Un développeur américain a soumis en une semaine des modifications à trois projets Linux majeurs pour y ajouter un champ de date de naissance, au nom de lois californiennes et brésiliennes qui entreront en vigueur en janvier 2027.
Le plus gros morceau, systemd, a accepté la modification et refuse de revenir en arrière. La communauté open source est depuis en ébullition.
Un développeur solitaire, trois projets visés
Dylan M. Taylor, ingénieur DevOps basé en Caroline du Nord, a soumis des pull requests à systemd, Ubuntu et Arch Linux en mars 2026. Son objectif : ajouter un champ "date de naissance" dans la base de données utilisateur de chaque système, pour se conformer à trois lois qui entrent en vigueur le 1er janvier 2027.
La loi californienne AB-1043, la loi du Colorado SB26-051 et la loi brésilienne Lei 15.211 imposent aux systèmes d'exploitation de collecter l'âge des utilisateurs dès la création du compte, puis de transmettre cette donnée aux magasins d'applications via une API.
Le plus surprenant, c'est que personne ne lui a demandé de faire ça. Taylor a lu les textes de loi, estimé que Linux devait s'y conformer, et s'est mis au travail tout seul.
Il a lui-même reconnu dans sa pull request pour Arch Linux que le système serait "totalement inefficace pour empêcher quiconque de mentir sur son âge". Il a qualifié sa propre fonctionnalité de "hilarante d'inutilité", mais a quand même insisté pour l'intégrer.
systemd a accepté, et le revert a été refusé
Côté systemd, la modification a été acceptée par Luca Boccassi, un mainteneur qui travaille chez Microsoft. La pull request a généré 945 commentaires. Quand un autre développeur a tenté de faire annuler la fusion, Lennart Poettering, le créateur de systemd (ancien Red Hat, passé par Microsoft), a personnellement rejeté la demande le 19 mars.
Son argument : le champ est optionnel, systemd ne force rien, et les distributions sont libres de l'utiliser ou non. Le champ date de naissance reste donc dans le code.
Côté Ubuntu, les deux pull requests sont restées à l'état de brouillon. Un vice-président de Canonical a précisé qu'il n'y avait "aucun plan concret" pour intégrer cette fonctionnalité.
Côté Arch Linux, le mainteneur a verrouillé la discussion en attendant un avis juridique. Et Artix Linux a pris la position la plus claire : jamais de vérification d'identité ni d'âge dans leur distribution.
Des lois qui posent un vrai problème technique
Ces lois partent du principe que c'est au système d'exploitation de jouer le rôle de contrôleur d'identité. Sauf que Linux n'est pas Windows ou macOS : c'est un projet communautaire, maintenu par des bénévoles et des entreprises aux intérêts variés.
Collecter des données personnelles dans un système open source pour les transmettre à des magasins d'applications, c'est un changement de philosophie assez radical.
Un développeur d'Ubuntu a proposé une approche différente : une interface D-Bus optionnelle, sans stocker de date de naissance brute. Plus respectueux de la vie privée, mais ça ne fait pas non plus l'unanimité.
On a donc là un ingénieur qui admet que sa propre fonctionnalité ne sert à rien, et qui l'intègre quand même dans un des composants les plus utilisés de Linux. Le tout validé par un mainteneur employé chez Microsoft. Difficile de ne pas remarquer le problème.
Que des lois imposent la vérification d'âge aux systèmes d'exploitation, c'est une chose. Mais que ça passe par un bénévole qui pousse du code dans un projet open source sans que personne ne s'en rende compte avant la fusion, c'est un peu particulier quand même.
Proton vient de lancer Born Private, un programme qui permet aux parents de réserver une adresse mail chiffrée pour leur enfant dès la naissance. L'adresse reste verrouillée pendant 15 ans maximum, le temps que l'enfant soit en âge de s'en servir, sans aucune collecte de données entre-temps. Le tout pour un dollar symbolique, intégralement reversé à la Proton Foundation.
Un email chiffré dès la naissance
Les parents
choisissent ici
une adresse @proton.me pour leur enfant, versent un dollar minimum, et l'adresse est verrouillée pendant 15 ans. Pas de boîte de réception active, pas de collecte de données, pas de profilage publicitaire.
L'enfant n'existe tout simplement pas dans le système. Le jour venu, les parents transmettent un voucher sécurisé qui déverrouille le compte, et l'adresse devient un vrai compte Proton Mail avec chiffrement de bout en bout, protection anti-phishing et code open source vérifiable. Proton étant basé en Suisse, les données restent protégées par la législation helvétique, ce qui veut dire pas d'accès sans mandat.
71 % des enfants connectés avant 10 ans
Proton a mené une enquête auprès de 1 216 parents américains début 2026, et les résultats sont assez clairs. 32 % des enfants reçoivent un appareil connecté avant 5 ans, et 71 % en possèdent un avant 10 ans. Côté confiance, seulement 14 % des parents font vraiment confiance aux géants de la tech pour protéger les données de leurs enfants.
Et 63 % pensent que ces entreprises profitent des données des plus jeunes. Andy Yen, cofondateur et CEO de Proton, résume : "Nous avons été la première génération à devenir dépendante d'un internet basé sur la surveillance, mais la suivante n'est pas obligée de l'être."
Un film et un dollar
L'intégralité du dollar de réservation va à la Proton Foundation, l'actionnaire principal à but non lucratif de Proton. Pour le lancement, un court-métrage a été produit avec Uncommon Creative Studio et la réalisatrice Olivia de Camps, qui met en images le sentiment d'être observé et les profils fantômes que les grandes plateformes construisent autour des enfants.
Vous pouvez le voir en cliquant ici
.
Pour rappel, 43 % des mineurs possèdent déjà une adresse mail, et parmi eux, 74 % utilisent Gmail. Born Private arrive donc avant même que l'enfant ne commence à naviguer.
Réserver une adresse mail à la naissance de son gamin, ça sonne un peu comme réserver un nom de domaine dans les années 2000. C'est un coup de com malin de la part de Proton, mais il y a quand même un vrai sujet derrière : on laisse nos enfants débarquer sur des services qui monétisent leurs données avant même qu'ils sachent lire, et personne ne bronche.
Un dollar pour 15 ans, c'est symbolique, et ça a le mérite de poser la question au bon endroit. Bon maintenant, il faudra quand même voir comment Proton garantit la pérennité d'une adresse sur 15 ans, parce que dans la tech, 15 ans, c’est une éternité.
