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Utiq - Le pistage pub de votre opérateur et comment l'éviter

Si vous avez cliqué un peu vite sur "J'accepte" ces derniers jours, vous avez peut-être activé Utiq sans le savoir. Si ça ne vous dit rien, c'est normal puisque c'est le nouvel identifiant publicitaire monté comme des grands par les opérateurs télécoms européens, dont Orange, Deutsche Telekom, Vodafone et Telefónica, et qui vous piste via votre connexion à Internet.

Plutôt qu'un cookie planqué dans votre navigateur, Utiq s'appuie tout simplement sur votre box ou votre forfait mobile avec un identifiant attribué à votre ligne fixe (fibre ou ADSL) ou mobile.

Par exemple, comme on peut le lire sur AuFeminin :

Et c'est là que ça pique fort car comme l'identifiant vient de la connexion et pas du navigateur, il se moque éperdument des protections habituelles. Vous videz le cache ? Il s'en balek ! Navigation privée ? Pareil. Vous changez de navigateur ou d'appareil ? Tant que c'est la même connexion, vous restez la même personne aux yeux des annonceurs.

Pour finir le travail, Utiq demande même aux sites un petit sous-domaine maison, du genre utiq.lamarque.fr, qui pointe vers ses propres serveurs. Cette technique de CNAME cloaking fait ainsi passer le mouchard pour le site lui-même, et hop, il passe alors sous le radar d'une bonne partie des bloqueurs de traceurs, votre uBlock compris !

Bon, après ce n'est pas non plus Big Brother (et non, votre smartphone ne vous écoute pas ) puisque l'activation passe obligatoirement par votre consentement, et un opérateur qui ferait n'importe quoi avec vos données de connexion risquerait très gros au regard de la directive ePrivacy.

Le vrai souci, que Next a bien pointé d'ailleurs, c'est que l'identifiant de base que livre l'opérateur, le fameux "Network Signal", est une boîte noire totale. À en croire Next, même la CNIL n'en connaît pas le contenu exact. Difficile donc de parler de "consentement éclairé" quand personne ne sait vraiment ce qu'on accepte...

Ce bidule intrusif a déjà une ampleur folle, avec 36 opérateurs partenaires, plus de 330 éditeurs et 75 millions d'identifiants créés, dont 40 millions rien qu'en France ! Renault a même été l'un des premiers annonceurs à dégainer cette techno.

Et le plus fou, c'est que c'est vendu comme l'alternative "éthique et européenne" aux GAFAM. En gros, vous troquez Google contre votre opérateur, ce qui en fonction de l'opérateur n'est pas très rassurant ^^.

Heureusement, sortir du game prend à peine 30 secondes. Foncez sur consenthub.utiq.com , et vous pourrez bloquer Utiq pour un an d'un coup. C'est aussi là que vous verrez si vous êtes déjà enrôlé. Après sur les sites web qui l'ont implémenté, cliquez sur Rejeter, ou refusez Utiq dans les détails des réglages du site.

Et si vous voulez la ceinture et les bretelles, un VPN changera l'adresse IP sur laquelle repose le système et brouillera sérieusement les pistes. D'ailleurs, je le rappelle, ici, vous ne croiserez ni Utiq, ni cookie publicitaire, ni tracker mais juste de gros liens vers mon Patreon pour le soutien ^^.

Voilà, donc rien d'apocalyptique sous le soleil mais quand même 2 ou 3 trucs à savoir pour ne pas se faire berner...

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Apocalypse Early Warning - Quand les riches fuiront

Le pari de Kyle McDonald, le site dont je vais vous parler aujourd'hui c'est que si une catastrophe se prépare, les milliardaires le sauront avant nous et fileront en jet privé. C'est pour ça que cet artiste-programmeur de Los Angeles a construit l' Apocalypse Early Warning System , un site qui surveille en temps réel l'activité des jets privés pour repérer le moment où les riches se barrent.

Son truc écoute un réseau de récepteurs radio répartis sur toute la planète, qui captent les signaux ADS-B des avions, à savoir leur position, leur altitude, leur direction et leur identifiant. McDonald filtre alors tout ça pour ne garder que les jets privés et d'affaires, soit plus de 35 000 appareils sur la carte, puis compare le nombre en vol à un instant donné avec ce qu'on devrait attendre normalement en cas de panique.

Et ce "normalement", ce sont des années de données historiques, avec les habitudes de chacun selon l'heure, le jour et les vacances genre Thanksgiving ou Noël. Et quand l'activité grimpe au-dessus de tout ce qu'on a vu sur un an, hop, le niveau d'alerte passe à 5 sur 5, soit bien plus de décollages que d'habitude.

Par contre, ce n'est pas sur du pistage individuel à la ElonJet, avion par avion, mais sur le compteur global de toute cette flottille privée. Difficile donc de dire si tel ou tel milliardaire précis a décollé, mais ça offre une tendance générale.

L'idée lui est venue après une menace de Trump sur l'Iran, du genre "une civilisation entière" pourrait disparaître. McDonald s'est alors demandé qui serait prévenu en premier, même si en réalité, l'activité des jets de milliardaires ne prédit pas vraiment l'apocalypse, et un pic n'annonce pas forcément une catastrophe.

Et le mec est productif puisque durant les manifestations George Floyd à Los Angeles, il a aidé à pister les hélicos de la police via le trafic aérien, et a découvert que le LAPD masquait l'identité de certains appareils. Puis il a aussi sorti ICESpy et FuckLAPD, deux projets de reconnaissance faciale pour identifier des agents des forces de l'ordre. Ça lui a même valu des menaces de mort.

