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Green Bank - La ville « sans ondes » qui écoute l'univers

Par : Korben ✨
10 juin 2026 à 14:09

Aujourd'hui je suis tombé sur une story Instagram d' Artisan de demain qui parlait d'un truc qui m'a plutôt intrigué. En fait, quelque part en Virginie-Occidentale, il existerait une ville qui vit "sans ondes électromagnétiques". Pas de WiFi, pas de 5G, pas de four à micro-ondes qui ronronne tranquille dans la cuisine alors forcément, ça m'interroge... Et la Artisan de demain le dit elle-même face caméra, "* la raison, elle est scientifique*". Et comme pour une fois que sur Instagram, ce qui est raconté est vrai, j'ai creusé un peu plus l'info...

Cette ville, c'est Green Bank. Moins de 200 habitants paumés au fond des Appalaches, et planté au milieu, un monstre d'acier de 100 mètres de diamètre et presque 150 de haut, le Green Bank Telescope , qui est le plus grand radiotélescope orientable de la planète. Son boulot, c'est d'écouter le cosmos, de débusquer des pulsars, des nuages de molécules à l'autre bout de la galaxie, et même de tendre l'oreille vers d'éventuels signaux extraterrestres . Le truc, c'est que les signaux qu'il traque sont d'une faiblesse à pleurer. Il cherche l'équivalent cosmique d'un murmure venu d'il y a des milliards d'années. Alors à côté de lui, votre smartphone qui cherche du réseau, c'est une rave party.

Du coup, pour que l'antenne entende quelque chose, il faut le silence radio le plus total tout autour. Et c'est pour ça que dès 1958, bien avant que le géant actuel ne sorte de terre, les États-Unis ont créé la National Radio Quiet Zone, qui est une zone blanche, une bulle de plus de 30 000 km² à cheval sur la Virginie et la Virginie-Occidentale, où les émissions radio sont sévèrement bridées. Donc c'est pas un délire d'anti-ondes avec chapeau en alu sur la tête mais c'est simplement pour des questions de science afin de ne pas noyer l'observatoire sous le bruit de la civilisation.

Et sur place, ça se matérialise par des règles imposées aux habitants, assez gratinées. Par exemple, près de l'antenne, on roule uniquement au diesel, parce que les bougies d'un moteur à essence crachent des micro-étincelles qui parasitent les ondes radio. Les fours à micro-ondes qui fuient finissent également enfermés dans des caissons blindés façon cage de Faraday.

Pendant des années, l'observatoire a employé un mec dont le seul job était de sillonner la zone dans un camion bourré d'antennes pour traquer la moindre source d'interférence. Sa chasse la plus mythique, c'était un coussin chauffant oublié dans une niche de chien, à une quinzaine de bornes de là, qui pourrissait ses mesures. Voilà le niveau de parano qu'il faut pour capter ces signaux radio infimes .

Sauf que cette réputation de "zone sans ondes", vous vous en doutez, a fini par attirer un tout autre public. Depuis le milieu des années 2000, des gens persuadés que le WiFi, la 4G et les antennes leur bousillent la santé ont débarqué à Green Bank pour y trouver la paix. On les appelle les électrosensibles, et la petite ville est devenue une sorte de refuge pour eux.

Et, faut que je sois clair, parce que j'ai déjà dit exactement la même chose il y a dix ans à propos du compteur Linky . L'électrosensibilité, jusqu'à preuve du contraire, ça reste de l'ordre du mythe. En tout cas scientifiquement parlant.

Et ce n'est pas moi qui invente ça dans mon coin. L'OMS reconnaît que les symptômes (maux de tête, nausées, fatigue, picotements) sont bien réels et parfois handicapants, mais qu'aucun lien de cause à effet avec les champs électromagnétiques n'a jamais été démontré. Pire, quand on met des électrosensibles en double aveugle, incapables de savoir si l'émetteur est allumé ou éteint, ils ne devinent pas mieux que le hasard. Les symptômes débarquent autant avec un vrai signal qu'avec un faux. Les scientifiques appellent ça l'effet nocebo, le cousin maléfique du placebo. C'est la croyance que l'onde est dangereuse qui déclenche le malaise, pas l'onde elle-même. Les gens souffrent pour de vrai, simplement la cause n'est pas celle qu'ils croient...

