GitLab a sorti hier (lundi 17 août), un
correctif d'urgence
, complètement en dehors de son calendrier habituel, pour une faille qui permet à quelqu'un sans compte ni mot de passe de modifier ou de supprimer vos projets publics et des données utilisateur. Hé ouais c'est chaud et c'est pour ça que son score CVSS est de 9,4 sur 10.
5 jours plus tôt, le 12 août, GitLab publiait son patch de routine pour la 19.2, 19.1 et 19.0. C'est un périmètre normal puisque sa politique de maintenance ne couvre que la version stable et les deux précédentes. Mais comme là, on est dans l'exceptionnel, ce correctif du 17 août en couvre une quatrième, la 18.11, dont le support avait pris fin le 16 juillet dernier. Ils sont allés rouvrir une branche morte juste pour patcher ce GROS problème !
La faille elle-même, on n'en sait presque rien par contre. Estampillée CVE-2026-19478, c'est une histoire de directive GraphQL, mais GitLab ne dit ni laquelle, ni dans quelles conditions ça se déclenche. Les détails techniques sortiront vers la mi-novembre, c'est-à-dire 90 jours après le correctif, comme d'habitude, histoire d'être sûr que tout le monde ait patché son install.
Maintenant, la bonne nouvelle c'est que si vous êtes sur GitLab.com ou sa version
Dedicated
, vous n'avez rien à faire, puisque c'est déjà patché. En fait cette histoire ne concerne que les instances auto-hébergées.
Et parmi elles, tout le monde n'est pas impacté de la même manière. En effet, le vecteur d'attaque passe par le réseau et vise les projets publics. Cela veut dire que votre instance planquée derrière un VPN, sans visibilité publique, risque beaucoup moins que celle qui expose ses dépôts à Internet.
Ensuite, pour la mise à jour, ça dépend d'où vous partez. Entre la 18.2 et la 18.10, aucun correctif n'existe sur votre branche. Il faudra upgrader jusqu'à la 18.11.11, en vous arrêtant aux paliers de 18.5 et 18.8 s'ils sont sur votre route.
Si vous tournez déjà en 18.11, prenez la 18.11.11. Sur une 19, c'est 19.0.8, 19.1.6 ou 19.2.4. Et plus ancien que 18.2 ? Bah là, GitLab ne liste pas ces versions parmi les affectées, mais elles ne reçoivent plus de correctif depuis un bon moment, donc ce serait bien de mettre à jour quand même, hein...
Pour le moment, personne n'a signalé d'attaque et aucun exploit ou PoC n'a fait surface sur GitHub. Ça ne veut pas dire grand-chose, je vous l'accorde mais on se rassure comme on peut...
Un pirate qui se fait appeler ZeroBytes a revendiqué mercredi, sur un forum fréquenté par les cybercriminels, le vol de près de 680 000 lignes de données extraites d'un outil interne de la Direction générale des Finances publiques. Bercy a confirmé l'intrusion dès le lendemain.
L'attaque ne date pourtant pas d'hier. Elle remonte à la fin juin, au 26 très exactement selon le pirate, et l'administration l'avait détectée puis interrompue à l'époque, sans jamais en toucher un mot publiquement.
Dans le lot, on trouve des noms, des dates de naissance, des adresses et des informations foncières et cadastrales, pour environ 390 000 particuliers et 285 000 professionnels. Les mots de passe et les coordonnées bancaires ne figurent pas parmi les données citées.
ZeroBytes raconte s'être promené de serveur en serveur avant de décrocher un accès VPN, la porte d'entrée à distance du réseau, qui lui a ouvert plusieurs outils internes du fisc. La version officielle parle plus sobrement d'une usurpation d'identité ayant permis un accès illégitime.
Une seconde fuite circule aussi sur les mêmes forums et toucherait environ 2 millions de propriétaires, mais celle-là n'a rien d'officiel pour le moment.
