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Chromium - Google publie l'exploit d'une faille vieille de 2 ans et demi

Par : Korben ✨
21 mai 2026 à 07:19

Bon, alors là, Google a fait encore trèèèès fort.

Mercredi matin, la firme de Mountain View a carrément publié sur son propre bug tracker Chromium le code d'exploitation d'une faille... qui n'est toujours pas corrigée ! Et pas une petite vulnérabilité oubliée dans un coin, hein, mais une vraie faille de la mort qui tue que la chercheuse indépendante Lyra Rebane leur avait remontée gentiment et en privé . Ça fait 29 mois (2 ans et demi, les matheux ^^) et elle attend toujours un patch !

Le truc vise la Browser Fetch API, un mécanisme qui permet à un site de télécharger de gros fichiers en arrière-plan, genre une longue vidéo. Sauf qu'en la détournant, le code ouvre un service worker qui reste actif en permanence. Du coup, un site malveillant que vous visitez peut glisser un bout de JavaScript qui transforme votre navigateur en relais, tout cela à votre insu.

Parfait donc pour devenir un proxy anonyme pour des inconnus, un nœud de botnet pour des attaques DDoS, ou se faire surveiller quand on surfe sur le net... Et le plus vicelard, c'est que la connexion se rouvre ou reste ouverte même après avoir redémarré le navigateur, voire la machine entière.

Côté victimes, on parle de Chrome, de Microsoft Edge et de quasiment tous les navigateurs basés sur Chromium. Et que vous soyez sur Windows, macOS ou Linux, le bug s'en moque royalement. Rebane a confirmé que Brave, Opera, Vivaldi et Arc sont vulnérables eux aussi.

Bien sûr, Firefox et Safari, eux, passent clairement au travers, parce qu'ils ne supportent pas ce fameux téléchargement en arrière-plan. Bref, encore une fois, ne pas suivre le troupeau de mouton team-Chromium, ça paye !! Si vous cherchiez une raison de plus de larguer Google , la voilà servie sur un plateau.

Perso, ce qui me sidère, c'est que la faille a été classée S1, le deuxième niveau de gravité le plus élevé chez Google et il ne s'est toujours rien passé 29 mois après. C'est ouf quand même... Le post sur le tracker Chromium a bien été supprimé mais on le trouve toujours sur quelques archives / miroirs...

Après l'impact de cette faille, reste quand même limité car elle ne franchit aucune frontière... par exemple, elle ne donne pas accès à vos mails ni au reste de votre ordinateur, mais juste à ce qu'un navigateur sait déjà faire (ce qui est déjà énorme !!). Mais elle pourrait permettre à des cybercriminels de se constituer une flotte de milliers, voire de millions de navigateurs détournés, et le jour où une autre faille tombe, vous avez déjà l'armée prête à dégainer !! La bombe est là, il manque juste la mèche en fait !

Et pour se protéger ?

Bah franchement, pas grand-chose à faire côté utilisateur tant qu'il n'y a pas de patch. Si vous voulez mon avis bancal, le seul signal visible que vous pouvez guetter, c'est un menu de téléchargement qui s'ouvre tout seul sans raison, donc méfiez-vous donc si ça arrive. Maintenant si le sujet vous angoisse vraiment, basculer sur un navigateur pour les adultes ^^, genre Firefox ou Safari règlera la question d'un coup !

Faut pas oublier que Google passe son temps à pointer du doigt les éditeurs trop lents à patcher, alors j'comprends vraiment pas comment ils ont pu merder à ce point.

Source

Fragnesia - Une nouvelle faille Linux dans la lignée de Dirty Frag

Par : Korben ✨
15 mai 2026 à 09:33

Bon, accrochez vous les amis, car ça enchaine sec sur le kernel Linux en ce moment... Le chercheur William Bowling de l'équipe V12 security vient de lâcher Fragnesia (CVE-2026-46300, CVSS 7.8), un nouvel exploit kernel Linux qui permet d'obtenir un accès root sur toutes les distros majeures, et ce, 8 jours seulement après le patch de Dirty Frag.

Et la mauvaise nouvelle, en fait, c'est que Fragnesia tape dans la même surface d'attaque que Dirty Frag , mais via un bug logique différent qui n'est pas fixé par le patch initial. Donc si vous aviez sagement mis à jour votre noyau le 8 mai dernier en pensant être tranquille, hé bah désolé, vous êtes toujours à poil !

La lignée "Dirty" continue donc tout simplement de s'allonger... Dirty COW en 2016, Dirty Pipe en 2022, Copy Fail le 1er mai 2026, Dirty Frag le 8 mai, et maintenant Fragnesia le 14 mai. Quatre LPE (local privilege escalation) kernel Linux en deux semaines, c'est un record je crois !

Alors comment ça marche ?

Le bug se planque dans la partie du kernel qui gère le chiffrement réseau IPsec. C'est le truc qu'on utilise pour faire du VPN d'entreprise et l'attaque détourne le moteur de chiffrement pour qu'il écrive là où il ne devrait surtout pas écrire.