Tout ça, vous l'aurez deviné, repose sur de l'OSINT, c'est à dire l'art d'exploiter des données déjà publiques que personne ne prend la peine de vraiment croiser, dans la lignée de ShadowBroker que je vous ai présenté y'a pas longtemps.

Son tracker de jets, lui, est gratuit sur le web et avec des alertes Telegram, ou si vous voulez recevoir un SMS, c'est 5 dollars par an. N'allez pas croire que ça n'intéresse personne puisque près de 2 500 personnes ont déjà payé. C'est fou !

Bref, on est un peu entre la blague et le malaise et on peut voir tout ça en direct sur son site .

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FROST - Quand un site web peut vous tracker grâce à votre SSD

FROST, c'est le nom d'une nouvelle attaque qui transforme votre SSD en mouchard. Des chercheurs de l'université de Graz, avec Daniel Gruss au générique (un des cerveaux derrière Spectre et Meltdown), ont montré qu'un simple site web peut deviner quels autres sites et applis vous avez ouverts et cela juste en mesurant les micro-ralentissements de votre disque. Oui, je sais c'est geudin !

Le principe ?

Quand vous ouvrez la page piégée, elle crée discrètement un gros fichier sur votre disque via une API du navigateur baptisée OPFS ( Origin Private File System ), présente aujourd'hui dans tous les navigateurs modernes. C'est ce fichier qui sert de sonde.

Le JavaScript passe son temps à lire dedans et chronomètre chaque lecture au poil de cul et dès qu'une autre appli ou un autre onglet sollicite le SSD, ça crée un embouteillage minuscule sur le disque... que le code peut repérer sous forme de ralentissement.

Sauf que des variations de timing, ça reste du bruit illisible pour un humain. Du coup les chercheurs ont balancé toutes ces mesures dans un réseau de neurones (un CNN, le même genre de bidule qui reconnaît des choses sur des photos).

Entraîné sur des tonnes de traces, le modèle apprend alors la signature de chaque appli et de chaque site web et voilà comment à partir de ça, il devine ce que vous avez ouvert !

Sur un Mac, dans les tests présentés cette semaine, le truc retrouve le bon site parmi un top 50 dans près de 9 cas sur 10, et grimpe à plus de 95% pour reconnaître les applications ouvertes. Le tout sans la moindre action de votre part, à part avoir cliqué sur le lien. C'est totalement invisible.

Mais avant de débrancher votre PC, renvoyer votre box internet et vous lancer à temps complet dans la culture de chanvre, faut relativiser, car cette attaque a plusieurs limites... Le hic numéro un, c'est que le fichier-sonde doit être énorme, genre 1 Go ou plus, et un site qui se met à bouffer autant de place sur votre disque, ça se remarque vite. Le hic numéro deux, c'est que ce fichier doit être sur le même SSD que le navigateur sinon l'attaque est aveugle.

Les chercheurs ont fait tourner l'attaque complète sur un Mac M2, et démontré que la brique de base fonctionne aussi sous Linux (sans dérouler la classification complète), mais n'ont pas testé Windows. Et surtout, personne n'a encore vu FROST exploité dans la nature.

Perso, je trouve que cette attaque est trop bancale / incertaine pour faire du tracking de masse, en tout cas aujourd'hui...

Pensez donc à fermer les onglets dont vous ne vous servez plus comme ça, y'a moins d'activité à mesurer et pour les plus paranoïaques, vous pouvez toujours vous mettre à surveiller les fichiers OPFS créés par des sites web inconnus. Après comme tout repose sur du JavaScript, bloquer le JS sur les sites pas nets (avec un NoScript ou équivalent) ça coupe aussi l'attaque à la racine.

Les chercheurs proposent aussi aux éditeurs de navigateurs de plafonner la taille de ces fichiers OPFS. Ce serait dans la lignée de ce que fait par exemple Firefox avec le pistage, qui a récemment musclé son anti-fingerprinting .

Bref, pas de panique, personne ne fouille votre SSD en douce mais la technique reste intéressante. Les détails techniques complets sont dans le papier de recherche , qui sera présenté à la conférence DIMVA en juillet. Bonne lecture !

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Quand les Motorola prennent une commission sur vos achats Amazon

J'sais pas si vous avez vu, mais sur les Motorola Razr 2026, l'app maison Smart Feed intercepte le lancement de l'application Amazon pour y glisser en soumsoum un petit code d'affiliation. Comme ça, à chaque fois que vous tapez sur l'icône Amazon, votre clic se met à rapporter une commission à un compte tiers. Vous ne payez pas un centime de plus rassurez-vous, c'est le principe de l'affiliation, mais il me semble que c'est pas très réglo de ne pas le dire. En plus je pense que ça va à l'encontre des CGU d'Amazon... Breeeef, y'a rien qui va dans cette histoire.

Le truc se déclenche donc uniquement quand vous ouvrez Amazon le menu des applications, et pas depuis un raccourci sur l'écran d'accueil. A ce moment là, pendant une fraction de seconde, Chrome clignote à l'écran, et votre téléphone passe par un site nommé kira-abboud.com, pour ensuite utiliser un lien qui repart vers l'app Amazon avec le code d'affiliation sramz-kff-008-20 comme si de rien n'était. Comme ça Amazon, pense que vous arrivez de ce lien affilié.

C'est tellement rapide que la plupart des gens ne verront jamais rien....