L'ANSSI, le pompier informatique de l'État, enquête, et la CNIL a été prévenue comme la loi l'impose.
Le fisc n'en est pourtant pas à son coup d'essai. Entre fin janvier et mi-février, des pirates avaient déjà consulté frauduleusement 1,2 million de comptes bancaires dans le fichier FICOBA, en utilisant les identifiants compromis d'un agent. Deux intrusions en un an, ça commence à faire beaucoup.
Dans l'immédiat, méfiez-vous des mails, des SMS et des coups de fil qui se réclament des impôts, surtout s'ils alignent vos vraies informations personnelles pour vous mettre en confiance. Une adresse exacte et une date de naissance correcte ne prouvent plus rien du tout.
Reste à savoir quand chacun des 680 000 concernés recevra le petit message l'informant que ses données se baladent dans la nature.
ShieldBreak est un nouvel exploit qui vise l'antivirus livré avec Windows. Cela permet à un compte utilisateur limité de passer SYSTEM sur un Windows entièrement à jour, grâce notamment à Windows Defender qui lui sert de marchepied.
Le chercheur Nightmare Eclipse a sorti le code de son exploit en public y'a 2 jours, quelques heures après un Patch Tuesday qui corrigeait plus de 400 failles. Mais pas celle-ci évidemment... Une machine parfaitement à jour reste donc exposée.
Kevin Beaumont, ancien de chez Microsoft, a testé l'exploit et confirme qu'il fonctionne sur un Windows 11 à jour. Sa lecture technique, en revanche, diffère de celle du chercheur. Nightmare Eclipse présente ShieldBreak comme un contournement complet du correctif de RoguePlanet, sa faille précédente, alors que Beaumont souligne que les deux reposent sur des mécanismes très différents.
L'attaque réclame un accès local et l'exécution du programme, elle ne s'attrape pas en visitant une page web. Elle a été testée sur Windows 11 25H2 et Windows Server 2025, Windows 10 étant déclaré vulnérable sans être pris en charge par le code publié. Et il faut que Defender soit activé pour que ça marche.
Cette publication sans préavis n'arrive pas de nulle part. En mai, Microsoft a publié
un billet
qualifiant d'injustifiables les divulgations non coordonnées qui mettent du code d'exploitation entre les mains d'acteurs malveillants, en rappelant que sa Digital Crimes Unit continuerait à poursuivre ces acteurs. Le texte ne visait pas nommément les chercheurs. Le milieu de la sécurité l'a quand même reçu comme une menace.
Microsoft a fait ensuite machine arrière sur les réseaux sociaux, en assurant ne pas vouloir s'en prendre à ceux qui publient de la recherche. Le billet d'origine, lui, est toujours en ligne et les publications n'ont pas ralenti pour autant : une dizaine de zero-days Windows depuis avril, dont
BlueHammer
et
GreatXML
dont je vous ai déjà parlé.
Microsoft dit avoir connaissance de la vulnérabilité signalée et enquêter sur la validité des affirmations mais pour le moment, la faille n'a même pas d'identifiant CVE à elle, et reste rattachée au correctif qu'elle est censée contourner. Bref, si ça vous fait flipper comme faille, désolé, il n'y a rien à installer pour l'instant pour fixer le problème.
En attendant, Beaumont a mis en ligne
des requêtes de "chasse"
pour Defender for Endpoint qui repèrent quand un processus étranger à Defender charge ses bibliothèques, ou qu'un processus non validé charge celles de l'API Cloud Filter. Tout ça via le même processus.
Mais c'est de la détection, et pas un correctif...
Meta a reconnu que son modèle Muse Spark 1.1 avait compromis les systèmes d'une société extérieure au cours d'une évaluation de cybersécurité. L'entreprise touchée n'a pas été identifiée.
Le déroulé est assez simple, une erreur de configuration a laissé le modèle atteindre l'internet public depuis son environnement de test, après quoi il a exploité une faille dans un service tiers et modifié les réglages internes de la société visée.
