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L'Italie démantèle Cinemagoal, l'énorme appli de streaming pirate

26 mai 2026 à 18:05

Le fisc italien a frappé fort il y a quelques jours. La Guardia di Finanza, sous la direction du parquet de Bologne, vient de démanteler un réseau de piratage de streaming baptisé Cinemagoal, dans une opération nommée "Tutto Chiaro" (tout clair, en italien).

Plus de 100 perquisitions ont été menées dans 17 régions du pays, plus des saisies coordonnées en France et en Allemagne via Eurojust (l'agence européenne qui coordonne les enquêtes judiciaires entre pays de l'UE). Joli coup de filet.

Le système était assez bien huilé. Cinemagoal proposait à ses clients un accès à Netflix, Disney+, Spotify, Sky et DAZN pour 40 à 130 euros par an, soit une fraction du prix de l'ensemble des abonnements officiels.

Pour faire fonctionner ce petit business, l'équipe derrière l'appli avait monté une infrastructure de machines virtuelles en Italie qui aspiraient en permanence les clés de déchiffrement DRM (les codes numériques qui débloquent la lecture des contenus protégés) à partir de vrais comptes payants.

Toutes les trois minutes, de nouvelles clés étaient renvoyées aux clients, ce qui rendait le système difficile à bloquer en temps réel par les plateformes officielles.

L'astuce des trois minutes n'était pas innocente. En renouvelant les clés à intervalle court, Cinemagoal contournait les outils antifraude que Netflix et consorts utilisent pour détecter les comportements bizarres sur un compte. Difficile pour la plateforme de repérer un piratage à grande échelle quand chaque clé volée n'est utilisée que quelques minutes avant d'être remplacée.

Côté budget, l'enquête estime à environ 300 millions d'euros le manque à gagner cumulé pour les ayants droit sur plusieurs années. Les autorités ont aussi mis la main sur les serveurs étrangers qui hébergeaient le code source complet de l'appli et les bases de données de clés, ce qui devrait empêcher le service de redémarrer sous un autre nom.

Plus inhabituel, l'opération s'attaque aussi aux utilisateurs finaux. Environ un millier d'abonnés à Cinemagoal ont été identifiés et reçoivent en ce moment des avis d'amende administrative allant de 154 à 5 000 euros. C'est une approche assez différente de ce qu'on voit en France, où les pirates côté consommateurs sont rarement inquiétés (ouf). L'idée du parquet italien, c'est vraiment de faire peur.

Et puis il y a la question de la durée. Cinemagoal tournait depuis plusieurs années sans gros problème, ce qui veut dire que les plateformes officielles ont mis du temps à repérer la fuite, ou en tout cas à coordonner une réponse efficace avec les autorités. Vu les sommes en jeu, ça pose quand même la question de la solidité des protections DRM actuelles face à des équipes techniques motivées pour tout pirater.

Source : Bleeping Computer

Une console rétro "Lenovo" à 72 dollars, bourrée de ROMs Nintendo piratées

22 mai 2026 à 09:25

Une console de jeu portable estampillée Lenovo est apparue sur AliExpress à environ 72 dollars, et elle a un détail embarrassant : elle est livrée avec des milliers de jeux Nintendo piratés préinstallés. Le genre de produit qu'on prendrait pour une contrefaçon. Sauf que non.

Interrogé sur cette G02, Lenovo a confirmé que la console est bien officielle. C'est ce qu'on appelle un produit en marque blanche : Lenovo n'a pas conçu l'appareil, mais a accordé une licence d'utilisation de son nom à un fabricant tiers, via un accord régional réservé au marché chinois.

La G02 ne fait pas partie du catalogue mondial de Lenovo, mais elle porte bel et bien son logo, en toute légalité côté marque. C'est un modèle courant : une marque connue loue son nom, un fabricant local s'occupe du reste.

Le problème, c'est ce qu'il y a dedans. La console démarre avec le branding Lenovo, puis donne accès à des milliers de ROMs, ces copies de jeux rétro, en grande majorité des titres Nintendo.