Sauf que kira-abboud.com renvoie vers une influenceuse mode, @kirasfashionfinds présente sur Instagram, et qui n'a aucun lien apparent avec Motorola. Pire, le code d'affiliation collé à votre session ne correspond même pas à ceux qu'elle a déjà publiés. Et voilà comment on se retrouve avec un téléphone vendu par une grosse marque qui détourne vos clics vers un compte tiers, sans la moindre explication.

Côté technique, les logs réseau pointent vers devicenative.com. C'est une régie qui place de la pub sur les smartphones via un SDK intégré aux launchers Android, avec une intégration Motorola documentée. En clair, le mécanisme qui pourrit votre app Amazon pointe vers un kit publicitaire préinstallé d'usine.

Reste à savoir maintenant si c'est un choix assumé de Motorola ou un SDK pub qui part en vrille, voire un hack... et pour l'instant, personne ne le sait.

Ce qui est sûr, c'est que le coupable porte un nom et un numéro de version. Sur la version 2.03.0056 de Smart Feed, aucun détournement alors que sur la 2.03.0070, le hijack apparaît. Et bizarrement, installer manuellement cette même version mise à jour ne reproduit pas le comportement. Autrement dit, y'a quelque chose qui s'active côté serveur ou côté usine, et pas juste dans le code de l'app. C'est vraiment super bizarre...

Les Razr 2026 et Razr Fold sont touchés, tout comme le Razr 60 Ultra de 2025 à l'origine du signalement. Le Moto G Stylus 2026 testé en parallèle, lui, ne l'est pas.

Après la bonne nouvelle, c'est que la parade est facile à faire ! Direction Paramètres, Applications, vous cherchez Smart Feed, et vous le désactivez. D'après les tests que j'ai pu lire, ça n'a pas d'impact visible sur le reste du téléphone donc mieux vaut désactiver cette merde parce que c'est réversible en deux clics et bien moins casse-gueule que de virer l'app via adb.

Perso, qu'un téléphone vendu par une marque sérieuse détourne nos clics vers un compte tiers via un domaine bidon, ça me rend fou et même si à l'échelle d'un clic, la commission c'est trois fois rien, étalé sur tout un parc d'appareils, ça finit par peser lourd niveau oseille pour celui qui encaisse.

Ce problème dépasse le cadre "Motorola" d'ailleurs puisque less apps préinstallées qu'on ne peut pas virer (les fameux bloatware) sont devenues un canal de monétisation à part entière et comme personne ne vérifie jamais ce que ces trucs font tourner en arrière-plan, c'est la fête du slip ! C'est exactement le même genre de paranoïa raisonnable que quand on se demande si votre téléphone vous écoute sauf qu'ici, pas besoin de théorie, puisque ce détournement est parfaitement visible.

Pour l'instant, Motorola a été contacté mais n'a pas réagi et le code d'affiliation continue de tourner sur les appareils concernés tant que Smart Feed reste actif. J'imagine quand même qu'Amazon va s'occuper de le désactiver en attendant d'en savoir plus.

Bref, bon courage si vous avez un Motorola récent !

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Fauxx - Pour noyer les trackers sous du faux trafic

Fauxx part d'une idée toute simple et un peu vicieuse qui est que plutôt que de cacher ce que vous faites en ligne avec votre smartphone Android, pourquoi ne pas générer en permanence des tas de fausses recherches, des faux trajets GPS et des fausses identités ? Cela permet ainsi de noyer vos vraies données dans un tas d'autres...

En tout cas, c'est l'objectif du dev qui veut, je cite, rendre votre signal réel « statistiquement indiscernable du bruit ». Comme ça pendant que votre téléphone vit sa meilleure vie dans votre poche, l'app Fauxx tape des requêtes bidon sur Google, Bing, DuckDuckGo et Yahoo, visite des sites au hasard dans des dizaines de catégories, clique sur quelques pubs, balade un faux GPS et change d'empreinte de navigateur. Oui, je vous raconte pas la gueule de la batterie après... En tout cas, c'est gratuit, open source, et sous licence AGPL

Le moteur qu'utilise Fauxx s'appelle le Demographic Distancing Engine, et il empile 4 couches de faux : du bruit pur, un profil démographique que vous pouvez bricoler vous-même, du scraping de profils publicitaires que Google et Facebook se font déjà de vous, et une nouvelle persona synthétique générée chaque semaine.

Et le timing de tout ça suit une loi de Poisson pour imiter une navigation humaine plausible plutôt qu'un bot qui montre sa tête pile toutes les dix minutes. L'outil jongle quand même avec plus de 250 empreintes de navigateur et arrose des milliers de sites classés par catégorie.

Ces techniques d'offuscation, ça me rappelle un peu TrackMeNot , une extension qui balançait de fausses requêtes dans votre moteur de recherche et dont je vous avais parlé. Et 8 ans plus tard, AdNauseam évidemment qui poussait le délire en cliquant automatiquement sur toutes les pubs pour pourrir les profils publicitaires.

Hé bien Fauxx, c'est la version 2026 de cette petite guérilla, en mode appli mobile Android.

Après faut pas être débile non plus, noyer les trackers sous du faux ne les tue pas. Google l'a d'ailleurs dit noir sur blanc, ils détectent et filtrent la grande majorité de cette fausse activité. AdNauseam et ses quelques dizaines de milliers d'utilisateurs, face à un marché de la donnée qui pèse plus de 300 milliards de dollars, c'est une goutte d'eau en fait...

Et puis Fauxx coupe lui-même sa protection avant d'atteindre le plafond imposé par Android 15, qui limite les services en arrière-plan à six heures cumulées par tranche de 24h. Vous avez alors une notif qui vous demande de relancer l'appli à la main. C'est moche, mais c'est une contrainte du système, et pas un bug de l'appli !

