Remplir un formulaire web, c'est sans doute l'activité la plus chiante qu'on puisse faire en ligne. C'est pourquoi Ben, un développeur qui me lit depuis 20 ans (merci !!!), a eu l'idée géniale d'en faire un jeu à part entière. Ça s'appelle Submit This Form, et c'est un puzzle game gratuit accessible via votre navigateur et dont le boss final est... le formulaire lui-même !
Votre objectif c'est donc de soumettre le formulaire. Facile non ? Bah pas tant que ça puisque ce formulaire fait absolument tout pour vous en empêcher. Chaque niveau ajoute une règle de validation plus absurde que la précédente, et c'est à vous de trouver la combine pour passer. J'vous jure, ça ma rappelé des vrais formulaires qui m'ont déjà rendu la vie dure.
Au début, on entre simplement son pseudo, puis les exigences du formulaires se font de plus en plus précises et relou...
Et c'est ça tout le sel du projet est là puisque Submit This Form, c'est une satire jouable de tout ce qu'on déteste dans le web moderne. Les CAPTCHA débiles, les champs qui refusent votre mot de passe parce qu'il manque une majuscule, les formulaires conçus pour vous épuiser jusqu'à l'abandon, et les vrais dark patterns manipulateurs comme les bandeaux cookies qui planquent le bouton refuser.
Ben a tout simplement repris toute cette UX hostile et il en a fait sa mécanique de jeu. D'ailleurs en passant, si les bandeaux cookies vous rendent dingue, un outil comme
Consent-O-Matic
vous permet de les refuser automatiquement.
Le jeu cache aussi une vraie histoire qui se dévoile au fil des niveaux, avec une difficulté qui grimpe en douceur, donc vous n'êtes pas largué dès le départ. Attention quand même, certains niveaux demandent une bonne dose de débrouille. C'est gratuit, ça tourne directement dans le navigateur et c'est par ici :
Submit This Form
. Après vous ne verrez plus jamais un champ de saisie de la même façon.
C'est mon plus jeune fils qui m'a fait découvrir ça un soir, et comme j'ai trouvé ça top, bah je vous en parle. C'est un jeu web nommé Pax Historia et ça a été créé par deux colocataires de fac, Eli Bullock-Papa et Ryan Zhang, sur un coin de table durant un hackathon. Et ce n'est ni plus ni moins qu'un bac à sable d'histoire alternative où c'est une IA qui fait vivre le monde autour de vous, un peu comme à son époque, "
Un monde meilleur
" de FibreTigre.
Dans Pax Historia, vous choisissez un pays et un moment de l'Histoire, et vous réécrivez toute la suite... Et quand je dis réécrire, c'est pas cliquer dans des menus déroulants, non non, là vous tapez en langage naturel ce que vous voulez faire, vous proposez une alliance au pays d'à côté, vous menacez, vous négociez un protectorat, vous déclarez une guerre... et l'IA en face vous répond comme le ferait une vraie chancellerie. Le moteur du jeu est donc carrément un grand modèle de langage (LLM) qui génère chaque réaction à la volée, ce qui ouvre un champ des possibles bien plus large qu'un jeu de stratégie classique.
Dans ce jeu, quand vous annoncez quelque chose, le monde change car les autres nations réagissent, les frontières bougent sur la carte, et de nouveaux foyers de tension apparaissent. Et le truc que j'adore, c'est que le ton de vos messages compte énormément.
Si vous arrivez avec des arguments construits et un minimum de diplomatie, vous réussirez à tisser des relations. Par contre, si vous balancez des menaces creuses comme quand vous êtes sur Twitter, vous transformez vos voisins en ennemis en moins de 2 tours. On est exactement entre le RISK et une vraie partie de Diplomacy, sauf que l'adversaire improvise et qu'il ne vous laisse jamais rejouer le même coup deux fois.
Screenshot
Pour démarrer, vous pouvez partir sur les temps modernes, ou la Seconde Guerre mondiale, parfaits pour se faire la main, mais il y a surtout les 4000 et quelques scénarios créés par la communauté. Ces derniers sont rangés en plusieurs familles, Historical pour les vraies dates de notre Histoire, Alt-Historical pour les uchronies, Historical Fiction pour les récits romancés, et Fantasy ou Science-Fiction pour les mondes complètement inventés sans aucun lien avec le réel (Genre Starwars). Moi, vu que j'adore réimaginer l'Histoire, je me suis rué sur l'Alt-Historical sans hésiter mais si rien ne vous convient, y'a aussi l'option "Play as anything" qui vous laisse incarner à peu près n'importe quoi, une cité-État imaginaire, une faction, ce que vous voulez.