Mais que voulez vous.... complotisme, horoscope, extra-terrestres, homéopathie, terre plate, voyance, reptiliens, lithothérapie, fantômes, numérologie, créationnisme, chat noir du vendredi 13, antivax, tarot, chemtrails, vies antérieures, naturopathie, climatoscepticisme, religions, pendule, Bigfoot, chakras, médiums, biodynamie, iridologie, et autres superstitions, c'est l'époque qui veut ça, et c'est difficile d'y échapper...

Et le truc rigolo dans tout ça, c'est que Green Bank n'a jamais vraiment été "sans ondes". La zone réduit les émissions radio volontaires, mais pas les champs qui traînent absolument partout, comme le câblage électrique des murs, les appareils ménagers, et ce fond d'ondes résiduelles qu'on ne peut tout simplement pas faire disparaître. L'observatoire a même desserré la vis ces dernières années, et le WiFi est aujourd'hui toléré sous conditions, et la Virginie-Occidentale a carrément injecté des millions dans la fibre du coin.

Puis surtout, la vraie menace pour Green Bank, ce n'est pas le micro-ondes du voisin. C'est le ciel ! Car les méga-constellations de satellites genre les Starlink de merde là, balancent des parasites radio jusque dans des bandes censées rester vierges, au point que la NSF et SpaceX ont dû signer un accord pour que les satellites coupent leurs faisceaux quand ils passent pile dans l'axe du télescope. Rajoutez à ça des budgets de radioastronomie sérieusement sous pression côté américain, et vous comprenez que ce qui menace réellement ce lieu, n'a aucun rapport avec une histoire de bien-être.

Quant au fameux "emfscanner" cité dans la story Instagram, c'est un petit site qui pioche dans les données d'OpenStreetMap pour vous afficher les antennes et les lignes haute tension autour d'une adresse. C'est sympa pour visualiser l'infrastructure du coin, mais c'est à ne surtout pas confondre avec une véritable mesure car ça ne collecte pas les niveaux d'ondes électro-magnétiques. Les données d'antennes sont d'ailleurs incomplètes à peu près partout sur la planète.

Et pas besoin de traverser l'Atlantique pour voir ça en vrai, puisqu'on a exactement la même chose en France, à Nançay , perdu au milieu de nulle part dans le Cher. Le radiotélescope posé là-bas, c'est le 4ème plus grand du monde. Rien que ça !

Et le lieu a une sacrée histoire puisque les toutes premières antennes, montées juste après-guerre, c'étaient d'anciens radars allemands récupérés (certains sont toujours visibles sur place). Aujourd'hui, on y trouve aussi un radiohéliographe qui mitraille le Soleil avec ses 47 antennes, et même les antennes prototypes du futur radiotélescope géant SKA.

Niveau silence radio, c'est le même délire qu'à Green Bank, avec une protection radioélectrique officielle qui interdit tout matériel électrique perturbateur à moins d'1 km des antennes. D'ailleurs je l'ai visité l'année dernière avec des lecteurs du site. On a fait la visite guidée, et sur le site en lui-même, interdiction d'utiliser le portable ! Et dans le village autour, la connexion c'est la misère...

Si ça vous tente, Jérémie, le lecteur qui m'a soufflé l'endroit, avait écrit un chouette compte-rendu de sa visite sur son blog, avec plein de photos des installations.

Bref, Green Bank, ce n'est pas un sanctuaire anti-ondes, c'est un sanctuaire pour que la science puisse écouter des pulsars à l'autre bout de l'univers.

Source : Green Bank Observatory

Il fabrique de l'essence à partir de gaz dans son labo

1 juin 2026 à 09:33

Le bricoleur qui anime la chaîne YouTube Marb's Lab a présenté dans sa dernière vidéo un montage de verrerie de laboratoire qui transforme un simple gaz en carburant liquide, reproduisant le procédé Fischer-Tropsch, du nom des deux chimistes allemands Franz Fischer et Hans Tropsch qui l'ont mis au point en 1925.

À l'échelle industrielle, cette réaction a longtemps servi aux pays riches en charbon mais privés de pétrole, l'Afrique du Sud de l'apartheid sous embargo international en étant l'exemple le plus connu, ces nations fabriquant leur essence à partir de leurs ressources fossiles locales plutôt que d'importer un brut auquel elles n'avaient pas vraiment accès.

Le principe c'est de faire circuler un gaz de synthèse, ou syngas, c'est-à-dire un mélange de monoxyde de carbone et d'hydrogène, sur un catalyseur métallique porté à haute température, autrement dit un matériau qui déclenche et accélère la réaction sans jamais être consommé lui-même, jusqu'à ce que les molécules se recombinent pour former les longues chaînes carbonées que l'on retrouve précisément dans les carburants liquides.