Et là, plus de zone grise : il est hautement improbable que ces jeux soient sous licence. Nintendo est sans doute l'éditeur le plus féroce de l'industrie quand il s'agit de défendre sa propriété intellectuelle, et la firme a déjà fait fermer des dizaines de projets d'émulation à coups d'avocats.

Pour l'acheteur, l'affaire est presque trop belle : une machine de rétrogaming à 72 dollars, le logo d'un géant de l'informatique, et une ludothèque entière offerte. Sauf que cette ludothèque, personne ne l'a payée aux ayants droit.

Et la console continue de se vendre tranquillement sur AliExpress, accessible aux acheteurs chinois comme au reste du monde.

Du coup, Lenovo se retrouve dans une position franchement inconfortable. Son nom, validé par un contrat officiel, s'affiche sur un appareil qui distribue du jeu piraté à l'échelle industrielle. C'est précisément le risque du modèle de la marque blanche : vous touchez une redevance pour prêter votre logo, mais vous ne contrôlez pas toujours ce que le partenaire met dans la boîte.

Quelque part en Asie, un service juridique doit déjà transpirer.

Source : Tom's Hardware

Hydracker / Darkiworld piraté - Pas de lien avec le gérant de YGG, confirme le leaker

Par : Korben ✨
18 mai 2026 à 18:51

Vous vous souvenez de YggTorrent qui s'est fait démonter en full 4K en mars dernier ?

Eh ben rebelote !! Le mec qui gérait Ygg serait, d'après le leaker, derrière une autre plateforme pirate nommée Hydracker (l'ex-Darkiworld relooké hier) qui elle aussi s'est fait éclater à son tour. Un certain blackspell81 a balancé le catalogue en accès libre sur darkileak.buzz. Le pirate qui pirate le pirate qui s'était déjà fait avoir. C'est un délice ^^!

Et ce qui a fuité, c'est du lourd avec environ 2,4 millions de liens de films et de séries, soit à peu près 130 000 torrents. En vrac, ça donne 17 Go de bases SQL d'un côté, 19 Go de JSON de l'autre, et 10 Go rien que pour les torrents.

De quoi lancer un téléchargement à la minute pendant 4 ans sans voir le bout du truc. Du coup, tout est dispo, gratos, maintenant ! Blackspell81 affirme aussi avoir aspiré la base utilisateurs, qui compte dans les 800 000 comptes (c'est l'héritage de Darkiworld, forcément, vu que le nouveau nom a à peine un jour) avec emails, mots de passe hashés, adresses IP, pseudos et historiques d'activité.

Sauf qu'il a décidé de NE PAS la publier ! Ouf pour tous les membres !

Et ce choix, il le revendique noir sur blanc car sur la page de leak, juste sous une citation d'Aaron Swartz ("Sharing is not immoral, it's a moral imperative"), le message est limpide : "Darkiworld a voulu imposer sa vision capitaliste du partage, nous avons donc pris les choses en main. Personne ne devrait avoir à payer pour du contenu piraté. Le but même de cette communauté est l'entraide et le partage. Nous avons ainsi hacké Darkiworld et ses serveurs internes afin de libérer le catalogue, désormais accessible à tous, gratuitement."

Le gars ne cible donc pas les utilisateurs, mais la "boîte" Darkiworld et son virage business.

Darkiworld, c'est surtout un vieux de la vieille qui a déjà changé de nom trois fois (PapaFlix, puis Darkino, et j'en passe) et ce mois-ci, il s'est "repositionné" pour ramasser les orphelins de Ygg : torrents, streaming intégré, téléchargement direct, abonnements premium, downloads accélérés, moins de pub, et même un navigateur maison baptisé "Hydra Browser".

Bref, du piratage en mode startup, avec offre freemium et tunnel de conversion. Donc au lieu de rester la petite communauté d'entraide du départ, la plateforme a foncé sur la monétisation, ce qui a fini par cristalliser la colère de ses utilisateurs et de ceux de Ygg.

Maintenant, d'après blackspell81, la personne qui tient le site aujourd'hui serait la même que celle qui pilotait Ygg, sous les pseudos Destroy et Oracle. Il évoque des adresses IP au Maroc qui correspondent et un mail "d'un certain Amine". À prendre avec des pincettes, hein, parce que personne d'autre n'a confirmé ça de façon indépendante pour l'instant.