Et autre truc cool, vous pouvez aussi avancer dans le temps... Vous faites défiler les années et le monde évolue à partir de vos dernières actions et comme ça vous pouvez voir cet effet papillon que vous avez initié.
Vous pouvez même fabriquer votre propre monde puisque le mode Create embarque un éditeur de carte où vous dessinez des régions, vous les attribuez à des pays, vous posez le contexte historique et les relations diplomatiques de départ.
Et c'est un vrai jeu de stratègie, parce qu'il faut anticiper plusieurs coups à l'avance. Vous pouvez choisir un niveau de difficulté qui va de Very Easy à Impossible, le mode Normal étant calé pour rester réaliste. Vous choisissez aussi la qualité de l'IA, parce que derrière, le jeu fait tourner une trentaine de modèles différents via OpenRouter, des trucs d'OpenAI, d'Anthropic, de Google, et des modèles open source. Attention par contre, plus le modèle est costaud, plus il bouffe des tokens, donc sauf si vous aimez tomber en rade en plein milieu d'une guerre et être obligé de sortir la CB pour en racheter, démarrez avec les options les moins chères.
Et surtout, comme l'arme principale dans Pax Historia, c'est votre façon de formuler les choses, votre victoire dépend en grande partie de votre talent à argumenter. C'est du prompt engineering déguisé en grand jeu de stratégie, et je trouve que ça rejoint pas mal ce genre d'histoires où des
modèles apprennent l'art de la persuasion
. Le revers de la médaille, c'est que l'IA est encore beaucoup trop malléable du coup avec la bonne tournure de phrase, vous pouvez la convaincre de presque tout, un peu comme cette
IA qu'on a baratinée pour lui faire lâcher 47 000 dollars
.
Bref, si comme moi vous aimez triturer l'Histoire et réfléchir trois coups à l'avance, allez tester
Pax Historia
. C'est encore en alpha, mais j'ai trouvé l'idée brillante.
UnDUNE II
, c'est Dune II qui tient en entier dans une
PICO-8
, cette fameuse "fantasy console" dont je vous ai déjà parlé.
Ça a donc pris près de trois ans de boulot pour Paul Nicholas (alias Liquidream) afin de faire tenir le RTS culte de Westwood Studios dans 128x128 pixels et 16 couleurs. 3 factions, 21 unités, 19 bâtiments, neuf missions, et oui, c'est jouable depuis le navigateur.
Et si vous préférez faire tourner le binaire en local, des versions Windows, macOS, Linux et même Raspberry Pi sont dispos sur la
page itch.io du projet
. Le tout est distribué en freeware et jouable avec la souris / clavier ou avec la manette.
Petit rappel pour les plus jeunes quand même, Dune II - The Building of a Dynasty (de Westwood, sorti en 1992), c'est le jeu fondateur du RTS moderne. Command & Conquer est son successeur direct chez Westwood, et tous les RTS qui ont suivi (Warcraft, StarCraft, Age of Empires) lui doivent quelque chose.
Il faut construire sa base, récolter l'Epice, envoyer des unités combattre, gérer le brouillard de guerre... etc.
Mais alors comment a-t-il fait pour que UnDUNE II tienne dans cette minuscule machine qu'est le PICO-8. Hé bien le projet est splitté en 12 cartouches qui se chargent à la volée et se passent l'état du jeu entre elles. Tout Dune II tient dans environ 384 Ko de ROM totale, soit carrément moins qu'une photo JPEG moderne.
Et côté contenu, c'est dingue de voir ce qu'il a réussi à y caser. C'est loin d'être une version light ou amputée puisque les 3 maisons sont jouables (Atreides, Harkonnen, Ordos) + les Sardaukar en bonus au niveau 4, et on retrouve les trois
Mentats
classiques avec leurs briefings, plus 9 missions par faction avec carte animée et intro entre chaque niveau. Les armes de palais sont également spécifiques à chaque faction, et bien sûr les vers des sables peuvent gober une unité entière. Même les
Carryalls
font le taxi !
Bref, tout y est !
Et les détails de gameplay sont là aussi comme la capture de bâtiments ennemis (y compris les moissonneuses), le radar à deux résolutions selon les structures construites, la sauvegarde automatique entre missions, plusieurs niveaux d'IA, des stats de fin de mission avec ranking.