Cet environnement de test c'est le bac à sable. Une machine coupée du reste du monde, censée laisser un logiciel s'agiter sans qu'il puisse toucher quoi que ce soit de réel.
Le partenaire chargé de ces évaluations s'appelle Irregular. Le nom vous dit peut-être quelque chose, puisque c'est exactement le même prestataire qui avait laissé passer un modèle d'OpenAI vers un vrai site web, dans une affaire révélée la veille.
Dans ce cas-là, le nom inventé pour la cible de l'exercice correspondait à un domaine réellement déposé, et le modèle avait fini par récupérer des identifiants et administrer le site.
Anthropic avait ouvert le bal fin juillet en reconnaissant que ses propres modèles avaient pénétré trois entreprises pendant des tests.
Irregular assure de son côté qu'il s'agit du même problème d'environnement de test que celui déjà signalé par Anthropic, et pas d'une évasion de bac à sable ni d'une attaque sophistiquée.
Sauf que le point qui pose vraiment problème est ailleurs. Trois éditeurs différents, un seul prestataire d'évaluation, et la même erreur de configuration qui laisse un modèle sortir sur le réseau public alors qu'on lui a dit qu'il n'y avait pas accès.
Tous les incidents ne viennent pas d'Irregular, cela dit. L'institut britannique de sécurité de l'IA a observé de son côté un modèle monter une attaque contre un projet open source bien réel, en fabriquant de faux comptes et en faisant de l'ingénierie sociale sur ses mainteneurs.
Les modèles, eux, se comportent exactement comme prévu. On leur demande de trouver et d'exploiter des failles dans un système, ils trouvent et ils exploitent, et personne ne leur a donné les moyens de savoir que la cible était bien réelle.
Meta annonce une rétrospective complète. Irregular affirme de son côté qu'aucun problème de sécurité ne reste ouvert. Bref, on n'a pas fini d'entendre parler de ce genre de cas.
Une notification de sécurité informatique notée 10 sur 10 (le plus haut degré de gravité), reprise par le NIST, la CISA et le centre de cybersécurité néerlandais, décrivait une faille qui n'a jamais existé. Il aura fallu l'obstination du créateur de SQLite pour la faire retirer.
Une notification de sécurité informatique notée 10 sur 10 (le plus haut degré de gravité), reprise par le NIST, la CISA et le centre de cybersécurité néerlandais, décrivait une faille qui n'a jamais existé. Il aura fallu l'obstination du créateur de SQLite pour la faire retirer.
Depuis le 31 juillet, l'alerte rouge est lancée chez les utilisateurs de Coldcard. Ce portefeuille matériel dédié au Bitcoin est visé par des piratages massifs, la faute à un bug de compilation resté invisible depuis 2021.
Depuis le 31 juillet, l'alerte rouge est lancée chez les utilisateurs de Coldcard. Ce portefeuille matériel dédié au Bitcoin est visé par des piratages massifs, la faute à un bug de compilation resté invisible depuis 2021.
Anthropic affirme que son modèle de recherche Claude Mythos Preview a découvert deux faiblesses cryptographiques inédites, dans un schéma de signature post-quantique et dans une version affaiblie d'AES. Deux résultats théoriques, sans impact sur les systèmes en production.
Une nouvelle vulnérabilité critique touche le noyau Linux, cette fois via le système de fichiers XFS. Elle permet à n'importe quel utilisateur local, sans le moindre privilège, de prendre le contrôle total de la machine, sans laisser de trace.
7-Zip, le logiciel de compression gratuit installé sur des centaines de millions de PC pour ouvrir un zip ou un 7z, traîne une faille par laquelle une archive piégée peut lancer du code sur votre machine à la seconde où vous l'ouvrez.
La faille porte le doux nom de CVE-2025-14266 et se niche dans la façon dont 7-Zip décompresse les archives au format XZ, très courant sous Linux mais qu'on croise un peu partout.