Mais ces deux pseudos collaient déjà aux admins de Ygg dans plusieurs comptes rendus du hack de YggTorrent . Donc soit c'est le même bonhomme qui collectionne les fuites, soit quelqu'un veut très fort le faire croire.

Côté Hydracker, on assume mollement... Sur le Telegram officiel, un message signé "GANDALF" (oui oui) explique que "le dev vient de reprendre la main sur les serveurs", que c'est "très loin d'être la fin", et qu'ils ne se laisseront pas faire par "une dizaine de mécontents" face aux "milliers" qui apprécient le site.

Les changements indispensables dont il parle, ce sont donc les abonnements payants... voilà voilà.

Si vous aviez un compte sur Darkiworld ou Hydracker, partez du principe que vos identifiants ont fuité, même si la base users n'est pas publique. Car "Pas publiée" ne veut pas dire "pas exfiltrée". Ça veut juste dire "pas encore".

Du coup, changez ce mot de passe partout où vous l'avez recyclé (et je sais que vous l'avez recyclé ^^), activez la double authentification, et vérifiez votre email sur Have I Been Pwned .

Et souvenez-vous, T411 et Zone-Téléchargement tombés il y a des années déjà, le roi du scan manga Bato.to coulé en janvier, Ygg démoli en mars... les sites de téléchargement pirates se font dégommer en série depuis quelque temps pour des guéguerres internes qui surgissent à chaque fois quand le site se met à vendre du premium et qu'il devient, de fait, pile ce qu'il prétendait combattre.

Bref, qui sera le prochain ?

Édit du 18 mai : GANDALF, l'admin d'Hydracker, m'a contacté directement pour démentir. Selon lui, son équipe et le dev d'Hydracker n'ont aucun rapport avec ceux de Ygg. À ce moment-là, le hacker disait l'inverse, donc impossible de trancher.

Édit du 19 mai : Blackspell81 lui-même vient de confirmer qu'il n'existe aucun lien réel entre les propriétaires d'YGG et de DarkiWorld. Autrement dit, la connexion YGG évoquée dans l'article ne tient pas. Ce qui ne change pas : la fuite a bien eu lieu, les données sont dehors.

Source

Hadopi : le Conseil d'État éteint la riposte graduée après 17 ans

1 mai 2026 à 10:01

Fin de partie pour la riposte graduée. Le Conseil d'État a déclaré illégale, le 30 avril 2026, la phase la plus dure du dispositif anti-piratage Arcom, héritier de la Hadopi.

La décision s'applique immédiatement et décapite le système après 17 ans de chasse aux téléchargeurs sur les réseaux peer-to-peer. La Quadrature du Net, qui pilote le contentieux depuis 2019, a publié dans la foulée un bilan intitulé "Hadopi (2009-2026)".

Concrètement, deux failles ont été retenues. La juridiction a constaté que le décret de 2010 n'oblige nulle part les opérateurs à stocker les adresses IP dans "un compartiment totalement isolé", comme l'avait pourtant exigé la Cour de justice de l'Union européenne en avril 2024.

Et surtout, la troisième étape de la riposte graduée, celle qui transmet votre dossier au procureur après deux avertissements ignorés, ne prévoyait aucune autorisation judiciaire préalable. Du coup, les sanctions pénales, jusqu'à 1 500 euros d'amende et 3 000 euros en cas de récidive, ne peuvent plus être déclenchées.

Les deux premiers étages tiennent quand même encore debout. Si vous récupérez un torrent illégal demain, l'Arcom peut toujours vous envoyer un email d'avertissement, puis une lettre recommandée. Mais l'arme dissuasive, le passage devant le juge, exige désormais qu'un magistrat valide d'abord l'identification de l'abonné, et que les données aient été stockées dans le respect du droit européen.

Côté Arcom, l'institution prépare déjà une bascule sur le blocage de sites pirates et le déréférencement, c'est-à-dire la pression sur les intermédiaires plutôt que sur vous, particuliers.

