VLC accuse Windows 11 d’être à l’origine de ses ralentissements et défend le modèle open source face à Microsoft
VLC Media Player est réputé pour sa légèreté et sa capacité à lire pratiquement n’importe quel format audio ou vidéo. Pourtant, certains utilisateurs de Windows 11 signalent depuis plusieurs versions des ralentissements au démarrage, des saccades ou des comportements anormaux qui ne se reproduisent pas nécessairement sous Windows 10 ou Linux.
Dans un nouvel échange rapporté par WindowsLatest, VideoLAN rejette l’idée selon laquelle VLC serait simplement devenu trop lourd ou mal optimisé. Le projet pointe plutôt du doigt plusieurs changements et problèmes propres à Windows 11, tout en profitant de l’occasion pour rappeler les contraintes très différentes qui existent entre un projet open source multiplateforme et une application développée directement par Microsoft.
La polémique intervient alors que Microsoft tente justement de moderniser Windows 11 et ses applications avec davantage de composants natifs, notamment WinUI, tout en promettant de réduire la consommation de mémoire et les lenteurs de son interface.
Des ralentissements de VLC déjà signalés sous Windows 11
Les problèmes de performances de VLC sous Windows 11 ne sont pas nouveaux.
Des rapports publiés sur le système de suivi de VideoLAN font état depuis plusieurs années de lancements anormalement longs. Un utilisateur signalait ainsi dès 2022 que la première ouverture de VLC après le démarrage de Windows 11 pouvait prendre plus d’une minute, alors que les autres applications démarraient normalement.
Plus récemment, des utilisateurs de VLC 3.0.23 ont également observé un délai d’une dizaine de secondes lors du premier lancement, avant que les ouvertures suivantes ne redeviennent instantanées.
D’autres problèmes sont beaucoup plus spécifiques à Windows 11.
Par exemple, un bug affectant VLC 3.0.21 et 3.0.23 provoque un blocage lorsque l’utilisateur tente de modifier le type de fichier depuis la fenêtre « Ajouter un fichier » de la liste de lecture. Le problème a été reproduit sous Windows 11 25H2, alors que le même scénario fonctionne correctement sous Windows 10.
Ces éléments ne suffisent pas à démontrer qu’un seul bug Windows explique tous les ralentissements de VLC, mais ils montrent que certaines régressions sont bien liées à l’environnement Windows 11 plutôt qu’au lecteur multimédia seul.
Quelles sont les solutions ?
Tentez de regénérer le cache VLC peut résoudre les lenteurs d’ouverture du lecteur.
Pour cela :
- Accédez au dossier : C:\Program Files (x86)\VideoLAN\VLC
- Double-cliquez sur vlc-cache-gen.exe

- Puis relancez VLC pour vérifier si son ouverture est plus rapide
Windows 11 24H2 pose aussi des problèmes avec certaines configurations GPU
Un autre exemple particulièrement intéressant concerne les ordinateurs utilisant plusieurs cartes graphiques.
Un rapport publié dans le bug tracker de VLC décrit des pertes massives d’images sous Windows 11 24H2 lorsqu’un système utilise simultanément un GPU intégré AMD et une carte graphique NVIDIA dédiée.
Dans ce scénario, VLC peut tomber temporairement à environ 12 images par seconde lorsqu’il est affiché sur un écran connecté au GPU intégré.
Le problème :
- apparaît après le passage à Windows 11 24H2 ;
- ne se produisait pas sur la version précédente de Windows ;
- disparaît lorsque VLC est affiché sur un écran connecté directement au GPU dédié ;
- ne semble pas lié à une saturation du CPU, du GPU ou du stockage.
Le développeur à l’origine du rapport soupçonne une interaction complexe avec le compositeur graphique de Windows, notamment lorsque plusieurs GPU provenant de constructeurs différents sont utilisés.
Cela illustre bien la difficulté pour un logiciel comme VLC : le lecteur peut être correctement optimisé, mais dépend malgré tout d’une longue chaîne comprenant Windows, Direct3D, le compositeur graphique et les pilotes GPU.
VLC reste pourtant nettement plus léger que le nouveau Media Player de Microsoft
La critique est d’autant plus intéressante que les propres applications multimédias de Microsoft ne sont pas particulièrement exemplaires en matière de performances.