Après comme je vous le disais plus haut, du faux trafic en continu, ça bouffe de la batterie et de la donnée mobile. Faut voir Fauxx un peu comme du sable jeté dans les rouages de la machine à pomper vos données... C'est une forme de geste politique... C'est pas incroyable mais c'est mieux que de rester les bras croisés.

Après, le mieux, c'est encore de le combiner avec les vraies mesures comme faire virer vos infos des data brokers et bien sûr, garder en tête que vos données sont déjà en vente quelque part.

Voilà, Fauxx ne vous rendra pas invisible mais entre subir le pistage en silence et foutre un peu le bordel dans la machine... le choix est vite vu. C'est gratuit, l'appli est sur F-Droid et le code est sur GitHub .

ShadowBroker - Une salle de crise OSINT mondiale chez vous

Les avions en vol, les cargos, les satellites espions, les zones de brouillage GPS... Imaginez tout ce bordel, à l'échelle de la planète, visible sur une seule carte sombre directement chez vous. Ce serait fou non ? Hé bien c'est ce que nous propose BigBodyCobain qui a sorti ShadowBroker , un tableau de bord OSINT gratuit et open source qui agrège plus de 60 flux de renseignement public, rafraîchis en continu.

Pour l'installer, un git clone, et on entre dans le dossier. Suffit ensuite de lancer un docker compose up (faut juste Docker, et ça tourne sous Linux, Mac ou Windows), vous ouvrez localhost:3000 et la carte se remplit toute seule ! Ça marche même sur un Raspberry Pi 5. C'est donc largement plus simple que la moitié des trucs que je vous présente ici en général.

Y'a qu'une seule clé API qui est vraiment obligatoire, c'est celle d'aisstream.io pour le trafic des bateaux, et c'est une inscription gratuite. Le reste tourne sans rien, sauf qu'une clé OpenSky (gratuite aussi) est chaudement recommandée pour une couverture aérienne correcte, + quelques couches secondaires qui acceptent leur propre clé pour avoir de la meilleure info.

L'interface principale de ShadowBroker : une carte du globe qui empile en temps réel avions, navires et satellites, chat MESH à gauche et fil Global Threat Intercept à droite

Pour ceux qui débarquent, l'OSINT c'est le renseignement à partir de sources ouvertes, c'est à dire toutes ces données déjà publiques que personne ne prend le temps d'aller croiser. Donc cet agrégateur ne pirate rien... il ramasse juste ce qui traîne déjà en accès libre.

Et là, vous vous demandez ce qu'il y a dedans en détails ?

Hé bien accrochez-vous parce qu'on y retrouve les avions civils via OpenSky, les militaires via adsb.lol, l'ADS-B étant le signal que tout avion crache en vol, avec Air Force One bien visible dès le décollage. Et les bateaux sont suivis en AIS, l'équivalent radio côté maritime.

Y'a aussi les satellites dont la trajectoire est calculée depuis leurs paramètres orbitaux, les séismes de l'USGS, les feux repérés par la NASA, les conflits agrégés depuis GDELT, la ligne de front ukrainienne via DeepState et même un tracker pour suivre les porte-avions américains (c'est une position estimée à partir de l'actu publique, et pas du temps réel).

Du coup ça va loin ! Les zones de brouillage GPS probable sont même déduites quand le signal de navigation des avions se dégrade et on y retrouve aussi plus de 11 000 caméras de circulation aussi, de Londres à Singapour en passant par les États-Unis et l'Espagne.

Le panneau Data Layers (séismes, satellites, brouillage GPS, lignes de front) ouvert sur une zone de conflit, avec le détail des reports terrain

Il y a même un tuner d'ondes courtes intégré, branché sur des centaines de récepteurs radio partagés par des amateurs (les SDR, des radios pilotées par logiciel). Et les scanners de la police américaine sont aussi en écoute directe.

Et en faisant un clic droit n'importe où sur le globe, ce radar mondial vous sortira un dossier du pays, avec le type de gouvernement, le chef d'État tiré de Wikidata, un résumé Wikipédia et la dernière image satellite Sentinel-2 disponible.

Côté bidouille, vous pouvez aussi brancher votre propre dongle RTL-SDR, une clé radio à pas cher, en plus du flux distant pour choper les bateaux à portée de votre antenne. Et avec une clé Shodan, un overlay optionnel ajoute les objets connectés visibles depuis Internet, tels que les caméras, les systèmes industriels, les bases de données et j'en passe.

Ça rejoint ce bon vieux moteur de recherche d'objets connectés dont je vous parlais il y a quelques années. Et si l'OSINT vous gratte vraiment, y'a aussi de quoi vous entraîner sérieusement avec ce site aussi.

La légende de cet outil veut que l'idée soit partie d'une envie de pister les déplacements d'Elon Musk avec une interface cyberpunk. Le nom, lui, vient du Shadow Broker de Mass Effect (rien à voir avec le groupe de hacker Shadow Brokers ). D'après le créateur, GitHub aurait même fait retirer le dépôt d'origine à cause de ce nom, d'où un petit détour par GitLab avant de revenir à Github.

Bref, ce truc agrège une quantité hallucinante de données publiques mondiales...

Après, au niveau du code, tout n'est pas non plus très clair car même si l'OSINT c'est légal, le code du scrapeur d'une carte de guerre contourne volontairement la protection Cloudflare Turnstile, ce qui pose une vraie question légale côté CFAA, la loi américaine contre l'intrusion informatique. C'est une zone grise...