Si vous pilotez un drone DJI, vos logs de vol finissent probablement sur Airdata ou un service cloud du même genre. En gros ce sont des trucs qui aspirent vos trajectoires GPS, vos altitudes en mètres, vos tensions de batterie en millivolts... et qui stockent tout ça sur des serveurs quelque part dans le cloud. Ouais, bof.
Eh bien
Open DroneLog
, c'est exactement l'inverse à savoir un carnet de vol open source qui garde tout en local, dans une base
DuckDB
(une base de données embarquée ultra-légère) sur votre machine.
Avec cet outil, vous importez vos fichiers .txt DJI (tous les modèles : Mini, Mavic, Air, Phantom...), les CSV de l'app Litchi, ou même les exports Airdata, et hop, le logiciel mouline tout ça pour vous afficher vos vols sur une carte 3D interactive avec le replay de la trajectoire. Vous pouvez alors accélérer jusqu'à x16, voir la télémétrie en temps réel (altitude, vitesse, signal RC, tensions des cellules de batterie) et même visualiser les mouvements des joysticks.
Pas mal donc pour comprendre pourquoi votre Mavic a décidé de faire un plongeon kamikaze ce jour-là !
Visualisation 3D d'une trajectoire de vol dans Open DroneLog
Un truc bien pensé dans l'appli, c'est l'auto-tagging car le logiciel détecte automatiquement les vols de nuit, les passages à haute vitesse, les situations de batterie froide... et colle des étiquettes sur chaque vol sans que vous ayez à lever le petit doigt. Pour ceux qui se demandent à quoi ça sert de tenir un journal de vol, disons que le jour où l'aviation civile vous pose des questions sur vos habitudes de pilotage, avoir un historique propre de tous vos vols avec coordonnées et télémétrie, ça peut clairement vous sauver la mise (surtout si vous volez près de zones sensibles).
Côté déploiement, vous avez le choix : app desktop (Windows, macOS, Linux), image Docker pour l'auto-héberger, ou
la webapp
pour tester sans rien installer. Le Docker est clairement le meilleur choix parce que vous pouvez monter un dossier de logs et configurer une synchro automatique via cron. Genre, votre drone se pose, vous branchez la carte SD sur le NAS, copiez les fichiers .txt dans le dossier monté, et l'import se fait tout seul toutes les 8 heures. Ça tourne même sur un Raspberry Pi !
Les graphiques de télémétrie : altitude, vitesse, batterie, tout y passet'as anal
Le géocodage inversé (qui transforme vos coordonnées GPS en noms de lieux) se fait hors-ligne donc c'est top pour la vie privée et d'ailleurs, si le sujet vous parle, le projet
OwnTracks
applique la même philosophie à la géolocalisation perso.
Le logiciel gère aussi les profils multiples (pratique si vous avez plusieurs pilotes ou flottes), le suivi de la santé des batteries avec historique des cycles, la maintenance avec seuils configurables, et l'export dans à peu près tous les formats imaginables : CSV, JSON, GPX, KML. Y'a même un générateur de "FlyCards" pour partager vos stats de vol sur les réseaux en format 1080x1080 ! Et le tout est traduit en 11 langues, dont le français.
Le projet est sous licence AGPLv3, et pour l'instant c'est DJI-only (pas de Parrot ni Autel en natif). Bref, si vous cherchez un carnet de vol drone qui ne balance pas vos coordonnées GPS dans le cloud, c'est tout trouvé !
Bon, j'avoue qu'en 2026, la question n'est plus "faut-il quitter les GAFAM ?" mais plutôt "par quoi on les remplace ?". Entre les politiques de confidentialité qui changent tous les 4 matins, le CLOUD Act qui permet au gouvernement US d'accéder à vos données même si les serveurs sont en Europe, et un contexte géopolitique disons... tendu (merci Donaldi Trumpovich)... bref, il y a de quoi vouloir garder ses billes sur le vieux continent.
Et la bonne nouvelle, c'est que les alternatives européennes ne sont plus des gadgets de libristes barbus dans leur garage. On parle de vrais services, solides, souvent conformes RGPD par design, et qui n'ont plus à rougir face aux mastodontes américains. Du coup, je vous ai concocté LE guide pour vous y retrouver dans cette jungle d'alternatives made in EU.
Les 4 annuaires incontournables pour trouver des alternatives européennes
Avant de rentrer dans le vif du sujet catégorie par catégorie, sachez qu'il existe maintenant plusieurs annuaires spécialisés qui font le taf de curation pour vous. Parce que oui, trouver l'alternative européenne qui va bien, c'est pas toujours évident quand on ne sait pas où chercher.
Go European est celui qui a tout déclenché. Le projet est né en février 2025 sur le subreddit
r/BuyFromEU
et en à peine un mois, plus de 150 000 personnes avaient rejoint le mouvement. Aujourd'hui c'est plus de 1 000 produits et services indexés par une soixantaine de bénévoles. Le truc cool, c'est qu'il y a des extensions pour
Firefox
et
Chrome
qui vous suggèrent automatiquement une alternative européenne quand vous visitez un site US. Pas de prise de tête, pas de configuration complexe, juste ce qu'il faut.
European Alternatives est probablement le plus complet du lot. On parle de 61 catégories couvrant absolument tout : du web analytics (31 alternatives à Google Analytics !) au cloud computing, en passant par les VPN, les services de paiement, les outils de visioconférence, les chatbots IA et même les gestionnaires de mots de passe. Le site propose aussi une section "
Alternatives to
" super pratique où vous cliquez sur le logo de Slack, Dropbox, Zoom ou Stripe pour voir instantanément tous les concurrents européens. En gros, c'est devenu LA référence.
Et pour les devs parmi vous, TechAlternatives.eu recense plus de 550 alternatives GDPR-compliant dans plus de 70 catégories, avec un focus particulier sur l'infrastructure (Kubernetes managé, FaaS, PaaS...). C'est clairement le plus orienté tech des trois.
Enfin, European Tech Map se distingue avec sa carte interactive qui permet d'explorer plus de 500 entreprises tech européennes classées dans une trentaine de catégories et filtrables par pays. C'est le plus visuel du lot, et c'est super pratique pour voir d'un coup d'œil ce qui se fait chez vos voisins.