WindowsLatest avait précédemment comparé le nouveau Lecteur multimédia de Windows 11 avec VLC et l’ancien Lecteur Windows Media.
Dans ce test, VLC et l’ancien lecteur de Microsoft ouvraient une vidéo quasiment immédiatement, alors que le nouveau Media Player nécessitait plusieurs secondes.
La différence était également importante au niveau de la mémoire :
- nouveau Media Player : environ 377 Mo de RAM au repos ;
- ancien Lecteur Windows Media : environ 103 Mo.
Cette comparaison ne constitue évidemment pas un benchmark universel, mais elle montre que l’équation « application moderne = application plus rapide » est loin d’être automatique.
Microsoft a d’ailleurs reconnu travailler sur la consommation de mémoire et les performances de WinUI, son framework moderne destiné à devenir progressivement la base de nombreuses interfaces de Windows 11.
Microsoft veut justement rendre Windows 11 plus natif
Cette discussion arrive à un moment intéressant pour Windows.
Microsoft a récemment annoncé vouloir réduire l’usage de composants Web dans l’interface de Windows 11 au profit de technologies plus natives. L’objectif est notamment de réduire :
- la consommation de mémoire ;
- les temps de démarrage ;
- l’activité CPU ;
- les animations saccadées.
WinUI 3 doit jouer un rôle central dans cette transformation.
Microsoft prévoit notamment de moderniser progressivement plusieurs éléments historiques de Windows avec ce framework, mais l’entreprise travaille parallèlement à optimiser WinUI avant de généraliser son utilisation.
Le paradoxe est donc assez visible : Microsoft encourage les développeurs à créer des applications Windows modernes et natives, alors que certaines applications historiques comme VLC restent parfois plus rapides avec une architecture beaucoup plus ancienne.
Pourquoi VLC ne peut pas être comparé directement à une application Microsoft
Il faut également tenir compte d’une différence fondamentale.
Le nouveau Media Player de Microsoft est conçu spécifiquement pour Windows.
VLC, lui, est un projet multiplateforme qui doit fonctionner sur un très grand nombre de systèmes et d’architectures.
VideoLAN maintient VLC pour :
- Windows ;
- Linux ;
- macOS ;
- Android ;
- iOS ;
- différentes architectures ARM et x86 ;
- plusieurs générations de systèmes d’exploitation.
VLC 3 continue même de prendre en charge certaines anciennes versions de Windows, tandis que VLC 4 suit une autre trajectoire de compatibilité. Le projet VideoLAN travaille actuellement à faire cohabiter ces branches et à gérer leur mise à jour selon la version de Windows utilisée.
Cette compatibilité impose nécessairement davantage de couches d’abstraction et limite la possibilité d’utiliser exclusivement les toutes dernières API de Windows.
Microsoft, à l’inverse, contrôle à la fois le système d’exploitation, ses API, son framework graphique et ses propres applications.
Comparer uniquement les temps de lancement sans tenir compte de cette différence serait donc assez réducteur.
VLC garde aussi un avantage important : les codecs
VLC conserve également un avantage considérable sur le lecteur de Microsoft : sa compatibilité avec les formats multimédias.
Le logiciel peut lire une très grande variété de codecs sans demander l’installation de packs supplémentaires.
Le cas du HEVC/H.265 est particulièrement parlant.
Le nouveau Media Player de Windows peut nécessiter l’installation de l’extension HEVC disponible dans le Microsoft Store, alors que VLC prend directement en charge ce format.
Windows 11 24H2 a également supprimé de son installation standard le codec AC-3 (Dolby Digital). Les applications disposant de leurs propres décodeurs, comme VLC, continuent toutefois de lire ces contenus indépendamment des codecs fournis par Windows.
Cette indépendance vis-à-vis des codecs du système constitue depuis longtemps l’un des principaux atouts de VLC.
Un logiciel signé et rapide ne dépend pas uniquement de son propre code
Le débat met surtout en lumière un point souvent oublié lorsqu’on analyse les performances d’une application.
Lorsqu’un logiciel tourne sous Windows, son comportement dépend également :
- du planificateur CPU ;
- du système graphique ;
- des pilotes GPU ;
- des API Direct3D ;
- de la gestion de l’énergie ;
- de l’Explorateur de fichiers ;
- des boîtes de dialogue système ;
- des mécanismes de sécurité ;
- du compositeur de fenêtres.