Et y'a aussi des failles puisque plusieurs endpoints ne sont pas authentifiés, dont un qui laisse n'importe qui envoyer des messages APRS (le réseau de positionnement des radioamateurs) sous n'importe quel indicatif, ce qui est une infraction pure et simple aux règles radio.

Quant à la messagerie soi-disant chiffrée ne l'est pas de bout en bout, mais juste obfusquée donc ne faites rien transiter de sensible dessus.

Voilà si je vous dis tout ça, c'est pour que vous gardiez cet outil bien au chaud en local et que vous ne l'exposiez pas sur le net.

Zoom sur la côte de Floride : chaque marqueur est un avion suivi en direct via l'ADS-B, façon radar ( Source : GIGAZINE )

Mais bon, ça fait une belle salle de crise gratuite, open source sous licence AGPL, installable par exemple sur un Raspberry Pi. Grâce à ça, le monde n'a jamais été aussi "lisible" depuis votre canapé !

Un grand merci François pour le lien !

Veilid - Tor pour les apps signé Cult of the Dead Cow

Cult of the Dead Cow , un des plus vieux collectifs hacktivistes encore en activité, ne se contente pas que de balancer des manifestes politiques depuis 1984. Ils codent. Et leur dernier bébé en date s'appelle Veilid , et c'est un framework P2P qui veut faire à vos apps ce que Tor a fait à votre navigateur.

Histoire de vous expliquer, vous prenez Veilid, vous l'intégrez dans votre app mobile ou web, et d'un coup tout votre trafic passe par un réseau pair-à-pair (P2P) chiffré de bout en bout. Cela veut dire qu'il n'y a pas de serveur central qui stocke vos messages.

Concernant votre IP, celle-ci n'apparaît alors plus au niveau applicatif (le routage privé l'obfusque entre pairs), et chaque nœud est identifié par une clé publique Ed25519 256-bit. Donc autant dire un truc carrément impossible à brute-force.

Le projet a été annoncé à DEF CON 31 en août 2023 par Christien "DilDog" Rioux et Katelyn "Medus4" Bowden, 2 membres historiques de cDc, et près de trois ans plus tard, ça continue d'évoluer toujours à un rythme régulier.

L'idée technique vous la connaissez si vous avez déjà touché à du décentralisé : Une table de hachage distribuée (DHT, en fait un annuaire éclaté entre tous les nœuds du réseau) gère le routage, chaque nœud relaie du trafic chiffré qu'il ne peut pas lire, et les pairs s'échangent des données sans jamais révéler leur IP.

Perso, c'est l'approche qui me semble vachement plus saine pour faire du social sans Mark Zuckerberg dans la boucle. C'est dans le même esprit que Tor et qu' IPFS , sauf que Veilid est pensé dès le départ pour les développeurs d'applications. Donc c'est pas fait pour anonymiser de la navigation web ou stocker des fichiers. C'est un Tor des applications si vous préférez...

Le framework est codé en Rust avec des bindings Flutter et Dart pour le mobile ainsi qu'une cible WebAssembly pour le navigateur. Vous pouvez donc carrément déployer une app Veilid sur Linux, macOS, Windows, Android, iOS, et même directement dans Chrome ou Firefox via WASM.

Le code, lui, est découpé en plusieurs composants : veilid-core pour le moteur, veilid-tools pour les utilitaires, veilid-flutter pour le mobile, veilid-wasm pour le navigateur et veilid-server qu'on installe sur un VPS Debian ou Fedora pour faire tourner un nœud public. Voilà, et le tout est sous licence Mozilla Public License 2.0, donc copyleft mais compatible si vous y ajoutez du code propriétaire par dessus.

L'app phare qui tourne déjà sur ce framework, c'est VeilidChat , une messagerie type Signal mais sans aucun serveur, sans numéro de téléphone et sans annuaire centralisé. Vous échangez votre clé publique avec un pote, et hop, c'est parti.

Si ça vous dit d'y jeter un oeil, sachez que le code de Veilid n'est pas sur GitHub mais sur GitLab . Après c'est encore assez nouveau, ce qui veut dire que ça bouge beaucoup de release en release. Donc si vous voulez coder votre prochaine app par dessus ce framework, va falloir vous accrocher car ça cassera souvent.

Mais si vous codez du décentralisé et que vous en avez franchement marre de bricoler libp2p à coup de colle forte Python, Veilid mérite un sérieux coup d'œil. Et même si vous codez pas, gardez l'œil sur VeilidChat car le jour où une appli grand public sortira là-dessus, ça va vraiment envoyer du lourd.

Beaucoup plus que Signal ou Telegram, je pense !

Mullvad - Votre clé WireGuard vous trahit malgré le VPN

Je me sors 5 min de mon weekend en amoureux les amis, pour avertir ceux parmi vous qui sont des utilisateurs de Mullvad, peu importe que vous soyez sur macOS, Windows ou un Linux Ubuntu/Debian... Si vous jonglez entre les serveurs en pensant brouiller votre piste, j'ai une mauvaise nouvelle pour vous.

Tmctmt vient de publier une analyse qui montre que vos IPs de sortie sont beaucoup moins aléatoires qu'on ne l'imagine. En fait, votre clé WireGuard agit comme une empreinte qui survit aux changements de pays.

Le mécanisme est un peu tordu, mais vous allez vite capter. En fait votre IP de sortie n'est pas tirée au hasard à chaque connexion, mais est calculée de façon déterministe à partir de votre clé WireGuard. Ou plutôt, à partir d'un float dérivé de cette clé, qui sert ensuite à vous positionner dans les plages d'IPs de Mullvad. Cette clé change tous les 1 à 30 jours, sauf si vous utilisez un client tiers (genre le driver WireGuard intégré au kernel Linux), et dans ce cas là, y'a pas de rotation.

