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Ils trouvent 100 failles dans le noyau Windows pour 600 dollars

Par : Korben
20 mars 2026 à 07:35

2 chercheurs en sécurité, Yaron Dinkin et Eyal Kraft, viennent de publier les résultats d'une expérience qui devrait donner des sueurs froides à pas mal de monde... Ils ont découvert 521 vulnérabilités dans les pilotes du noyau Windows, dont une bonne centaine exploitables pour de l'escalade de privilèges. Et tout ça ne leur a coûté que 600 dollars !

Mais comment ont-ils fait ? Eh bien ils se sont construit un pipeline en 5 étapes. D'abord, il a fallu récupérer 1654 pilotes uniques depuis le catalogue Microsoft Update ainsi que depuis les sites des constructeurs.

Ensuite, ils ont lancé un prétraitement automatique pour classer les cibles par surface d'attaque. Pour faire simple, dans Windows, quand un logiciel veut causer à un pilote du noyau, il lui envoie des commandes appelées IOCTL (Input/Output Control)... c'est un peu la sonnette d'entrée entre le monde utilisateur et le monde noyau. Leur pipeline analysait donc la complexité des fonctions qui répondent à ces commandes (les "handlers IOCTL"). Plus un handler est complexe, plus il y a de chances qu'une erreur s'y planque.

Et ils cherchaient en priorité les pilotes qui utilisent un mode de transfert de données appelé METHOD_NEITHER, c'est-à-dire le mode "démerde-toi". Car contrairement aux autres modes où Windows joue les intermédiaires et vérifie un minimum ce qui transite, ici le pilote reçoit directement les pointeurs bruts depuis l'espace utilisateur, sans aucun filet de sécurité du noyau. C'est ensuite au développeur du pilote de tout vérifier lui-même… et spoiler : beaucoup ne le font pas correctement ! Bref, c'est le genre de truc qui sent la vuln à plein nez.

Ensuite pour la recherche de vulnérabilité, c'est-à-dire vraiment le cœur de leur système, ils ont mis en place un conseil de 3 agents LLM avec chacun un rôle bien défini. Un agent décompile d'abord le binaire et renomme les fonctions, ensuite un autre identifie la surface d'attaque, et enfin le troisième audite chaque fonction pour trouver des corruptions mémoire. Le tout via OpenRouter , en mixant les modèles pour optimiser le ratio vulnérabilités par token. Coût moyen par cible : 3 dollars.

Et les résultats obtenus sont assez crazy loco car sur 202 binaires analysés, ils ont trouvé 521 vulns au total dont 45% de bugs de lecture/écriture mémoire arbitraire. Et 70% de ces vulnérabilités sont classées High ou Critical.

Mais évidemment y'a du faux positif (environ 60%), donc ils ont dû faire une review manuelle de chacun de ces bugs. Mais même après le tri ça laisse plus de 100 bugs réellement exploitables pour de l'escalade de privilèges sur Windows 11 ! Et les vendeurs concernés, c'est pas des petits joueurs : AMD, Intel, NVIDIA, Dell, Lenovo, IBM, Fujitsu...

D'ailleurs, le cas du driver AMD Crash Defender (amdfendr.sys) est parlant. Le device est accessible en écriture par n'importe quel utilisateur, expose des IOCTLs sans validation de taille correcte et permet de la corruption heap. Avec un peu de pool grooming, on arrive donc à de l'exécution de code kernel. Et quand on sait que ce driver tourne sur les instances AWS EC2 Windows avec processeurs AMD, on comprend vite que la surface d'attaque s'étend largement jusqu'au cloud.

(En parlant de reverse engineering assisté par IA, perso en ce moment, je suis en train de faire joujou avec Claude Code et Ghidra pour un projet dont je vous parlerai peut-être plus tard si j'y arrive, et franchement ça marche troooop bien c'est fou ! Les chercheurs de l'étude notent d'ailleurs qu'aujourd'hui, ils utiliseraient probablement "juste Claude Code avec des skills custom" plutôt que leur pipeline maison. C'est dire si l'outil d'Anthropic est fou !

Après le plus flippant dans cette histoire, comme d'habitude c'est pas les bugs. Non, ce sont les réactions des constructeurs car sur 15 vulnérabilités confirmées et rapportées à 8 vendeurs, toutes avec un score CVSS (gravité de la faille, sur 10) supérieur à 7, un seul a patché ! Il s'agit de Fujitsu, avec la CVE-2025-65001 . Les autres ont rejeté les rapports ou baissé les priorités malgré des vidéos de proof-of-concept montrant par exemple un BSOD depuis un compte utilisateur standard !