Une régression dans l’une de ces couches peut donc rendre une application plus lente sans que son propre code ait changé.
Les problèmes observés avec VLC sous Windows 11 24H2 sur les configurations multi-GPU constituent un bon exemple : le même logiciel fonctionne normalement sur certaines configurations et devient saccadé lorsqu’il utilise une combinaison particulière de GPU et de sorties vidéo.
Cela ne signifie pas que VLC n’a jamais de problèmes
Il serait néanmoins excessif d’attribuer toutes les difficultés de VLC à Windows 11.
Le bug tracker du projet contient également des problèmes qui proviennent clairement de VLC ou de ses interactions avec certains pilotes.
VLC 3.0.22, par exemple, a rencontré des écrans noirs et des plantages avec certaines fonctions NVIDIA RTX Video HDR et RTX Video Super Resolution après une mise à jour des pilotes NVIDIA.
Des ralentissements ont aussi été rapportés lors de la lecture de certains contenus HEVC 12 bits ou AV1 très haute définition.
La réalité est donc plus nuancée : les performances d’un lecteur multimédia moderne dépendent à la fois du logiciel, de Windows et des pilotes graphiques.
VLC 4 doit moderniser profondément le lecteur
VideoLAN travaille parallèlement sur VLC 4.0, qui doit constituer la plus importante évolution du lecteur depuis de nombreuses années.
Jean-Baptiste Kempf décrit cette version comme la plus grosse refonte de VLC depuis environ vingt ans. Elle doit notamment proposer :
- une nouvelle interface ;
- de nouvelles capacités HDR ;
- une lecture sans interruption entre les morceaux ;
- de nouvelles fonctions audio et vidéo ;
- des améliorations importantes du moteur multimédia.
Le défi sera donc de moderniser fortement l’interface tout en conservant l’une des caractéristiques qui ont fait le succès de VLC : sa légèreté.
C’est précisément le problème auquel Microsoft est également confronté avec Windows 11. Moderniser l’interface sans augmenter la consommation de RAM ou dégrader la réactivité s’avère beaucoup plus complexe qu’un simple changement esthétique.
Microsoft et VideoLAN ont finalement le même problème
Derrière les critiques, Microsoft et VideoLAN travaillent en réalité sur un problème très similaire.
Microsoft tente de remplacer progressivement plusieurs composants historiques de Windows par une interface plus moderne basée sur WinUI, tout en réduisant la consommation de ressources.
VideoLAN prépare de son côté VLC 4.0, avec une refonte complète de l’interface sans vouloir sacrifier les performances et la compatibilité.
Dans les deux cas, les développeurs doivent composer avec plusieurs décennies d’héritage logiciel.
La différence est que Microsoft contrôle Windows de bout en bout, alors que VLC doit s’adapter aux décisions prises par Microsoft, Apple, Google, les fabricants de GPU et de nombreux autres acteurs.
Conclusion
Les critiques de VideoLAN envers Windows 11 rappellent qu’il est parfois trop simple d’accuser une application lorsqu’elle devient subitement plus lente après une mise à jour du système.
Plusieurs rapports montrent que VLC rencontre effectivement des problèmes spécifiques à Windows 11, notamment des lancements anormalement longs, des dysfonctionnements liés aux boîtes de dialogue système et des saccades sur certaines configurations multi-GPU apparues avec Windows 11 24H2.
Cela ne signifie pas pour autant que VLC est exempt de bugs. Mais le logiciel reste généralement très léger face à certaines applications modernes de Windows, tout en offrant une compatibilité multimédia nettement plus large.
Cette controverse illustre finalement un problème plus général de Windows 11 : Microsoft cherche encore le bon équilibre entre modernisation, performances et compatibilité. Et lorsqu’un logiciel multiplateforme comme VLC doit s’adapter à ces changements, les régressions peuvent rapidement devenir visibles pour des millions d’utilisateurs.
- https://www.windowslatest.com/2026/08/14/vlc-blames-windows-11-bug-for-slow-performance-defends-open-source-and-calls-out-microsoft/
- https://code.videolan.org/videolan/vlc/-/issues/29478
- https://code.videolan.org/videolan/vlc/-/issues/29591
- https://code.videolan.org/videolan/vlc/-/issues/26703
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