Cloud et stockage : adieu Dropbox et Google Drive
C'est probablement la catégorie où l'Europe a le plus à offrir.
pCloud
(Suisse) propose du stockage cloud avec chiffrement côté client et des offres à vie qui font mal à la concurrence... genre vraiment mal. Nextcloud (Allemagne) c'est carrément toute une suite collaborative open source que vous pouvez auto-héberger ou utiliser chez un hébergeur européen. Infomaniak (Suisse) propose kDrive avec 15 Go gratuits et une suite bureautique intégrée, le tout sur des serveurs alimentés en énergie renouvelable. Pas mal pour de la Suisse !
Côté infrastructure, OVHcloud (France) et Scaleway (France) rivalisent sérieusement avec AWS et Google Cloud, avec des datacenters 100% européens. Si vous êtes une boîte et que vous cherchez à rapatrier vos workloads, c'est clairement par là qu'il faut commencer.
Email et messagerie : Proton Mail n'est que la partie émergée
Proton Mail (Suisse) c'est un peu le poster child des alternatives européennes, et à raison : chiffrement de bout en bout, zéro accès à vos données, juridiction suisse. Mais il n'est pas seul ! Tuta (ex-Tutanota, Allemagne) offre une approche similaire avec en prime un calendrier chiffré. Infomaniak Mail propose aussi un service email pro solide et RGPD-compliant. Et si vous avez besoin d'
adresses email jetables
pour vos inscriptions douteuses, il y a des solutions européennes pour ça aussi (on ne juge pas).
Côté messagerie instantanée, Element (UK) basé sur le protocole Matrix est décentralisé et chiffré de bout en bout. Olvid (France) a carrément été certifiée par l'ANSSI et est utilisée par le gouvernement français (si ça c'est pas un gage de confiance). Et Threema (Suisse) fonctionne sans numéro de téléphone, ce qui en fait un vrai rempart pour la vie privée.
Moteurs de recherche et navigation web
Pour la recherche, Qwant (France) a son propre index et ne trace rien du tout.
Startpage
(Pays-Bas) vous donne les résultats de Google sans que Google sache que vous existez... c'est assez malin comme approche. Et Ecosia (Allemagne) plante des arbres avec les revenus publicitaires, si vous cherchez l'utile à l'agréable.
Côté navigateurs, Vivaldi (Norvège) est une vraie usine à gaz de la personnalisation (dans le bon sens du terme !), avec un bloqueur de pubs intégré et un respect de la vie privée qui change de Chrome. Mullvad Browser (Suède), développé en collab avec le Tor Project, pousse le curseur encore plus loin en minimisant votre empreinte numérique.
Et pour le DNS, sachez que
DNS4EU
est le résolveur DNS européen co-financé par l'UE et supervisé par l'ENISA. Une brique d'infrastructure que la plupart des gens ignorent mais qui est fondamentale pour la souveraineté numérique européenne.
Bureautique et productivité : on peut bosser sans Microsoft
Microsoft 365 et Google Workspace dominent le marché, mais
les alternatives européennes
arrivent en force. OnlyOffice (Lettonie) propose une suite complète compatible avec les formats MS Office. CryptPad (France) pousse le concept encore plus loin avec des documents collaboratifs chiffrés de bout en bout, idéal pour ceux qui ne veulent pas que leurs docs se baladent dans la nature. Et Nextcloud Office intègre Collabora Online pour de l'édition collaborative directement dans votre cloud.
Pour la gestion de projet, Zenkit (Allemagne) peut remplacer Trello et Notion, et Odoo (Belgique) c'est carrément un ERP/CRM open source complet qui fait tourner des boîtes entières. Et si vous cherchez un
Zapier-like européen
, Automatisch fait le taf en auto-hébergé.
IA et traduction : l'Europe a rattrapé son retard
C'est LE secteur où ça a bougé le plus vite. Mistral AI (France) avec Le Chat propose un assistant IA qui tient la comparaison avec ChatGPT, et leurs modèles open source font le bonheur des développeurs du monde entier. Aleph Alpha (Allemagne) cible les entreprises et les institutions avec des modèles souverains. Et Hugging Face (France), même si c'est plus une plateforme qu'un service grand public, c'est devenu THE place pour les modèles open source d'IA.
Pour la traduction, DeepL (Allemagne) n'a franchement plus besoin d'être présenté. La qualité de traduction est souvent supérieure à Google Translate, et le service traite des milliards de traductions. C'est probablement l'alternative européenne la plus aboutie de toute cette liste... et de loin.
VPN et sécurité : protéger ses données à l'européenne
Mullvad VPN (Suède) accepte les paiements en cash par courrier (oui oui, vous envoyez des billets dans une enveloppe) et ne demande aucune information personnelle à l'inscription. Proton VPN (Suisse) propose une offre gratuite généreuse et bénéficie de toute la réputation de l'écosystème Proton.
Pour les mots de passe, Proton Pass (Suisse - pas européen) et pCloud Pass font très bien le job. Et n'oubliez pas que
des consortiums européens
bossent même sur des alternatives open source à Google Play Integrity pour sécuriser Android sans dépendre de Google. Ça bouge à tous les étages !
Le vrai défi : passer à l'acte (progressivement)
Je sais ce que vous vous dites : "C'est bien joli tout ça mais changer tous ses outils d'un coup c'est l'enfer." Et vous avez raison. La bonne stratégie, c'est d'y aller progressivement. Commencez par un truc simple : remplacez votre moteur de recherche par Qwant ou Startpage, ça prend 30 secondes. La semaine d'après, essayez Proton Mail pour vos mails perso. Et ainsi de suite. Un service à la fois, sans se mettre la pression.
Ce qui est certain, c'est que l'écosystème européen n'a jamais été aussi mature. Entre
la consultation de Bruxelles sur l'open source
qui veut faire du logiciel libre une infrastructure essentielle, les communautés comme r/BuyFromEU qui fédèrent des centaines de milliers de personnes, et des boîtes européennes qui lèvent des millions... on n'est plus dans le "un jour peut-être" mais dans le "c'est maintenant".
Installez l'extension
Go European
, bookmarkez
European Alternatives
,
TechAlternatives
et
European Tech Map
, et explorez. Vous serez surpris de voir à quel point l'Europe a rattrapé son retard. Et avec le RGPD comme filet de sécurité, vos données restent chez vous. Pas mal, non ?
Article initialement publié le 29 décembre 2025 et mis à jour le 13 mars 2026
Et si vos fichiers .env se transformaient en un joli tableau avec des astérisques partout afin d'assurer la confidentialité de vos clés API et autres crédentials ? Hé bien c'est exactement ce que propose
Dotenv Mask Editor
, une extension VS Code qui remplace carrément l'éditeur texte par une grille.
