Le compilateur JIT de Python est menacé, et pas pour une raison technique
Le conseil de pilotage de Python, l'instance qui tranche les grandes décisions du langage, a demandé le 5 juin la suspension de tout nouveau développement sur son compilateur JIT.
Un JIT (just-in-time), c'est un compilateur à la volée : au lieu d'interpréter votre code ligne par ligne, il traduit les portions les plus sollicitées en instructions machine pendant l'exécution, histoire de gagner en vitesse. Python en a un, expérimental, depuis la version 3.13 sortie début 2024.
Le problème n'est pas le code. Il est dans la procédure.
Ce JIT est arrivé dans la branche principale de CPython, l'implémentation de référence du langage, sans passer par le circuit de décision habituel. Chez Python, toute évolution majeure doit faire l'objet d'un PEP, un document formel que la communauté discute puis valide. Celui qui couvre le JIT, le PEP 744 signé Brandt Bucher et Savannah Ostrowski, n'est qu'informatif et laisse plusieurs questions en suspens : la maintenance future, la compatibilité avec l'outillage existant, les critères de réussite mesurables.
Le conseil l'a reconnu noir sur blanc : il n'a pas été "aussi strict sur le respect du processus qu'un changement de cette ampleur le méritait". Responsabilité partagée, donc.
En pratique, plus aucune nouvelle fonctionnalité JIT ne peut atterrir sur la branche principale tant qu'un PEP en bonne et due forme n'est pas accepté. Les corrections de bugs et de sécurité, elles, continuent. Le conseil laisse une fenêtre de six mois pour soumettre et faire valider ce document. Passé ce délai, faute d'accord, le code du JIT sera purement et simplement retiré.
Le timing est mauvais. Le JIT amélioré était l'une des nouveautés mises en avant de Python 3.15, dont les fonctionnalités sont déjà gelées et dont la sortie est attendue en octobre. Sur du x86-64 sous Linux, il promet un gain de 8 à 9% en moyenne, même s'il reste désactivé par défaut et consomme 10 à 20% de mémoire en plus.
Mark Shannon, un des principaux contributeurs, n'a pas caché son agacement. Pour lui, tout arrêter d'un coup fait perdre l'élan et risque de faire fuir les nouveaux venus, alors il réclame une période de grâce pour avancer pendant que le PEP se construit. Barry Warsaw, lui, a demandé pourquoi le travail ne pourrait pas se poursuivre dans un dépôt séparé le temps des discussions.
La réponse du conseil tient en une idée : mettre le développement en pause évite que le JIT devienne une cible mouvante pendant qu'on débat de son sort.
Du coup, on se retrouve avec une techno qui fonctionne, déjà embarquée dans le langage, suspendue à un document qui n'existe pas encore.
Geler une techno qui marche pour une procédure oubliée, c'est agaçant sur le moment. Mais sur un langage utilisé par des millions de gens, c'est probablement plus prudent.
Source : The Register