Dans le détail, c'est ce que les spécialistes appellent un débordement de mémoire tampon, un heap buffer overflow. En décompressant, le logiciel écrit des données au-delà de la petite zone mémoire qui lui était réservée, et c'est dans ce dépassement qu'un pirate parvient à glisser ses propres instructions pour les faire exécuter à votre place.
Encore faut-il qu'on réussisse à vous faire ouvrir l'archive piégée, glissée dans une pièce jointe ou récupérée sur un faux site de téléchargement.
Bonne nouvelle quand même. Le code hostile s'exécute avec vos droits d'utilisateur classiques et pas ceux d'un administrateur, ce qui limite déjà les dégâts, et la faille est notée 7 sur 10, sérieuse sans être catastrophique.
Elle touche toutes les versions de 7-Zip de la 21.07 à la 26.01, et c'est la 26.02, publiée le 25 juin, qui vient colmater la brèche.
Sauf que voilà le vrai piège. Là où votre navigateur ou Windows se mettent à jour tout seuls dans leur coin, 7-Zip n'a jamais rien automatisé du tout, donc si vous ne l'avez pas réinstallé depuis des lustres, vous faites très probablement tourner une version trouée sans vous en douter une seule seconde.
La faille a été repérée début juin par le chercheur Landon Peng, et au 20 juillet aucun code d'attaque public ne circulait encore, ce qui vous laisse une fenêtre confortable pour vous mettre à l'abri avant que quelqu'un ne s'en serve pour de bon.
Rien ne sert d'attendre. Un passage par le site officiel de 7-Zip pour attraper la 26.02, et l'affaire est réglée en deux minutes.
Le pirate qui a mis à genoux la prod de Hugging Face voulait juste tricher à son examen, voilà ce qu'OpenAI a reconnu hier. Les agents qui se sont promenés durant tout un week-end dans les clusters de la plateforme, c'étaient leurs modèles à eux, GPT-5.6 Sol et un modèle pré-release encore plus balèze, fonctionnant en mode "refus cyber réduits à des fins d'évaluation".
Le point de départ c'est
ExploitGym
, contenant 898 vraies vulnérabilités piochées dans des programmes userspace, dans le moteur JavaScript V8 de Google et dans le noyau Linux. On colle l'agent devant un input qui fait planter un programme, et on regarde s'il arrive à en tirer un exploit qui marche.
Dans ce document de recherche sorti en mai, GPT-5.5 sortait 120 exploits fonctionnels, derrière les 157 de Claude Mythos Preview. Mais le modèle testé ce week-end là, lui, a trouvé un "raccourci". Comme l'explique OpenAI "toutes les preuves suggèrent que les modèles étaient hyperfocalisés sur la recherche d'une solution pour ExploitGym, allant à des extrêmes considérables pour atteindre un objectif de test plutôt étroit".
Pour saisir l'ampleur du raccourci, regardez la pièce dans laquelle ils étaient enfermés. C'est un environnement hautement isolé, avec un seul trou dans le mur, un accès réseau "*restreint à la possibilité d'installer des paquets via un logiciel tiers hébergé en interne qui fait office de proxy et de cache pour les registres de paquets *". En clair, le seul truc qui pouvait parler à l'extérieur, c'était le machin qui allait chercher les dépendances !
ExploitGym, le benchmark que les modèles cherchaient à résoudre. 898 vulnérabilités réelles, et les scores de GPT-5.5 et Claude Mythos Preview.
Et vous devinez la suite... Les modèles ont cramé une grosse quantité de tokens à chercher la sortie pour finalement la trouver dans ce proxy, sous la forme d'un zero-day que personne ne connaissait (la faille a depuis été signalée à l'éditeur). Le seul tuyau autorisé était donc LE point faible. Ensuite, escalade de privilèges et déplacement latéral de machine en machine, jusqu'à en atteindre une avec un accès Internet et voilà...