Du coup, vos clés API, tokens AWS, mots de passe PostgreSQL et autres STRIPE_SECRET_KEY s'affichent sous forme de ****** et vous pouvez bosser dessus même si quelqu'un mate par-dessus votre épaule.
En gros, dès que vous ouvrez un fichier .env (ou .env.local, .env.production... bref, tout ce qui matche le pattern), l'extension vous présente vos variables dans un tableau à deux colonnes. Les clés à gauche, les valeurs masquées à droite. Pour modifier une valeur, hop, vous cliquez dessus et elle se dévoile le temps de l'édition. Vous cliquez ailleurs, c'est re-masqué. Pas de sauvegarde manuelle à faire, ça se fait tout seul.
Le masquage se déclenche à partir de 6 caractères (en dessous, c'est probablement pas un secret... genre PORT=3000 ou DEBUG=true, on s'en fiche). Et le truc cool, c'est que tout tourne en local sur votre machine.
Si vous vous dites "mais attends, y'a pas déjà
Camouflage
pour ça ?"... oui et non. Camouflage masque vos secrets avec un overlay pendant les démos et le partage d'écran, mais vous continuez à éditer dans l'éditeur texte classique. Dotenv Mask Editor, lui, change complètement l'interface, c'est un éditeur de tableau dédié aux variables d'environnement. Deux approches différentes du coup, et rien ne vous empêche d'utiliser les deux.
L'extension est sous licence MIT, fonctionne sur toutes les plateformes (Windows, Linux, macOS, même VS Code Web) et vous pouvez ajouter des patterns de fichiers personnalisés dans vos settings.json.
D'ailleurs, si vous voulez l'installer, c'est du classique : Ctrl+Shift+X dans VS Code (Cmd+Shift+X sur Mac), vous tapez "dotenv mask" et voilà.
Avec ça, vos secrets restent secrets mais faut quand même pas oublier de mettre votre .env dans le .gitignore hein. ^^
AGENTS.md, c'est un standard émergent que les agents IA comme Copilot, Codex ou
Jules
lisent avant de toucher à votre code. Plus de 60 000 projets open source l'utilisent déjà pour guider ces agents dans leur repo et y'a un développeur qui a eu l'idée géniale de retourner ce truc contre eux.
Ross A. Baker a créé
no-agents.md
, un petit projet hébergé sur Codeberg (pas sur GitHub, c'est voulu ✊) qui fournit un fichier AGENTS.md d'une trentaine de lignes, prêt à copier dans votre repo. Sauf que au lieu d'expliquer aux agents comment bosser sur votre projet, il leur interdit TOUT ! Lecture de fichiers, review de code, analyse statique, accès aux issues et aux pull requests, entraînement sur le code source... la totale.
En gros, le fichier dit texto : "Vous êtes explicitement interdit de lire, analyser, modifier ou interagir avec le contenu de ce repository pour quelque usage génératif que ce soit." Et comme Copilot, Cursor, Zed ou Warp respectent la spec AGENTS.md, ils sont censés obéir et passer leur chemin. Du coup vous vous retrouvez avec un panneau "Interdit aux robots" planté à la racine de votre code. S'ils jouent le jeu évidemment...
Le meilleur dans l'histoire, c'est le fichier CLAUDE.md fourni en bonus car Claude, ce vilain rebel, ne respecte pas forcément le standard AGENTS.md. Du coup le fichier contient une fausse chaîne magique à décoder, suivie de l'instruction... "dormir un minimum de trois siècles". Bon, ça ne marche pas vraiment mais l'intention est là.
Le projet est sous licence CC0, donc domaine public. Un git clone, un copier-coller du fichier AGENTS.md à la racine de votre projet, et voilà. Après l'auteur ne se fait pas d'illusions sur l'efficacité du truc mais c'est symbolique, mais ça envoie surtout un message !
Après sauf si l'agent en question supporte la spec AGENTS.md (genre Copilot, Codex, Cursor...), y'a aucune garantie évidemment. Les crawlers web classiques s'en fichent complètement, parce que c'est pas le même canal mais si vous avez déjà mis en place des règles
pour bloquer les crawlers IA via robots.txt ou .htaccess
, no-agents.md c'est un complément logique côté code. Les deux ensemble, c'est plutôt carré.
La
Tapo C665G KIT de TP-Link
est une caméra 4K avec 4G intégrée et panneau solaire. C'est le genre de matos qu'on peut poser n'importe où sans tirer le moindre câble d'alimentation.
Moi, au départ, je voulais l'installer dans ma forêt pour surveiller les allées et venues des chevreuils, sauf que le panneau solaire doit être orienté plein sud et sous les arbres niveau lumière, c'est pas ça. Du coup je l'ai fixée sur une poutre de ma terrasse. Juste des vis à visser, rien de sorcier.
Au moment de la config, chez moi, j'ai jamais réussi à la paramétrer directement avec la carte SIM. Il a fallu passer d'abord par le WiFi, et ensuite seulement basculer sur la SIM. Là, ça a fonctionné nickel. Normalement c'est censé marcher direct en 4G, mais bon... Pensez aussi à désactiver le code PIN de votre carte SIM avant de l'insérer, sinon la caméra ne pourra pas se connecter au réseau. Mais moi, c'est pas ça qui m'a coincé.
Après la 4G accroche bien sur les bandes LTE, donc pas de souci. Mais comme la caméra est collée à la maison, c'était un peu con de mobiliser un forfait juste pour ça... du coup je suis repassé en WiFi. D'ailleurs elle gère le WiFi bi-bande, 2.4 et 5 GHz.
Côté image, le capteur Starlight envoie du 4K plutôt propre. De jour c'est net et de nuit, y'a deux modes : l'infrarouge classique qui porte à 10 mètres, et les projecteurs intégrés qui passent en vision nocturne couleur. Comme ça, plus besoin de deviner si c'est un chat noir ou un cambrioleur en sweat à capuche. Y'a aussi un zoom numérique x18 ce qui est pas mal pour identifier ce qui se passe au fond de mon jardin.
La caméra pivote sur 360° en horizontal et 90° en vertical et le truc marrant, c'est qu'elle vous suit quand vous vous déplacez. Elle tourne toute seule pour garder le sujet dans le cadre. Y'a même un mode patrouille qui la fait tourner automatiquement pour filmer différents endroits. C'est sympa, mais ça consomme un peu plus de batterie parce que ça sollicite le moteur.