Le déroulé ensuite est assez simple à comprendre. Il prend un fichier sensible déjà ouvert en lecture (genre /usr/bin/su, le programme qui fait passer en root), il le balance dans une connexion réseau, et il dit au kernel "tiens, chiffre-moi tout ça en IPsec". Le kernel obéit gentiment, sauf qu'au lieu d'envoyer le résultat chiffré sur le réseau, il vient écraser la version du fichier qui est en mémoire avec les octets chiffrés. Du coup /usr/bin/su contient maintenant du code choisi par l'attaquant. Suffit ensuite de taper su pour devenir root.

Et là c'est le drame !

Le pire, c'est qu'il n'y a aucun "tirage au sort" dans tout ça. Pas besoin de gagner une condition de course une fois sur mille comme à l'époque de Dirty COW. Là, c'est 100% reproductible à chaque exécution, ça marche du premier coup.

La cause profonde, c'est une fonction kernel qui assemble des morceaux de paquets réseau et qui oublie au passage que certains morceaux pointent vers de la mémoire qui ne lui appartient pas vraiment (genre la mémoire d'un fichier qu'un autre process est en train de lire). Bowling appelle ça la "famille Dirty Frag" parce que c'est exactement le même genre d'amnésie qui avait permis Dirty Frag la semaine dernière.

Et le patch du 8 mai n'a pas suffi parce qu'il a juste rebouché un trou particulier, sans toucher à la fonction d'origine. D'où la sortie immédiate du PoC le 14 mai, parce qu'autant prévenir tout le monde, plutôt que de laisser un 0-day silencieux circuler dans les milieux moins recommandables d'Internet.

Testez sur votre Linux

Si vous voulez reproduire ça dans un environnement isolé (genre une VM Ubuntu 24.04 avec un kernel 6.8.0-111-generic), c'est simple :

git clone https://github.com/v12-security/pocs.git
cd pocs/fragnesia
gcc -o exp fragnesia.c && ./exp

Petite subtilité à connaître sur Ubuntu, AppArmor restreint les "user namespaces" (les bacs à sable du kernel) pour les utilisateurs non-privilégiés depuis Ubuntu 24.04. Du coup, avant de lancer l'exploit, faut faire sauter ce verrou de sécurité :

sudo sysctl -w kernel.apparmor_restrict_unprivileged_userns=0

Et là vous récupérez un shell root sans crasher le kernel... vous allez voir, c'est presque magique !

⚠️ Attention, après le test, le /usr/bin/su en mémoire est toujours pété (il contient encore le code de l'attaquant). Donc avant de continuer à utiliser la machine, faut nettoyer ce cache mémoire :

echo 3 > /proc/sys/vm/drop_caches

Ou plus simple, vous rebootez la VM puisque la corruption est uniquement en RAM.

Alors on fait quoi maintenant ?

D'abord, du côté patch, AlmaLinux a déjà sorti des kernels corrigés (kernel-4.18.0-553.124.3.el8_10 pour AL8, kernel-5.14.0-611.54.5.el9_7 pour AL9, et kernel-6.12.0-124.56.3.el10_1 pour AL10). Ensuite, pour les autres distros (Ubuntu, Debian, RHEL, SUSE, Fedora, Gentoo, Amazon Linux, CloudLinux), c'est en cours, mais pas encore disponible partout à l'heure où j'écris ces lignes.

En attendant, la mitigation est exactement la même que pour Dirty Frag, ce qui est plutôt cool, et même pratique, si vous l'aviez déjà appliquée la semaine dernière (rien à refaire, vous êtes déjà protégé contre la nouvelle bête, c'est cadeau). Si ce n'est pas le cas, voici la commande à coller en root, à exécuter sur chaque machine concernée :

sh -c "printf 'install esp4 /bin/false\ninstall esp6 /bin/false\ninstall rxrpc /bin/false\n' > /etc/modprobe.d/fragnesia.conf; rmmod esp4 esp6 rxrpc 2>/dev/null; echo 3 > /proc/sys/vm/drop_caches; true"

Cette ligne bloque les trois modules vulnérables (esp4, esp6 et rxrpc) pour qu'ils ne se rechargent pas au reboot, les décharge s'ils tournent déjà, et nettoie le cache mémoire au cas où il serait déjà corrompu.

Pour rappel, ces trois modules ne servent qu'à du VPN IPsec en mode transport et à un protocole réseau exotique d'Andrew File System. Du coup, 99% des desktops et serveurs classiques ne perdent rien à les désactiver. Si vous opérez du VPN IPsec en prod par contre, là attention, faudra attendre le patch officiel de votre distro et bricoler une rotation de modules en attendant.

Une fois que votre distro pousse le patch officiel (espérons que ce sera très bientôt côté Ubuntu et Debian), vous mettez à jour le noyau, vous rebootez la bécane, et vous retirez tranquillement la conf de modprobe.

Source : github.com/v12-security/pocs

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