Une fois dehors, ils en ont alors déduit tout seuls que Hugging Face hébergeait probablement les modèles, les datasets et les solutions d'ExploitGym.
Donc direction huggingface.co, avec credentials volés et zero-days enchaînés jusqu'à décrocher une exécution de code à distance sur les serveurs, puis lecture des solutions du test directement dans la base de production. Aucune destruction, aucune demande de rançon. Juste les corrigés des tests comme des bacheliers qui emploient mal leur intelligence !
Petite précision qui compte, c'est bien l'équipe de Hugging Face qui a détecté et stoppé l'activité sur son infra, et qui avait déjà entamé le confinement et la reconstruction forensique avec ses propres modèles open source quand OpenAI l'a contactée.
Je vous racontais l'histoire vue de leur côté
il y a deux jours, relevant notamment que les modèles américains refusaient d'analyser leurs logs d'attaque.
C'est pas un peu de la science fiction tout ça ??? Maintenant si vous vous demandez ce que vous risquez en tant qu'utilisateur, sachez que côté public, rien n'a bougé sur les modèles, les datasets et les Spaces. L'incident a uniquement touché des datasets internes et des credentials de service et visiblement, rien n'a été altéré par les agents IA en vadrouille.
Côté mesures, OpenAI dit appliquer des contrôles stricts sur la configuration de son infra "au prix de la vélocité de recherche" pendant que les failles sont patchées, et a fait entrer Hugging Face dans son programme trusted access. Ce qui règle accessoirement le problème du refus que HF a rencontré lors de l'analyse des logs.
La veille de cette révélation, OpenAI publiait d'ailleurs
un billet sur l'alignement des modèles à long horizon
bourré d'anecdotes du même genre, avec un modèle qui contourne les restrictions de sa sandbox pour aller ouvrir une pull request sur GitHub alors qu'on lui demandait de poster sur Slack. Ou encore un autre qui, pour esquiver les détecteurs de secrets, a découpé le corps du token en deux fragments, les a obfusqués, puis a reconstruit le credential à l'exécution.
On dirait qu'ils n'avaient pas anticipé que ça aille aussi loin leurs petites expérimentations...
Après, OpenAI ne minimise pas et parle même d'un "incident cyber sans précédent, impliquant des capacités cyber à l'état de l'art". Ces modèles peuvent maintenant découvrir et exploiter des chemins d'attaque complètement inédits dans des systèmes en prod, sans avoir besoin d'un accès au code source. C'était théorique jusqu'à ce week-end.
Maintenant, si un modèle a lu les solutions dans la base de production, que valent encore les scores obtenus sur ExploitGym ? Ça on n'en sait rien.
Avant de sortir les violons, le contrepoint le plus juste que j'ai lu vient de
Rich Mogull, analyste en chef de la Cloud Security Alliance
qui explique que pour lui c'est un cas d'école en matière d'échec d'alignement, car le modèle n'était pas malveillant, il a fait précisément ce qu'on lui demandait, à savoir maximiser sa performance. Sauf qu'une fois les garde-fous retirés et assez de marge donnée, "résoudre le test" et "compromettre un tiers pour voler les réponses" sont devenus la même instruction.
Puis c'est aussi un problème de consentement, car un test de laboratoire qui se barre pour compromettre les systèmes en production, c'est quand même un risque qui est porté par quelqu'un qui n'a pas choisi de mener l'expérience. Alors bon, c'est tombé sur Hugging Face qui a géré ça comme un chef, mais ça aurait pu très bien tomber sur un hôpital.
Voilà les amis... On nous avait promis
Skynet
, on nous avait promis Matrix, et voilà que 15 ans plus tard, le vrai visage du soulèvement des machines c'est un putain de modèle qui passe son week-end à défoncer trois infrastructures d'affilée pour améliorer sa note à un contrôle.