Le chercheur a testé 3650 clés publiques, et il n'a obtenu que 284 combinaisons d'IPs distinctes alors que théoriquement, ça devrait donner des milliards. Bref, c'est moins varié qu'une plaque d'immat de votre département.

Imaginez maintenant un modérateur de forum qui voit débarquer un nouveau compte le lendemain d'un ban. Il croise les IPs Mullvad des deux comptes et tombe sur des plages flottantes qui se chevauchent, genre 0.4334 à 0.4428 d'un côté, 0.4358 à 0.4423 de l'autre. Hé bien ça veut dire qu'il y a plus de 99% de chances que ce soit la même personne. Et cela même si les deux IPs viennent de pays différents... argh !

Mais bonne nouvelle, pour fixer ce bug, c'est l'affaire de 5 secondes. Il suffit d'éviter de jongler entre 12 serveurs avec la même clé et voilà ! Et n'oubliez pas non plus de vous déconnecter de l'app Mullvad de temps en temps pour forcer la rotation de votre pubkey. Enfin, si vous êtes du genre puriste à utiliser WireGuard en direct via le client kernel, là c'est à vous de re-générer la clé manuellement, sinon vous gardez la même empreinte ad vitam.

Voili voilou...

Mullvad reste quand même un des rares VPN à avoir prouvé en justice, après le raid de la police suédoise en avril 2023, qu'il n'avait aucun log à fournir. Mais ce genre de problème mérite, je trouve, un petit patch côté Mullvad. Un petit seed aléatoire à chaque renouvellement de clé suffirait par exemple...

Et si le sujet VPN vous intéresse plus globalement, j'avais fait un guide complet qui peut compléter.

Source : tmctmt.com

Saracroche - L'app qui bloque le démarchage téléphonique

J'sais pas vous, mais en ce moment, moi ça n'arrête pas ! De quoi je parle ? Hé bien des putains d'appels commerciaux / arnaques que je reçois sur mon téléphone. C'est simple, je ne décroche plus aucun numéro que je ne connais pas.

Je crois qu'on peut tous dire collectivement qu'on en peut plus. Et c'est aussi le cas de Camille Bouvat, un développeur toulousain qui en a eu tellement marre qu'il a pondu Saracroche , une app gratuite et open source qui bloque environ 90% du démarchage téléphonique. Y'a déjà 1 million de Français qui l'ont adoptée donc y'a des chances que vous connaissiez déjà, mais dans le doute, je repartage ! Je sais, on est à quelques mois de l'arrivée de la loi anti-démarchage qui devrait normalement nous sauver même si j'y crois moyen... Ça va peut-être empêcher des sociétés françaises qui ont pignon sur rue de nous casser les couilles mais pour les arnaqueurs de tout poil, je ne suis pas sûr que cette loi suffise.

Alors comment ça marche Saracroche ? Hé bien vous installez l'app sur iOS (App Store) ou Android (Google Play, et un build F-Droid annoncé), vous activez les permissions de blocage d'appels, et hop, l'app fait correspondre chaque appel entrant grâce à une base locale de plus de 15 millions de numéros préchargés. Hé oui c'est 100% en local !

La base s'appuie sur les préfixes ARCEP (l'autorité des télécoms qu'on ne présente plus) réservés au démarchage téléphonique (les fameux 01 62, 04 24 et compagnie) ce qui permet de bloquer ces préfixes en bloc. Ça permet de se couper mécaniquement d'une grosse partie du démarchage légal en un seul coup

Et pour les arnaques qui usurpent des numéros mobiles ou ordinaires (faux colis, fausses banques, ping calls surtaxés), Saracroche complète ça avec les signalements communautaires, que vous pouvez nourrir vous-même depuis l'app.

Après j'sais pas si vous savez, mais à partir du 11 août prochain, le démarchage téléphonique sans consentement préalable sera légalement interdit en France, et Bloctel va prendre sa retraite. Mais ce ne sera pas suffisant...

J'avais déjà parlé de WinCalls y'a quelques mois ici mais c'était uniquement pour Android alors que Saracroche, pousse l'idée aussi jusqu'à iOS. Par contre, ça ne bloque que les appels entrants, et pas les arnaques par SMS ni par mail. Mais pour le démarchage classique, c'est probablement ce qu'il y a de plus efficace sur le marché français aujourd'hui.

Après côté business model, c'est comme d'hab en France... Camille Bouvat confiait à France Info que seulement 0,5% de ses utilisateurs sont donateurs. Donc sur 1 million de personnes ça fait peut-être 5 000 mecs qui mettent la main au portefeuille, soit à peine de quoi en vivre pour Camille ! Nous sommes vraiment un pays de crevards ^^ .

Bref, n'oubliez pas, si vous trouvez l'app utile, c'est le moment de cliquer sur le bouton "Soutenir" !!

Comment activer l'adblock natif de Firefox 149 ?

Vincent en avait parlé il y a peu : Firefox 149 embarque maintenant discrètement adblock-rust , le moteur Adblock de Brave, désactivé par défaut et contrôlé uniquement par deux prefs dans about:config.

A l'origine, je vous avais parlé d'une extension mais après analyse plus approfondie, celle-ci n'est pas vraiment nécessaire. Y'a juste deux valeurs à coller dans about:config et le moteur tourne. Merci donc à François qui m'a indiqué cette méthode directe.