Pour rappel, Hadopi a été lancée en 2009 sous le gouvernement Sarkozy, puis fusionnée avec le CSA en 2021 pour devenir l'Arcom. Le bilan ? Environ 13 millions d'avertissements envoyés et seulement 500 jugements rendus en 17 ans.

Soit un taux de conversion qui ferait glousser n'importe quel directeur commercial. La Quadrature, qui a mené le contentieux avec FDN et Franciliens.net, parle aujourd'hui d'une "victoire" pour les droits fondamentaux et appelle à ne pas ressusciter le dispositif sous une autre forme.

La Quadrature rappelle que le dispositif a surtout servi à criminaliser le partage culturel non-marchand entre internautes, sans jamais améliorer la rémunération des artistes ni endiguer le piratage à grande échelle.

Le streaming illégal, les plateformes IPTV, les sites de direct download : tout ça a continué à prospérer pendant que l'Autorité s'acharnait sur les utilisateurs de torrents. À côté, l'industrie culturelle a fini par s'adapter avec Spotify, Deezer ou Netflix, sans qu'on ait eu besoin de surveiller les abonnés de manière excessive.

Bref, on aura mis 17 ans à constater que ficher massivement les internautes sans contrôle judiciaire, c'est illégal, mais on s'en est toujours douté.

Source : La Quadrature du Net

Le DNS souverain européen DNS4EU forcé par la justice française de bloquer des sites pirates

29 avril 2026 à 13:44

Coup dur pour DNS4EU. Le résolveur DNS public co-financé par la Commission européenne, présenté il y a moins d'un an comme l'alternative souveraine à Google et Cloudflare, doit désormais bloquer une trentaine de domaines de streaming pirate, sur ordre du tribunal judiciaire de Paris.

La décision date du 17 avril, après deux ordonnances réclamées par Canal+ et restées sans réponse côté défense.

Concrètement, l'ordonnance vise 37 domaines au total, répartis entre 16 sites qui diffusaient illégalement le MotoGP et 21 autres qui faisaient pareil avec la Formule 1. On y retrouve des grands classiques de l'IPTV pirate comme daddylive3.comiptvsupra.com ou king365tv.me.

Whalebone, la société tchèque qui opère DNS4EU pour le compte de l'Union européenne, doit donc rentrer ces noms de domaine dans son moteur de blocage et empêcher leur résolution depuis la France.

Sauf que la mesure déborde déjà du territoire français. Le blocage est appliqué même pour des utilisateurs basés hors de France, ce qui pose une vraie question de juridiction et de portée extraterritoriale d'une décision parisienne sur un service censé desservir 450 millions d'Européens. 

Bref, le DNS public européen finit par être plus restrictif que prévu, et pas vraiment dans le sens où Bruxelles l'avait vendu.

L'autre détail gênant : Whalebone n'a même pas comparu à l'audience du 19 février. Le tribunal a donc statué par défaut, en faveur de Canal+, sans le moindre argument contradictoire. Difficile de mieux perdre un procès.

La société tchèque, qui s'est vendue auprès de Bruxelles comme un acteur clé de la souveraineté numérique européenne, va devoir s'expliquer sur cette absence.

En pratique, ce genre de blocage DNS reste contournable en quelques minutes par n'importe quel utilisateur un peu débrouillard, qui n'a qu'à changer son résolveur dans les paramètres système pour pointer ailleurs. Mais la portée symbolique est assez moche, parce qu'elle inscrit DNS4EU dans la même logique de contrôle que les services qu'il prétendait justement remplacer.

Et ce n'est pas la première fois que la justice française élargit le périmètre. Depuis 2024, les ordonnances de blocage anti-piratage ont visé successivement les FAI, puis les résolveurs DNS de Google, Cloudflare et Cisco, puis les VPN comme NordVPN ou ExpressVPN, et désormais le DNS souverain européen lui-même.

Canal+ s'appuie à chaque fois sur l'article L.333-10 du Code du sport, qui permet de viser "toute personne susceptible de contribuer" à remédier au piratage.

Bref, un DNS public financé par l'UE pour protéger les Européens, qui finit forcé de filtrer hors de ses frontières par un tribunal national. C'est un peu n'importe quoi.

Source : TorrentFreak

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