La rallonge entre le panneau solaire et la caméra est également assez long, donc vous pouvez vraiment placer le panneau solaire loin si besoin. Et les ports sont étanches, donc pas de flotte qui rentre.
Pour l'instant avec les journées bien ensoleillées, zéro souci d'autonomie. TP-Link annonce 270 jours en WiFi sans solaire (C'est un test en labo portant sur 230 secondes d'utilisation par jour en mode WiFi) et 45 min de soleil direct pour alimenter une journée complète.
Reste à voir cet hiver comment ça se comporte maintenant...
La détection IA distingue les personnes, les animaux domestiques, les véhicules et les visages. Reconnaissance faciale comprise, et tout est traité en local sur la caméra comme ça, rien ne part dans le cloud . Et ce qui est cool, c'est qu'on peut désactiver les notifications pour les visages connus. Genre votre famille arrive, pas d'alerte. L'amant de votre femme débarque, bim, notification. On choisit ce qu'on veut surveiller... mouvement, personnes, animaux, véhicules, visages. Vous paramétrez et basta.
Le mode capture 24/7 est malin. En veille, la caméra enregistre à 1 image par seconde pour économiser la batterie et dès qu'elle détecte quelque chose, elle passe en capture complète. Comme ça on ne rate rien sans exploser l'autonomie. Par contre il faut une carte microSD pour ça (jusqu'à 512 Go) et comme j'en n'ai pas sous la main, j'ai pas pu tester cette fonctionnalité. Faut que j'en achète une !!
Y'a aussi un mode qui désactive l'enregistrement et la diffusion pour protéger la vie privée. Donc pour ceux qui aiment se balader tout nu chez eux, c'est quand même pratique. L'audio bidirectionnel avec réduction de bruit permet également de parler à travers la caméra. Y'a même une sirène de 93 dB... bon faut pas la déclencher par erreur ^^. Et le boîtier IP65 tient de -20°C à 45°C. Pluie, gel, canicule... ça encaisse tout. Et bien sûr, ils n'ont pas lésiné avec la sécurité puisque tout est chiffré en AES avec SSL/TLS.
Côté automatisation, on peut déclencher des scénarios quand on arrive ou on part de chez nous et ça se combine très bien avec d'autres appareils Tapo comme leurs ampoules, les interrupteurs, les prises connectées et j'en passe. Ah et c'est aussi compatible Google Assistant et Alexa. Et tout se pilote depuis l'appli Tapo... Voilà on fait ce qu'on veut quoi.
Pour les bidouilleurs, petite parenthèse, si vous avez d'autres caméras sur votre réseau, n'oubliez pas que
Motion sous Linux
gère la surveillance multi-caméras et que
Cameradar
permet de tester la sécurité de vos flux RTSP. Ça peut servir !
Bref, pour 200 balles c'est une caméra autonome qui fait le taf. Et le fait qu'elle ait son propre panneau solaire, franchement c'est top quand on n'est pas électricien et qu'on a pas envie de tirer des câbles sous le toit.
Envoyer un mot de passe par email en clair, on l'a tous fait au moins une fois dans notre vie (oui, oui vous aussi !!). C'est pourquoi
ITYLOS
propose une alternative radicale où vos messages s'autodétruisent après lecture afin que personne, pas même le serveur, ne puisse les lire.
Vous écrivez votre message sur itylos.com, vous choisissez une durée de vie (1h, 24h ou 7 jours), et youpla, vous récupérez un lien unique à envoyer. Et ensuite, une fois lu, le message est détruit ! Tout ça, sans compte à créer, sans app à installer... Vous ouvrez juste le site, vous collez votre texte et c'est parti.
Côté technique, c'est du lourd puisque le chiffrement se fait ENTIÈREMENT dans votre navigateur avec de l'AES-256-GCM, et la dérivation de clé passe par Argon2ID. Du coup, le serveur ne voit jamais votre message en clair... il ne fait que stocker un blob chiffré qu'il est incapable de déchiffrer. C'est du vrai zero-knowledge, mais ça reste bien sûr une webapp, donc si votre navigateur ne supporte pas la Web Crypto API (genre un vieux Firefox ESR), ça ne marchera pas.
Et le truc qui va plaire aux plus paranos d'entre vous, c'est le traffic padding où chaque requête est gonflée à 15 Ko de bruit aléatoire pour rendre l'analyse de taille de vos messages bien plus compliquée côté réseau. Oui, c'est un vrai vecteur d'attaque et oui, ils y ont pensé. D'ailleurs, les données ne touchent pas le disque selon eux puisque tout transite en RAM, ne laissant ainsi aucune trace. Bon, sauf si vous faites un copier-coller du message dans un fichier texte, là c'est de votre faute.
Le service tourne sur une infrastructure souveraine à Genève, en Suisse. Pas sur un VPS chez AWS ou Google Cloud, hein... et y'a aussi un warrant canary PGP, signé et mis à jour chaque mois. Comme ça, si le canari disparaît, vous saurez que quelqu'un est venu taper à la porte.
Et côté conformité, ITYLOS délivre même des certificats de destruction au format JSON (oui oui, un vrai fichier .json), dans l'esprit de
l'article 17 du RGPD
. Perso, c'est la première fois que je vois une messagerie éphémère aller aussi loin dans la traçabilité de l'effacement, donc chapeau !
L'histoire derrière Itylos est cool aussi d'ailleurs. Tout est parti quand le créateur a récupéré un disque dur d'occasion et s'est retrouvé avec la vie entière de l'ancien proprio dessus... photos, documents, tout le bazar. Ça l'a décidé à créer un outil où les données n'existent tout simplement pas assez longtemps pour fuiter.
Et en plus c'est gratuit, open source (le code est sur
GitHub
sous licence MIT), et si vous êtes du genre à chiffrer vos échanges (un peu comme les utilisateurs de
Kloak
), ça vaut le coup d’œil !
La vie privée sur smartphone, on en parle beaucoup mais concrètement, on fait pas grand-chose. Trop galère de tout changer, trop de trucs liés à Google... Et puis un jour, y'a un mec, Gaël Duval (oui le papa de Mandrake Linux), qui a créé /e/OS en 2018 via la
e Foundation
. Un Android sans Google. Pour de vrai.