Sans oublier la musique et les SFX qui ont été refaits from scratch dans le tracker PICO-8 par Chris Donnelly (Gruber_Music).
C'est donc exactement comme en 1992, mais en 128x128.
Notez aussi que le sous-titre "The Demaking of a Dynasty" de ce portage a été suggéré par Tom Hall lui-même. Oui, ce Tom Hall, designer de Commander Keen chez id Software !
Et y'a même
une communauté speedrun
qui s'est formée autour du projet et côté propreté du code, c'est aussi clean que
POOM
, l'autre demake fou de PICO-8 qui fait tourner un FPS façon Doom (6 niveaux originaux) en 128x128.
Bref, si ça vous dit d'essayer, c'est
par ici
, c'est gratuit. Par contre, méfiez-vous des vers de sable !!
J'sais pas si vous avez vu passer ça, mais vous pouvez désormais déclencher la guerre Iran-USA directement depuis votre navigateur, tout ça en pixel art, en incarnant ce bon vieux Donald Trump. C'est gratuit, accessible sur
epicfurious.com
, et c'est signé
The Secret Handshake
, le collectif anonyme déjà responsable des statues Trump-Epstein qui poppent et disparaissent un peu partout.
Le jeu s'appelle Operation Epic Furious : Strait to Hell, et il a en fait deux vies. D'abord, une version jouable depuis n'importe quel navigateur et aussi dans 3 bornes d'arcade installées devant le War Memorial de Washington le 11 mai dernier.
Dans ce jeu, vous spawnez à la Maison-Blanche avec un choix initial : Diet Coke ou invasion de l'Iran ? Et ensuite, ça part en sucette !
Le moteur, c'est du
RPG Maker MZ
, l'outil japonais qui sert habituellement à pondre des JRPG indé sympas sur itch.io. Et The Secret Handshake l'a tout simplement utilisé pour faire ce qu'on appelle du
culture jamming
, et je trouve ça chouette. Comme ça plutôt que de monter un énième Wordpress tout nul avec un manifeste politique que personne ne lira, leur jeu se diffuse tout seul en faisant le buzz (la preuve j'en parle ici).
Le look pixel des années 90 crée un décalage immédiat avec ce sujet très actuel et la guerre y est vendue comme un produit joliment packagé, soit exactement le reproche que le collectif fait à l'administration Trump.
Et côté gameplay, ça part dans tous les sens ! Vous prenez un hélicoptère pour aller en Iran, vous combattez le Pape, des collégiennes et des wokes au passage, vous lootez du lubrifiant dans Téhéran en ruines, et vous croisez Pete Hegseth et Kash Patel en chemin... Ah, et si vous tentez de tenir la main de Melania, hop, Game Over instantané.
Et n'oubliez pas de commander 6 Diet Cokes... il va se passer un truc dont je vous laisse la surprise. Et pour finir, le jeu vous fera forcément perdre la guerre (désolé hein ^^), avec cette punchline : "You'll lose this war, too, but at least it'll only cost a quarter."
Faut dire que The Secret Handshake n'en est pas à son coup d'essai. En septembre 2025, comme je vous disais en intro, ils ont installé Best Friends Forever, une statue grandeur nature de Trump et Epstein main dans la main, sur le National Mall qui s'est faite démontée en moins de 24 heures par la police.
Ils ont remis ensuite ça quelques semaines plus tard, puis en mars 2026 avec King of the World, une variante en pose Titanic, et même une carte d'anniversaire géante reproduisant la lettre que Trump aurait envoyée à Epstein, sortie en janvier dernier.
Vous l'aurez compris, ce collectif de zinzins ce sont vraiment des spécialistes du détournement en mode guerilla qui ont même rendu leur statue téléchargeable en creative commons
sur Printables
pour que n'importe qui puisse l'imprimer en 3D.
Ce que The Secret Handshake critique, ce sont donc également ces posts de réseaux sociaux qui font le buzz et où l'administration mélange images réelles de bombardements avec des séquences de Call of Duty ou GTA pour vendre la guerre comme un divertissement. C'est de la protestation par l'art et on dirait que ça fonctionne plutôt bien.
En tout cas, c'est plus efficace qu'un communiqué de presse d'ONG...
Bref, à jouer pour le geste autant que pour le gameplay, tant que c'est dispo.