Étape 1 : Activer le moteur

Dans la barre d'adresse, tapez about:config et acceptez l'avertissement. Cherchez la préférence suivante :

privacy.trackingprotection.content.protection.enabled

Passez-la à true. Si elle n'existe pas encore dans votre profil, créez-la : clic droit quelque part dans la liste → Nouveau → Booléen.

Étape 2 : Charger vos listes de filtres

Cherchez ensuite cette seconde préférence :

privacy.trackingprotection.content.protection.test_list_urls

Collez-y la valeur suivante, toutes les URLs séparées par des pipes :

https://easylist.to/easylist/easylist.txt|https://easylist.to/easylist/easyprivacy.txt|https://secure.fanboy.co.nz/fanboy-cookiemonster.txt|https://raw.githubusercontent.com/uBlockOrigin/uAssets/refs/heads/master/filters/annoyances-others.txt|https://raw.githubusercontent.com/AdguardTeam/FiltersRegistry/master/filters/filter_2_Base/filter.txt|https://raw.githubusercontent.com/uBlockOrigin/uAssets/refs/heads/master/filters/filters.txt|https://raw.githubusercontent.com/AdguardTeam/FiltersRegistry/master/filters/filter_3_Spyware/filter.txt|https://pgl.yoyo.org/adservers/serverlist.php?hostformat=adblockplus&showintro=1&mimetype=plaintext

Ça couvre 8 listes : EasyList, EasyPrivacy, Fanboy Cookie Monster, uBO Annoyances (les 4 de base), plus uBO Filters, AdGuard Base, AdGuard Tracking et Peter Lowe. Si vous voulez un profil plus léger, vous pouvez supprimer des URLs avant de coller.

Petite note : le préfixe test_ dans le nom de cette pref indique que la feature est encore expérimentale dans Firefox 149. Les noms peuvent donc changer dans une version future.

Désactiver ETP (optionnel mais recommandé)

La protection contre le pistage intégrée de Firefox (ETP) et adblock-rust filtrent chacun de leur côté. C'est redondant. Pour désactiver ETP, allez dans about:preferences → Confidentialité et sécurité → Protection renforcée contre le pistage → cochez "Personnalisée", puis décochez tout ce que vous voulez confier à adblock-rust.

Limitation actuelle : adblock-rust ne gère pas encore les sélecteurs CSS de masquage d'éléments, les règles ## du style uBlock Origin. Brave les supporte déjà, Firefox devrait suivre. En attendant, quelques pubs que uBO cachait via CSS resteront visibles.

Pour le contexte technique complet sur l'intégration de ce moteur, allez lire l'article de Vincent sur l'arrivée discrète d'adblock-rust dans Firefox 149 . Et si vous voulez un guide général pour bloquer les pubs et trackers sur le web , c'est par là.

Merci à François pour la méthode et la liste de filtres !

Souveraineté numérique : pourquoi basculer sur une stack privacy européenne

-- Article en partenariat avec Proton --

L'actualité de la tech ces derniers mois donne des sueurs froides. Entre les rebondissements autour du CLOUD Act, la section 702 de FISA qui permet aux agences US d'accéder aux données des non-américains sans mandat, et les tensions diplomatiques internationales, la question de la souveraineté numérique n'est plus un débat de geeks. C'est un enjeu concret pour quiconque stocke, communique ou navigue en ligne.

Dans ce contexte, choisir ses outils, c'est faire un acte politique. Pas besoin de militer avec un mégaphone. Parfois, il suffit de changer de fournisseur et c'est là que Proton (lancé en 2014) entre en piste.

La localisation de vos données est importante

Si vous utilisez encore des services gratuits basés aux États-Unis (coucou Google, Meta & co), sachez que vos données sont, juridiquement, à portée de main du FBI, de la NSA ou de n'importe quelle agence fédérale disposant d'une subpoena (en gros l'équivalent d'une assignation à comparaître). Le CLOUD Act (pour Clarifying Lawful Overseas Use of Data) permet aux autorités américaines d'exiger l'accès aux données détenues par des entreprises US, même si ces données sont stockées sur des serveurs en Europe. Pepouze, ont fait comme chez nous quoi.

La Suisse, par contre, n'est pas membre de l'UE ni de l'EEE. Elle dispose de lois strictes sur la protection des données (LPD) et n'est donc pas soumise au CLOUD Act. Proton, basé à Genève, opère donc sous un cadre juridique qui privilégie la vie privée des utilisateurs. Ce n'est pas mon opinion, c'est un fait juridique.

Ajoutez à cela que tous les produits Proton sont open source, régulièrement audités par des tiers indépendants, qu'ils appliquent une politique de no-logs vérifiée et vous obtenez une stack technique qui résiste.

Proton VPN : la porte d'entrée idéale (à 1 €/mois)

Commençons par le produit phare de la suite : Proton VPN. Pourquoi un VPN ? Pas seulement pour contourner des géoblocages (même si bah ... accéder à un catalogue Netflix étranger a son charme). Un VPN sérieux chiffre votre trafic, masque votre trafic aux yeux de votre FAI, et vous protège sur les réseaux Wi-Fi publics crades. Comme tous les VPN sérieux, il restaure une couche de confidentialité dans un internet de plus en plus surveillé.