Concrètement e/OS, c'est un fork d'Android, open source et gratuit, qui vire TOUS les services Google. Pas de Play Services, pas de synchro avec Mountain View, rien. À la place,
le système
utilise microG, une réimplémentation libre des API Google. Du coup vos apps tournent normalement, mais sans que la moindre donnée parte chez Google. Attention quand même, certaines apps bancaires ou de streaming peuvent râler un peu sans les vrais Play Services... mais dans 95% des cas, ça passe à l'aise !
Côté apps, y'a l'App Lounge. C'est un store unifié qui mélange le catalogue F-Droid (100% open source) et les apps Android classiques. Le truc malin, c'est qu'il affiche un score de confidentialité pour chaque app... histoire de voir en un coup d'oeil lesquelles sont des mouchards. Comme ça, plus besoin de chercher pendant 3h.
Le score de confidentialité dans App Lounge... les mouchards sont grillés direct
Pour le tracking, Advanced Privacy bloque les trackers en arrière-plan, masque votre IP et peut même falsifier votre géolocalisation. Ajoutez à ça un bloqueur de pubs intégré au navigateur et le moteur de recherche Murena Find... bref, c'est une sacrée couche de protection par défaut.
Et là vous allez me dire "ouais mais ça marche sur 3 téléphones". Eh ben non bande de rageux ^^, car plus de 250 appareils sont compatibles. Des Pixel, des Samsung, des Xiaomi, des OnePlus, des Fairphone... La liste est looooongue. Et pour l'installation, y'a même un web installer qui fait tout depuis votre navigateur. Comme ça, pas besoin de bidouilles en ligne de commande pour les allergiques.
Par contre, attention ! Vérifiez bien que votre modèle est
dans la liste
avant de vous lancer, sauf si vous aimez les mauvaises surprises.
Et si vous voulez un smartphone déjà prêt, la boutique Murena en vend plusieurs. Le Fairphone 5 à 449€ pour ceux qui veulent du durable, le Fairphone 6 à 599€, et bientôt le HIROH à 999€ avec son kill switch matériel pour couper micro et caméra. Vous sortez le téléphone de sa boîte et vous êtes dégooglisés direct.
Les smartphones Murena, prêts à l'emploi sans Google
Côté cloud, Murena fournit 1 Go gratuit avec une adresse @murena.io, un service de mail et un coffre-fort chiffré (le Vault, basé sur CryptPad) tout ça hébergé en Europe. C'est pas des masses en stockage, mais pour du mail et des contacts c'est suffisant. D'ailleurs si vous cherchez des
alternatives à Google Photos
, y'a de quoi faire ici aussi.
Et pour ceux qui veulent aller encore plus loin sur la protection des données Android, le
clavier Urik
est un bon complément... parce que oui, votre clavier aussi peut balancer tout ce que vous tapez !
Si vous hésitez, sachez qu'une étude de 2021 des universités d'Édimbourg et de Trinity College Dublin a même confirmé que c'est l'une des ROM Android qui envoie le moins de données en arrière-plan. Pas "zéro" hein, faut pas rêver mais comparé à un Android stock... c'est le jour et la nuit.
Donc c'est pas parfait hein mais entre un Android qui balance tout à Google et un /e/OS qui fait le job sans moucharder... la question elle est vite répondue !
π RuView: WiFi DensePose
, c'est un projet GitHub qui affiche fièrement ses 25 800 stars et qui promet de transformer les ondes WiFi de votre box en détecteur de corps humains... à travers les murs. Rythme cardiaque, respiration, posture, tout y passe. Sur le papier, c'est dingue. Sauf que voilà, après vérification (merci Nicolas)... c'est du vent.
Le concept de base est pourtant bien réel. Votre routeur WiFi émet des ondes radio en permanence et quand ces ondes traversent ou rebondissent sur un corps humain, elles sont perturbées d'une façon mesurable. En analysant le CSI (Channel State Information, c'est-à-dire les données de chaque sous-porteuse du signal), on peut en déduire la position de 17 points du corps. C'est prouvé par
les chercheurs de Carnegie Mellon
et ça marche vraiment. Un peu comme
la vision WiFi dont je vous parlais déjà ici
.
Sauf que CE repo n'implémente rien de tout ça. Le parseur CSI génère des données aléatoires (np.random.rand() partout dans le code), les modèles de deep learning n'ont aucun poids entraîné, et le dashboard Docker sert des données simulées par défaut. Le seul utilisateur qui a branché du vrai matériel (un ESP32) a constaté que la démo affichait
une figure immobile avec des mesures bidons
. Pas exactement le "54 000 frames par seconde" annoncé...
Et les 25 800 stars ? Probablement gonflées artificiellement. Une issue accusant le dev de fake stars a été
supprimée par le mainteneur
, tout comme un audit technique complet qui détaillait chaque ligne de code bidon. Un commit de l'auteur est même titré "Make Python implementation real - remove random data generators"... aveu involontaire que le cœur du projet était du pipeau.
Bref, c'est ce qu'on appelle du "vibe coding" combiné à du "portfolio padding". On génère un beau repo avec de l'IA, une doc léchée, des tests qui passent (forcément, ils testent des nombres aléatoires...), on achète quelques milliers de stars à 1-2$ pièce et hop, un profil GitHub qui en jette pour décrocher des contrats. C'est pas dangereux (pas de malware, pas d'arnaque financière), mais c'est sacrément trompeur.
Côté vie privée, le vrai sujet reste entier. Voir à travers les murs via WiFi, c'est réel et prouvé par Carnegie Mellon. Quand de vrais outils fonctionnels arriveront (parce que ça viendra), ça va poser de sacrées questions...
Merci à Florian pour le lien et surtout à Nicolas pour le fact-check ! Si le sujet vous intéresse vraiment, allez lire
le vrai papier de recherche de CMU
... et méfiez-vous des repos GitHub avec trop de stars et pas assez d'utilisateurs réels.
Les Ray-Ban Meta, c'est quand même le gadget parfait pour les voyeurs technophiles. Ce sont quand même des lunettes qui filment, prennent des photos et diffusent en live... le tout sans que PERSONNE autour ne s'en rende compte (ou presque). Alors forcément, quelqu'un a fini par coder une app pour les détecter !
Nearby Glasses
, c'est une application Android développée par Yves Jeanrenaud qui scanne en permanence les signaux Bluetooth Low Energy autour de vous. Chaque appareil BLE diffuse en fait des trames pour s'annoncer avec un identifiant constructeur et les lunettes caméra de Meta utilisent les IDs 0x01AB et 0x058E (Meta Platforms) ainsi que 0x0D53 (Luxottica/Ray-Ban). Donc cette app écoute ces identifiants et vous balance une alerte dès qu'elle en capte un.