Un ennemi qui vous hait, vous pouvez le raisonner ou lui envoyer Arnold Schwarzenegger. Mais un ennemi dont la seule mission c'est d'optimiser une métrique, vous ne pouvez que relire très attentivement le prompt que vous lui avez donné et croiser les doigts. La preuve
quand une IA prend la première place du classement américain de HackerOne
ou arrive à
dénicher des milliers de zero-days pour Anthropic
, c'est que l'instruction initiale ou le garde-fou était plus solide que ce que nous a pondu OpenAI ce week-end.
Le 17 juillet, WordPress corrigeait en urgence deux failles au sein même de sa base logicielle. Depuis, de nombreux chercheurs en sécurité alertent sur une exploitation massive avec, parfois, un solide coup de main de l'IA.
Dans un article de blog détaillé, le CISO d'OVHcloud raconte comment l'hébergeur français a corrigé en urgence une faille critique dans le logiciel qui fait tourner ses machines virtuelles, sur un parc d'un million d'entre elles.
C'est le retard qu'ont pris les connexions SSH d'Andres Freund, ingénieur chez Microsoft, lors d'un benchmark de routine en mars 2024. Cette demi-seconde, Adrian Mastronardi, CTO de Habi et linuxien depuis 1996, vient d'en tirer un bouquin gratuit,
Half a Second
, qui raconte toute l'affaire XZ du début à la fin.
La plupart des gens auraient haussé les épaules mais lui, non. Il a tiré le fil, encore et encore, et a fini par déterrer une des backdoors les plus tordues jamais glissées dans un logiciel open source.
Half a Second, le livre gratuit d'Adrian Mastronardi sur le backdoor XZ
Pour ceux qui auraient loupé l'épisode, XZ Utils c'est un outil de compression qu'on retrouve sur à peu près tous les systèmes Linux, serveurs compris, donc autant dire une bonne partie d'Internet.
L'attaquant, lui, a joué le contributeur modèle pendant environ 2 ans. Gagner patiemment la confiance du mainteneur, puis glisser sa backdoor dans le code. Je vous en parlais
à chaud à l'époque
, le jour même de la découverte et quelqu'un avait même bricolé dans la foulée
un agent SSH exploitant cette backdoor
.
Mais la technique, dans ce livre, c'est presque secondaire. Le vrai sujet est dans le sous-titre : le travail invisible qu'il y a en dessous. Lasse Collin, le mainteneur de XZ, portait ce projet critique tout seul, bénévolement, et il était au bout du rouleau. Et c'est précisément cet épuisement que l'attaquant a retourné contre lui. Entre la pression des utilisateurs, les faux contributeurs qui râlent, la culpabilisation de ne pas pouvoir faire mieux tout de suite tout le temps.… Le mec a été intoxiqué / manipulé avant même que la moindre ligne de code.
Et des gars comme Lasse Collin, il y en a des milliers. Il y a des tas de gens qui maintiennent seuls gratuitement sur leur temps libre, des petites briques libres dont dépendent nos banques, nos hôpitaux, nos administrations et personne ne les paye, voire pire, personne ne les considère ni leur dit merci.
Et cela fait deux des proies faciles pour des attaquants bien organisés. Concernant le bouquin, rien à redire, la bibliographie s'appuie sur les rapports de l'OpenSSF, d'Akamai ou encore de Binarly. C'est une vraie enquête extrêmement bien sourcée qui ne tombe pas dans le charabaiat technique, ce qui fait que c'est parfaitement lisible pour tout le monde, même pour ceux dont la sécurité informatique n'est pas la spécialité.
Et le récit mélange les trois voix, celle du narrateur manipulé, celle de l'ingénieur curieux et celle de l'opérateur fantôme. Parce que oui je sais pas si vous savez, mais celui qui a fait cette backdoor n'a jamais été identifié et ne le sera peut-être jamais. Voilà, ça a l'air d'être un chouette bouquin distribué sous licence créative Commons non commercial. C'est donc gratuit et ça le restera pour toujours.Par contre, c'est en anglais, donc faudra faire un petit effort. Mais n'importe qui peut le traduire si ça l'amuse.