Le catalyseur retenu par Marb est de l'oxyde de cobalt déposé sur du gel de silice, un choix qui n'aurait rien d'exotique dans un vrai laboratoire de chimie mais qui tient ici intégralement sur une table de travail domestique, alimenté par une poignée de flacons et de tubes en verre soufflé.

Le rendement obtenu est très faible, et Marb reconnaît lui-même ne pas savoir exactement quel mélange d'hydrocarbures ressort de son installation, même s'il assure que le liquide récupéré sent l'essence et brûle remarquablement bien une fois enflammé.

Les contraintes pratiques rappellent vite que la chimie de garage ne pardonne pas grand-chose, puisque le catalyseur ne survit qu'environ vingt-quatre heures avant que l'oxydation ne le rende inutilisable, que la totalité du circuit doit impérativement être purgée à l'argon avant le moindre allumage sous peine de transformer la verrerie en projectiles, et que le matériau employé est, de l'aveu même de son concepteur, complètement cancérigène.

Screenshot

Autant dire que cette expérience relève davantage de la démonstration filmée que du tutoriel à suivre tranquillement chez soi un dimanche après-midi.

Son véritable intérêt c'est ce qu'elle montre sur la frontière entre la prouesse industrielle et la simple question d'échelle, parce que voir une réaction qui alimente des usines entières fonctionner dans quelques bouts de verre posés sur un bureau rappelle que ce qui sépare le laboratoire de la raffinerie tient souvent moins au secret chimique qu'au volume produit, à la sécurité des installations et au coût de l'ensemble.

Bref, fabriquer son carburant sur un coin de table, c'est techniquement possible, parfaitement dangereux et totalement inutile, mais rigolo à regarder.

Source : Hackaday

Un vélo construit avec les techniques de la Renaissance italienne

27 mai 2026 à 11:37

La chaîne YouTube "How To Make Everything" s'est lancé un défi très improbable : construire un vélo en n'utilisant que des matériaux et des techniques disponibles à la Renaissance italienne.

L'idée tourne autour d'un croquis de bicyclette qu'on attribue parfois à Léonard de Vinci, sauf que les historiens ont conclu depuis longtemps que le dessin n'est pas de lui et date bien après sa mort.

Le projet part donc d'un faux pour explorer une vraie question : si Léonard avait imaginé un vélo, à quoi aurait-il pu ressembler ?

Le résultat est largement en bois. Cadre, fourche, roues, tout ce qui peut l'être l'est, parce que le bois reste le matériau de référence à la Renaissance pour ce genre de structure. Les jantes, elles, sont en fer, parce que le bois seul ne tient pas la route sur la durée.

C'est en fait les compromis qu'utilisaient les artisans de l'époque pour les charrettes et les premières machines mécaniques.

Le système de freinage est directement tiré des notes de Léonard. C'est un frein à tambour rudimentaire : une bande d'acier vient s'enrouler autour d'un tambour fixé à la roue arrière, et le serre quand vous actionnez la commande.

Les pédales suivent aussi des dessins du maître, et les roulements à billes utilisés correspondent à des techniques qui étaient envisageables à l'époque (même si leur application sur un vélo n'a évidemment jamais existé en vrai).

Là où ça coince, c'est sur la chaîne. Le concept de transmission par chaîne apparaît bien dans les carnets de Léonard, mais la fabriquer à la main avec les outils du XVIe siècle est un cauchemar et manque de précision.

Au final, le vélo roule. Mais sans atteindre une vitesse vraiment exploitable. Difficile de faire mieux quand chaque maillon est forgé à la main.

L'exercice n'a pas vocation à fournir un moyen de transport efficace. C'est de l'archéologie expérimentale dans son sens le plus pur : reproduire des techniques anciennes pour voir ce qu'elles peuvent et ne peuvent pas faire.

Du coup, on apprend autant sur les limites concrètes de la mécanique pré-industrielle que sur l'ingéniosité réelle de ce sacré Léonard.

La vidéo de la chaîne montre tout le process de fabrication, et c'est franchement passionnant à regarder, même pour quelqu'un qui ne s'intéresse ni au vélo ni à la Renaissance.

Le sérieux de la démarche tranche avec ce qu'on voit habituellement sur ce genre de chaîne, où "construire à l'ancienne" se résume souvent à filmer trois plans avec une scie.

En fait, c'est une démonstration assez chouette que certaines bonnes idées attendent juste les bons matériaux pour devenir utiles.

Source : Hackaday

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