La détection repose sur le RSSI, en gros la puissance du signal reçu et par défaut, le seuil est à -75 dBm, soit environ 10-15 mètres en extérieur et 3-10 mètres en intérieur. Donc c'est pas foufou non plus mais c'est configurable, évidemment. Vous pouvez donc le durcir un peu pour ne choper que les lunettes vraiment proches, ou l'assouplir pour ratisser large (au prix de faux positifs en pagaille).
Les faux positifs, parlons-en d'ailleurs... Les casques Meta Quest utilisent les mêmes identifiants constructeur, du coup ça ne marche pas à tous les coups. Par exemple, si votre voisin joue en VR, votre téléphone va sonner ! L'app détecte aussi les Snap Spectacles (0x03C2)... pour les trois personnes qui en portent encore ^^.
Ah et l'app est UNIQUEMENT pour Android. La version iOS serait "on the way" selon le développeur... faut donc pas être pressé mais au moins c'est open source (AGPL-3.0), du coup n'importe qui peut vérifier ce que l'app fait de vos données Bluetooth.
Si le sujet vous parle, vous connaissez peut-être
Ban-Rays
, un projet hardware à base d'Arduino et de LEDs infrarouges qui détecte les Ray-Ban Meta via infrarouge et Bluetooth ! Hé bien Nearby Glasses, c'est l'approche 100% logicielle plutôt que hardware, ce qui est plus accessible mais forcément plus limitée... pas besoin de fer à souder, cela dit ^^.
C'est une rustine mais bon, c'est mieux que de se retrouver à poil sans permission sur le web.
Votre pseudo de justicier masqué sur Reddit ne vaut plus grand-chose, les amis... En effet, des chercheurs de l'ETH Zurich viennent de prouver qu'un LLM peut retrouver votre vraie identité à partir de vos posts anonymes, avec 67% de réussite... et pour moins de 4 dollars par profil.
L'
étude a été publiée sur arXiv
par six chercheurs, dont Nicholas Carlini d'Anthropic (les créateurs de Claude) et le principe fait flipper. En fait ils ont mis au point des agents IA qui analysent vos commentaires publics, créent un profil structuré... ou plutôt un portrait-robot de vos habitudes et centres d'intérêt, puis ratissent des milliers de candidats pour trouver à qui ça correspond.
Budget total de l'opération : environ 2 000 dollars pour 338 profils Hacker News passés au crible. Et sur tout ça, 226 ont été identifiés correctement, 25 sont des erreurs et 86 sont des "abstentions" quand le modèle doutait trop. Ça revient à 1 à 4 dollars par profil, et quand le modèle est assez sûr de lui pour donner une réponse (donc hors abstentions), il tape juste 9 fois sur 10. Pas cher payé donc pour s'offrir la fin de votre anonymat TOTAL !
Le truc, c'est que Hacker News c'était juste l'apéro. La même technique a été lâchée ensuite sur des interviews anonymisées, des profils LinkedIn et ce bon vieux Reddit. Même recette, et surtout mêmes résultats.
Le côté obscur de cette recherche, c'est que ça ouvre encore plus la porte aux arnaques d'ingénierie sociale sur mesure, au ciblage pub ultra-personnalisé sans votre consentement, et pire... à la traque de journalistes ou d'activistes planqués derrière un pseudo...
Notez que ce taux de 67%, c'est sur des profils Hacker News où les gens qui postent beaucoup de contenu technique assez spécifique. Mais sur un compte avec trois commentaires génériques, ça ne marche pas aussi bien. Mais bon, qui poste que 3 fois sur un forum ? Le piège, c'est qu'on finit toujours par en dire plus qu'on croit...
Maintenant côté protection, attention, c'est pas la fête. Si vous voulez éviter de vous faire traquer, faudra varier votre style d'écriture entre les plateformes, éviter de balancer trop de détails perso (ville, job, stack technique) dans vos commentaires, et surtout utiliser des comptes séparés plutôt qu'un seul pseudo partout. D'ailleurs le
fingerprinting de navigateur
c'est déjà un problème connu, mais là on parle de fingerprinting de votre STYLE D'ÉCRITURE donc carrément autre chose !
Perso, ça confirme finalement ce qu'on savait depuis le documentaire
Rien à cacher
: l'anonymat en ligne c'est surtout une illusion. Sauf que maintenant, même pas besoin d'être la NSA pour lever le voile... un LLM à 4 balles suffit.
Le pseudonymat face à un LLM c'est un grillage face à une perceuse... Bon courage aux anonymes qui me lisent...
AsteroidOS
, c'est une distro Linux open source qui tourne... sur des
montres connectées
! Oui oui, du manchot au poignet et l'idée en fait, c'est de virer
WearOS
et toute la télémétrie Google qui va avec, pour le remplacer par un OS libre sans tracking ou de compte à se créer.
Ce projet existe depuis 2015 et supporte aujourd'hui une trentaine de montres (LG Watch, Huawei Watch, TicWatch, Asus Zenwatch, Fossil Gen 4/5/6...). Vous flashez votre tocante connectée, et vous récupérez un OS avec agenda, météo, chronomètre, boussole, moniteur cardiaque, contrôle musical et même un petit jeu. Le tout en Qt/QML, avec des cadrans communautaires et un affichage permanent !
Côté
vie privée
, c'est même le JOUR ET LA NUIT avec WearOS donc pour ceux qui flippent que leur montre balance tout à Mountain View, c'est plutôt rassurant.
Pour la synchro avec votre téléphone, y'a également
AsteroidOSSync
sur F-Droid ou
Gadgetbridge
. Si vous hésitez, sachez que Gadgetbridge est plus maintenu et plus universel. Ça couvre l'essentiel et si vous avez les chocottes, un mode dual-boot permet de tester sans virer WearOS.
Attention par contre, c'est pas la fête du slip non plus car y'a pas de store d'apps (faut pousser les APK en ligne de commande via ADB), pas de réponse aux appels depuis le poignet, et les apps WearOS ne tournent évidemment pas dessus. A moins que votre montre soit dans la liste officielle, n'y pensez même pas ! Faut aimer bidouiller, en fait mais ça, je sais que vous adorez ^^.
Et grâce à cet OS, vous atteindrez peut-être les 48h d'autonomie annoncées sur le site. Après faut voir en vrai évidemment... mais pour
une distro communautaire
portée par des passionnés depuis 11 ANS quand même, c'est honnête.