Le problème c'est que certains de ces produits hardware sont en fin de vie. Donc y'a plus de support. Mais ils ne révoquent pas les certificats de signature du driver. Du coup, ces pilotes restent utilisables pour des attaques BYOVD (Bring Your Own Vulnerable Driver), où un attaquant chargerait volontairement un driver signé mais vérolé pour compromettre le noyau.

Si vous bossez en sécurité, les chercheurs ont publié une liste de 234 hashes en double-SHA256 pour vérifier si vos machines contiennent des drivers affectés. Pour checker vos drivers, c'est simple :

sha256sum driver.sys | awk '{print $1}' | tr -d '\n' | sha256sum

...et vous comparez avec leur liste.

Ce qui est clair en tout cas, c'est que l'IA en cybersécurité n'est plus un concept de labo. Microsoft avait déjà son Security Copilot qui trouvait des failles dans GRUB2, et maintenant ces chercheurs indépendants qui scannent l'intégralité de l'écosystème drivers Windows pour le prix d'un Macbook Neo... La course entre attaquants et défenseurs vient clairement de changer de vitesse.

Source

La Xbox One enfin hackée après 12 ans d'invincibilité

Par : Korben
16 mars 2026 à 12:40

La Xbox One n'a jamais été hackée ! Eh oui, depuis 2013, la console de Microsoft narguait la communauté du reverse engineering pendant que les PlayStation, les Switch et autres 3DS tombaient les unes après les autres. Microsoft la décrivait même comme "le produit le plus sécurisé jamais créé" mdrrrr.

Bon bah c'est fini comme vous vous en doutez car à la conférence RE//verse 2026 à Orlando, Markus "doom" Gaasedelen a réussi à exécuter du code arbitraire sur le boot ROM de la console, autrement dit c'est un hack hardware impossible à corriger.

Du coup, comment on casse un truc réputé incassable ?

Eh bien toute la sécurité de la Xbox One repose sur un minuscule processeur ARM Cortex R4, le Platform Security Processor (PSP), planqué dans un coin du SoC AMD.

Ce PSP contient un boot ROM gravé directement dans le silicium... et c'est le seul composant que Microsoft ne peut pas mettre à jour. L'architecte de la sécu Xbox, Tony Chen, l'avait dit lui-même en 2019 : "le seul bug logiciel dont on ne peut pas se remettre, c'est un bug dans le boot ROM".

Le die shot du SoC Xbox One. Le PSP est planqué tout en bas à droite.

Sauf que Markus n'a pas cherché de bug logiciel, parce y'en a pas. Le code du boot ROM est linéaire, hyper audité, sans la moindre faille. Du coup, il est passé par le hardware avec du voltage glitching.

Le principe c'est de faire s'effondrer brièvement le rail d'alimentation du processeur (en gros, on colle un MOSFET sur le rail et on tire la tension vers le bas pendant 100 à 200 nanosecondes) pour corrompre l'exécution d'une instruction. Et Microsoft avait quand même blindé le truc en prenant soin de ne pas mettre de pin reset accessible, pas d'UART, pas de JTAG, pas de post codes de diagnostic (désactivés par des fusibles), et surtout 37 stalls randomisés qui décalent le timing du boot à chaque démarrage. En gros, c'est comme essayer de crocheter une serrure dans le noir, avec des moufles, et la serrure qui change de position toutes les 2 secondes.

D'ailleurs, c'était la première fois que Markus faisait du glitching de sa vie. Au début, il a galéré sur le mauvais rail d'alimentation (la tension 1.8V, finalement un cul-de-sac) avant de trouver le bon (le North Bridge core). Et là, en balançant ses impulsions de voltage au bon moment, il a réussi à activer les post codes que Microsoft avait désactivés par fusibles. Premier signe que la bête était vulnérable !!!!

Le setup de glitching : oscilloscope, carte mère Xbox One et fils partout.

Ensuite, il a ciblé les opérations memcopy du boot ROM, là où les données contrôlées par l'attaquant transitent dans les registres du processeur. Un glitch bien placé pendant un memcopy, et hop, le pointeur d'instruction du processeur part n'importe où. Résultat : 0x41414141 qui sort sur le bus I2C, la preuve qu'on contrôle l'exécution du boot ROM !

Bon par contre, il était enfermé dans un "user jail", une sandbox ARM avec seulement quelques Ko de code accessible. Et c'est pas si simple d'en sortir.

0x41414141 sur le bus I2C. ROP'd OUT MY POST CODE !

Et là, coup de génie du mec : un double glitch sur le même boot.

Le premier casse la boucle d'initialisation du MPU (la protection mémoire ARM, les 12 régions qui créent les jails), le second hijack le pointeur d'instruction pendant le memcopy.

