les choix techniques effectués autour du web — par exemple l’introduction ou la suppression de certaines fonctionnalités — peuvent avoir un impact sur les applications qui reposent sur ces technologies.
Dans un contexte de concurrence entre Microsoft et Google, notamment autour du cloud et de l’intelligence artificielle, cette dépendance pose une question stratégique :
celle de la capacité de Microsoft à garder le contrôle sur son propre écosystème logiciel, alors qu’une partie de ses applications repose sur des standards largement définis par un acteur concurrent.
Conclusion
L’évolution des applications Windows reflète une transformation plus large de l’informatique : le web devient la plateforme dominante.
Avec WebView2, Microsoft rapproche Windows du modèle des applications web universelles, au prix de compromis sur les performances et l’intégration.
Windows 11 n’est plus seulement un système d’exploitation desktop : il devient progressivement une plateforme hybride, où le web prend une place centrale dans l’expérience utilisateur.
Mais face aux critiques et aux limites observées, l’éditeur semble désormais chercher un nouvel équilibre entre :
- rapidité de développement (web)
- et qualité d’expérience (natif)
Les prochaines versions de Windows 11 pourraient bien marquer un tournant dans cette stratégie.
- https://www.windowslatest.com/2026/04/07/developer-explains-why-windows-11-keeps-getting-web-apps-instead-of-native-apps/
- https://learn.microsoft.com/en-us/microsoft-edge/webview2/
- https://learn.microsoft.com/en-us/microsoft-365-apps/deploy/webview2-install
- https://teamdev.com/dotnetbrowser/blog/why-so-many-ui-frameworks-microsoft/
- https://www.xda-developers.com/microsoft-is-turning-windows-apps-into-websites/
- https://www.windowscentral.com/microsoft/windows-11/microsoft-is-building-a-windows-11-team-focused-on-creating-100-percent-native-windows-apps-and-experiences
- https://www.pcgamer.com/software/operating-systems/microsoft-is-building-new-100-percent-native-windows-programs-to-replace-memory-hogging-web-apps/
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