Je suis complètement passé à côté de ce truc jusqu'à ce que David (merci à lui !) m'envoie un petit message pour me dire : "Hé Korben, t'as vu Anytype ? C'est comme Notion mais en mieux". Du coup, j'ai testé et j'ai vraiment halluciné.
Si vous êtes du genre à noter tout ce qui vous passe par la tête dans Notion ou Evernote, vous connaissez le problème. Vos données sont hébergées on ne sait où, et le jour où la boite décide de changer ses conditions d'utilisation ou de fermer boutique, vous êtes marron.
Hé bien Anytype, c'est la réponse à cette angoisse.
C'est une application local-first et chiffrée de bout en bout qui permet de créer votre propre "internet personnel". Petite nuance importante : Anytype n'est pas "open source" au sens strict de l'OSI. Leurs protocoles (notamment AnySync) sont bien open source sous licence MIT, mais les applications elles-mêmes sont distribuées sous une licence "source available" (
Any Source Available License 1.0
). Concrètement, le code est consultable et modifiable, mais l'utilisation commerciale est restreinte. C'est pas du tout la même chose, et c'est important de ne pas confondre pour éviter l'openwashing. Cela dit, l'équipe est
transparente là-dessus
, ce qui est appréciable.
En gros, tout ce que vous créez (notes, tâches, documents, tableaux) est stocké localement sur votre machine. Pas de cloud obscur, pas de tracking, c'est votre disque dur, vos règles.
Leur point fort, c'est leur protocole AnySync car ça permet de synchroniser vos données entre vos appareils (ordi, téléphone, tablette) en peer-to-peer comme ça y'a pas besoin de serveur central. Vos appareils discutent directement entre eux, un peu comme si vous aviez votre propre réseau privé.
Au niveau de l'interface, on retrouve ce système de blocs qu'on aime bien chez la concurrence, mais avec une approche "objet". Dans AnyType comme chez Ikea, tout est un objet : une tâche, une personne, une note, un livre. Et vous pouvez lier tous ces objets entre eux pour créer un véritable graphe de connaissances tel un grand architecte de la matrice du dimanche).
Ce qui est cool aussi, c'est que l'équipe a déjà ajouté une fonction de publication web (vos pages peuvent devenir des pages publiques statiques) et propose une API côté desktop qui tourne en local. Elle travaille aussi sur l'intégration d'une
IA locale
. Parce que oui, avoir une IA qui vous aide à trier vos notes sans envoyer vos données à l'autre bout du monde, c'est quand même plus rassurant.
Si vous voulez aller encore plus loin, vous pouvez même héberger votre propre "noeud" de sauvegarde sur un serveur à la maison. D'ailleurs si vous aimez ce genre d'outils souverains, jetez un oeil à
Local Deep Research
pour vos recherches. Comme ça, vous avez une copie de secours chiffrée, accessible 24/7, sans dépendre de personne.
Bref, si vous cherchez une alternative souveraine pour gérer votre vie numérique, foncez voir ça. C'est gratuit jusqu'à 100 MB de stockage, c'est beau, et ça respecte votre vie privée. Que demande le peuple ?
Merci encore à David pour la découverte et à Alexandre pour la précision sur la licence !
Les algorithmes de recommandation, vous connaissez bien je pense... YouTube, TikTok, Instagram... ces trucs qui vous gardent scotché à l'écran durant des heures en aspirant toutes vos données au passage. Hé bien un dev de bon goût a décidé de prouver qu'on pouvait faire la même chose sans machine learning et sans collecter la moindre info perso.
Son arme secrète ? Les 270 000 articles de Simple Wikipedia.
Xikipedia
, c'est un pseudo réseau social qui vous balance des articles de Simple Wikipedia sous forme de feed, exactement comme votre fil TikTok préféré. Sauf que derrière, y'a pas de ferme de serveurs qui analyse votre comportement mais juste un petit algorithme local en JS qui tourne dans votre navigateur.
En gros, le système fonctionne avec un scoring par catégorie côté client, stocké en localStorage. Vous scrollez un article sans le lire ? Moins 5 points pour cette catégorie. Vous likez ? Plus 50 points, avec un bonus qui augmente si vous n'avez pas liké depuis longtemps (genre un mécanisme anti-binge plutôt malin). Vous cliquez sur l'article complet ? 75 points. Sur une image ? 100 points !!
Et c'est comme ça qu'au bout de quelques minutes de scroll, le feed commence à comprendre vos centres d'intérêt et vous propose des trucs de plus en plus pertinents. J'ai testé en likant 3-4 articles sur l'astronomie... au début je pensais que ça serait du random total, mais au bout de 5 minutes j'avais quasiment que des trucs sur l'espace et la physique. Plutôt efficace pour un algo sans IA.
D'ailleurs, le truc qui est assez cool c'est la répartition des contenus. 40% de sélection pondérée par vos scores, 42% du contenu le mieux noté, et 18% complètement aléatoire. Ce dernier bout de hasard, c'est ce qui évite de s'enfermer dans une bulle de filtre (prends-en de la graine, YouTube !!).
La page d'accueil avec ses catégories - sobre mais efficace
Le tout tourne en PWA, c'est-à-dire que ça s'installe comme une app sur votre téléphone ou votre ordi et ça fonctionne même hors ligne après le premier chargement. Les ~34 Mo de données compressées de
Simple Wikipedia
sont stockées localement via IndexedDB dans votre navigateur. Vous pouvez créer plusieurs profils (pratique si vous partagez un appareil), consulter vos stats d'engagement perso, et même basculer entre thème clair et sombre.
Petit bémol quand même si vous êtes sur iPhone, y'a des restrictions mémoire imposées par Apple sur Safari qui peuvent poser problème avec les ~34 Mo de données. Attention aussi, le premier chargement prend un moment vu qu'il faut tout télécharger d'un coup... sauf si vous êtes en 4G pourrie, là ça peut carrément planter en plein milieu. Et pas moyen de reprendre, faut tout relancer. Prévoyez donc du Wi-Fi.
Pour ceux qui se demandent à quoi ça sert concrètement... c'est juste un moyen sympa de tomber sur des sujets que vous n'auriez jamais cherchés, le tout sans que personne ne sache que vous avez passé 45 minutes à lire des articles sur les pieuvres géantes du Pacifique.
Voilà, j'aurais pas parié dessus au départ... mais après avoir scrollé une bonne demi-heure, je dois avouer que c'est plutôt malin comme approche.