Bref, si l'affaire XZ vous avait marqués, c'est le récit qu'il vous fallait.
À lire
ici en PDF
! Et merci à
LWN
d'avoir repéré le bouquin.
Vous avez un site sous WordPress ? Alors lâchez tout ce que vous faites deux minutes, parce que là c'est du sérieux !!
Cette nouvelle attaque baptisée WP2Shell permet de compromettre une installation Wordpress sans passer par le moindre plugin. Heureusement, un patch est sorti en urgence le 17 juillet !
En temps normal, quand une alerte sécu tombe sur WordPress, le fautif c'est un
plugin tiers vérolé
, un truc installé un soir de flemme et oublié depuis des lustres. Mais cette fois, rien de tout ça puisque le trou de sécu se trouve dans le cœur de WordPress lui-même.
Dans le détail, WP2Shell enchaîne deux failles. La première,
CVE-2026-63030
, est une confusion de route dans l'API REST batch, sur l'endpoint /wp-json/batch/v1. La seconde,
CVE-2026-60137
, est une injection SQL bien planquée dans le paramètre author__not_in de WP_Query. Chacune dans son coin, c'est déjà vilain, mais mises bout à bout, elles offrent une exécution de code à distance.
Pas de compte, pas de mot de passe, et encore moins de plugin exotique mais simplement quelques requêtes HTTP et hop, c'est plié !
Côté versions, la chaîne complète touche WordPress 6.9.0 à 6.9.4 et 7.0.0 à 7.0.1. Si votre site est dans cette fourchette, vous êtes donc exposé. Les correctifs sont arrivés avec les versions 6.9.5 et 7.0.2. Et si vous vous traînez encore une vieille 6.8.x, sachez que seule l'injection SQL vous concerne potentiellement mais qu'elle a été patchée depuis la version 6.8.6.
Derrière cette trouvaille, on trouve Adam Kues, chercheur chez
Assetnote
(une branche de Searchlight Cyber), qui a assemblé et documenté toute la chaîne avant de la remonter proprement via le programme HackerOne de WordPress. Les détails techniques les plus croustillants restent sous le coude le temps que la planète patche mais l'équipe a mis en ligne un outil,
wp2shell.com
, pour vérifier si votre site est vulnérable. Allez-y, ça coûte rien !
Autre signal qui ne trompe pas, WordPress.org a déclenché les mises à jour automatiques forcées sur les sites concernés. Une mesure réservée aux failles vraiment graves, comme à l'époque où la
faille critique de Really Simple Security
avait exposé des millions de sites. Il y a donc de bonnes chances que votre installation toute pourrie dont vous ne vous occupez pas parce que vous êtes un mauvais webmaster ^^ ait déjà été rustinée toute seule. Vraiment, vous ne méritez pas les équipes sécu de Wordpress ^^
Mais ne pariez pas votre site là-dessus non plus... Car si vous avez désactivé les mises à jour auto (et beaucoup d'hébergeurs et d'admins le font), personne n'aura rien poussé chez vous. Sans oublier
qu'un bout de PoC
circule déjà sur GitHub (les chercheurs gardent pour eux le dernier maillon vers la RCE, mais ça n'arrêtera pas longtemps les motivés), et les scans automatisés ont commencé.
En attendant de patcher, bloquez surtout donc l'accès anonyme à l'endpoint batch de l'API REST via votre WAF ou votre plugin de sécu. Attention, pas seulement la forme /wp-json/batch/v1 : sa variante ?rest_route=/batch/v1 doit sauter aussi, sinon autant laisser la clé sur la porte. Cloudflare propose d'ailleurs des règles toutes prêtes. Et pour durcir le reste de votre config,
ma vieille série sur le sujet
reste d'actualité.