Combiner les deux sur un seul démarrage, c'est du genre 1 chance sur 100 par glitch, soit environ 1 sur 10 000 pour le combo donc autant dire qu'il faut laisser tourner la machine des centaines de milliers de fois. Mais ça marche !! Avec le MPU désactivé et le pointeur d'instruction sous son contrôle, Markus obtient alors l'exécution de code en mode superviseur, avant même que le boot ROM n'ait vérifié les signatures ou déchiffré quoi que ce soit.

Bingo !! Et les conséquences sont radicales puisque grâce à ce hack, il peut maintenant déchiffrer tous les jeux, les firmwares et les mises à jour passés, présents et futurs.

Il peut aussi dé-pairer les NAND et lecteurs optiques pour la réparation. Et comme c'est gravé dans le silicium, c'est impatchable, comme le Reset Glitch Hack de la 360 à l'époque. Pour l'instant, ça concerne uniquement le modèle Xbox One Fat de 2013.

Ah et petit détail croustillant.... Microsoft avait prévu des moniteurs anti-glitch dans le SoC pour détecter les perturbations de voltage, mais sur les premières révisions ils n'arrivaient pas à les stabiliser, du coup ils les ont désactivés par fusibles. Pas de bol. Après sur les modèles suivants (One S, One X) ils sont activés, mais Markus pense que ses techniques pourraient quand même être adaptées.

Le boot flow du PSP. Le hijack se produit à l'étape 4, avant toute vérification crypto.

Le plus dingue c'est que le hack en version finale ne nécessite que 3 fils soudés sur la carte mère ! Tout le reste, les dizaines de sondes à crochet, l'oscilloscope 4 voies, l'analyseur logique branché sur le bus I2C et les GPIO, c'était juste pour comprendre ce qui se passait.

Et le fait qu'il ait construit un émulateur du boot ROM avec l'aide de l'IA pour étudier le comportement du processeur, je trouve ça encore plus incroyable !

Bref, je vous laisse avec la conf en intégralité pour les plus motivés :

Et voilà comment 12 ans de "IMPOSSIBLE À PIRATER" se termine avec 3 fils soudés et 2 glitches bien placés. Pas mal !

Bravo Markus !

25 ans de catch WCW verrouillé par un DRM en carton

Par : Korben
10 mars 2026 à 10:06

C'est fou hein, mais un CD-ROM de catch sorti en 1999 a gardé ses vidéos sous DRM durant 25 piges et tout ça juste parce que le serveur qui filait les clés de déchiffrement a disparu. Du coup personne pouvait plus rien lire.

Jusqu'à maintenant.

Le WCW Internet Powerdisk, c'était un disque promo glissé dans le magazine WCW. 61 clips vidéo de catch dessus, des matchs Hogan vs Goldberg, des profils de Sting, des intros Monday Nitro... le tout en MPEG-1 à 320x240, 30 fps, et audio MP2 mono à 64 kbps. Pour lire ces vidéos, fallait passer par UlPlayer.exe qui allait chercher une clé sur un serveur distant. Et quand le serveur a disparu vers 2000, 51 minutes de contenu sont devenues inaccessibles. Du jour au lendemain. Verrouillé pour TOUJOURS... enfin presque.

Car un dev a décidé de s'attaquer au problème en analysant le programme de chiffrement utilisé à l'époque. Et le chiffrement PAVENCRYPT (oui c'est son petit nom), c'est juste une clé qui boucle sur chaque octet du fichier. Chaque fichier a sa propre clé, mais on est clairement sur du niveau exercice de première année en crypto, dans l'esprit du ROT13.

Et comme les fichiers MPEG-1 ont une structure connue, il suffit de regarder la fin du fichier chiffré pour deviner la clé. Un simple calcul, quelques secondes, et c'est plié. Sauf si le fichier est corrompu (là bon courage).

Résultat, 61 fichiers sur 61 récupérés ! 51 minutes de catch WCW avec des matchs, des promos, des segments scénarisés... tout ça converti en H.264 et mis en ligne sur l' Internet Archive . Le déchiffreur est en Python mais attention par contre, ça ne marche que sur les fichiers .PAV au format PAVENCRYPT, et pas sur n'importe quel chiffrement des années 90 ^^.

D'ailleurs, ce genre de DRM propriétaire des années 90, c'était monnaie courante. Y'a tout un tas de vieux contenus numériques qui pourrissent derrière des verrous obsolètes . Ici la protection a survécu plus longtemps que l'entreprise qui l'a fabriquée, qui a purement et simplement disparu.

Après, le chiffrement était tellement basique que c'est pas non plus un exploit de DINGUE. N'importe qui avec Python et des notions de crypto aurait pu faire pareil, sauf que personne n'avait essayé, donc voila, bravo !!

Comme quoi, un DRM n'a pas besoin d'être costaud pour bloquer du contenu pendant un quart de siècle. Suffit que personne ne s'y intéresse.

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