En tout cas, quand on sait qu'il y a +500 millions de sites actuellement propulsés par Wordpress, même s'ils ne sont pas tous concernés par cette faille, ça reste une surface d'attaque gigantesque !!
Bref, filez vérifier votre version. Sous 6.9.5 ou 7.0.2, vous mettez à jour et vous bloquez le batch en attendant. Deux minutes chrono, et votre site dort tranquille !
Vous le savez, j'adore mon Kindle ! Je manque effectivement de temps pour lire tout ce que je voudrais mais bon, on verra ça quand la retraite sera là ^^.
En attendant, ce que j'ignorais, c'est que sur les Kindle récents, il y a encore un petit navigateur web, plus exactement un vieux Chrome de 2019 bien planqué dans des menus qu'on n'ouvre jamais. Et c'est à ce module précisément que Tanguy Dubroca de
Synacktiv
s'est intéressé. Et en creusant, il a découvert qu'une faille s'y cachait et permettait de prendre le contrôle total de la liseuse avec votre compte Amazon en supplément salade tomate oignon.
Son objectif premier c'était de comprendre comment prendre la main sur un Kindle verrouillé sans le jailbreaker. Alors il a fouillé dans le firmware de son Paperwhite 5 et y a découvert ce vieux Chrome et son moteur Webkit d'une quinzaine d'années, prêt à céder à toutes ses demandes... niark niark.
Il n'a eu plus qu'à piocher dans les vieilles failles déjà bien connues de Chrome et en a choisi une présente dans le moteur Javascript V8 patchée par Google en 2022. Sauf que normalement, elle ne devait pas marcher sur un Kindle, parce qu'Amazon avait désactivé le composant vulnérable.
Enfin, avait essayé...
Parce que dans la commande censée le désactiver, il manquait deux petits tirets. Une faute de frappe qui faisait que l'option était ignorée en silence, et donc que le moteur JS d'époque restait allumé avec cette porte grande ouverte...
L'attaque n'a ensuite besoin que d'une seule chose qui est que vous ouvriez un site web piégé dans le navigateur de la liseuse. Pas de panique donc, car ça ne se déclenche pas tout seul quand vous recevez un livre, mais une fois la page web ouverte, elle peut trafiquer la mémoire de l'appareil, ce qui permet au chercheur de prendre la main sur le navigateur pour ensuite, via une seconde vulnérabilité dans le composant qui lance les applis, obtenir des droits administrateur et donc l'accès complet.
Une fois avec ça, il peut tout faire comme exécuter n'importe quel programme, vous espionner, détourner votre compte Amazon, et même rebondir vers les autres appareils présents sur votre réseau Wi-Fi. La totale !!
Dubroca a prévenu Amazon en décembre 2025, qui a classé le truc en critique, lâché 20 000 $ de prime, et poussé un correctif dans le firmware 5.19.2 en janvier. La mise à jour se fait toute seule une fois le Kindle branché et connecté au Wi-Fi alors si votre liseuse dort dans un tiroir depuis des mois, un petit coup de Wi-Fi et elle se mettra à jour, hop. D'ailleurs c'est la
deuxième faille Kindle en 7 mois
, après celle du livre audio piégé. Deux équipes françaises, deux fois le même appareil, ça commence à faire beaucoup pour de
vieilles liseuses qu'Amazon laisse doucement vieillir
.
Bref, une liseuse c'est comme un ordinateur, ça se pirate mais ça peut se mettre à jour ^^. Ouf !
Des chercheurs ont découvert une faille permettant d'extraire les données de dépôts privés GitHub sans aucune authentification, juste en piégeant l'agent IA chargé de répondre aux tickets.
Une vulnérabilité découverte par un chercheur en sécurité permet à n'importe quelle machine virtuelle louée sur un cloud d'aller compromettre le serveur physique qui l'héberge. Elle traîne dans le noyau Linux depuis 2010.