D'ailleurs si Proton coche la plupart des cases techniques essentielles, il va même plus loin avec des fonctionnalités pensées pour les usages exigeants :

**VPN Accelerator : la vitesse sans compromis
**Oubliez le mythe du « VPN qui ralentit tout ». Grâce au VPN Accelerator (une techno propriétaire qui optimise le traitement des protocoles et réduit la latence), Proton améliore les performances jusqu'à 400 % sur les connexions longue distance. Couplé à un réseau de serveurs 10 Gbps (plus de 20 000 serveurs dans 140+ pays), le résultat est plutôt pas mal du tout. Streaming fluide, téléchargements rapides, navigation réactive, ça poutre bien.

**Stealth : contourner la censure avancée
**Vous voyagez dans un pays restrictif ? Le protocole Stealth, basé sur un WireGuard tunnellisé via TLS, rend votre trafic VPN indiscernable d'une connexion HTTPS classique. Du coup il passe à travers la plupart des pare-feux et méthodes de blocage sophistiquées. Idéal pour les journalistes, les activistes, ou simplement les voyageurs qui veulent accéder à leurs services habituels sans friction.

**Secure Core : la double protection
**Pour les scénarios à haut risque, Secure Core route votre trafic via au moins deux serveurs. D'abord il passera par un nœud d'entrée situé dans un pays à forte protection des données (Suisse, Islande, Suède), puis par un serveur de sortie. Cette architecture en « double VPN » protège contre les attaques par corrélation de trafic et les compromissions de nœud de sortie. Les serveurs Secure Core sont hébergés dans des data centers durcis (anciennes bases militaires, installations souterraines, accès biométriques) et exploités sur des réseaux dédiés.

Ajoutez à ça des fonctionnalités comme :

  • NetShield : un bloqueur DNS intégré qui filtre pubs, trackers et malwares avant qu'ils n'atteignent votre appareil.
  • Kill Switch & Always-on VPN : coupe automatiquement le trafic si la connexion VPN tombe, pour éviter toute fuite d'IP.
  • Tor over VPN : accédez au réseau Tor en un clic, sans configuration complexe.
  • Split Tunneling : choisissez quelles applications passent par le VPN, et lesquelles utilisent votre connexion directe.
  • Chiffrement de bout en bout : AES-256, ChaCha20, clés 4096-bit RSA.

Mais parlons prix, car c'est souvent là que le bât blesse. Les VPN « premium » tournent souvent autour de 10-12 €/mois. Proton propose actuellement une offre d'appel à 1 euro par mois pour Proton VPN .

Pour le prix d'un café serré, vous testez un VPN sérieux, sans engagement long terme, et vous soutenez une entreprise qui se bat pour la vie privée en ligne. C'est un point d'entrée à très faible risque.

L'offre est visible directement sur leur site, sans code promo alambiqué. Si l'expérience vous convainc, vous pourrez toujours migrer vers une formule plus complète plus tard.

La cohérence d'une stack privacy

Un VPN protège votre navigation. Mais vos emails dans tout ça ? Et vos fichiers stockés dans le cloud ? Hé bien c'est là que la vision de Proton prend tout son sens puisqu'ils proposent un écosystème unifié plutôt que des outils disparates.

**Proton Mail : l'email chiffré de bout en bout
**Finis les scans publicitaires de vos messages (coucou Gmail). Proton Mail chiffre vos emails avant même qu'ils ne quittent votre appareil. Seul le destinataire possédant la clé privée peut les lire. Même Proton ne peut pas accéder au contenu de vos messages. L'interface est épurée, les applications mobiles sont fluides, et l'intégration avec un client email tiers (via IMAP/SMTP) est possible sur les formules payantes.

**Proton Drive : le stockage cloud qui respecte votre vie privée
**Lancé plus récemment, Proton Drive permet de stocker vos fichiers avec un chiffrement de bout en bout. Fini les analyses automatiques de vos photos ou documents. Vous gardez le contrôle total. L'intégration avec Proton Mail permet d'envoyer des fichiers volumineux de manière sécurisée, directement depuis votre boîte de réception.

**Le tout-en-un : Proton Unlimited
**Si vous commencez à voir l'intérêt d'avoir VPN + Mail + Drive sous le même toit, sachez que Proton propose l'offre Proton Unlimited. Elle regroupe :

  • Proton VPN (accès complet à tous les serveurs, dont Secure Core et Stealth)
  • Proton Mail (avec adresse personnalisée, alias illimités et 500 Go de stockage partagé)
  • Proton Drive (stockage étendu, partage chiffré, synchronisation multi-appareils)
  • Proton Pass ( gestionnaire de mots de passe avec authentification 2FA intégrée et surveillance du dark web)
  • Proton Calendar (agenda chiffré, partage sécurisé d'événements)

Le tout pour un tarif unique, souvent plus avantageux que l'addition des services séparés. Et bonne nouvelle c'est que l'offre découverte à 1 €/mois peut parfois s'appliquer à Proton Unlimited selon les promotions en cours (à vérifier sur leur page dédiée). C'est l'occasion idéale pour tester l'écosystème complet sans se ruiner.

La souveraineté numérique, ça se construit pas à pas

Basculer vers une stack privacy européenne, ce n'est pas un geste magique qui résoudra tous les problèmes de surveillance en ligne. Mais c'est un pas concret, mesurable, pour reprendre le contrôle sur vos données. C'est un projet aligné avec des valeurs de protection de la vie privée.

Proton n'est pas parfait. L'écosystème est encore jeune comparé aux géants du secteur, certaines fonctionnalités avancées arrivent progressivement, et le prix (même avec l'offre d'appel) reste un investissement supérieur au zéro pratiqué par le "tout gratuit". L'abonnement couvre jusqu'à 10 machines, ce qui est assez large pour la plupart des familles, mais c'est pas de l'illimité non plus.

Si vous hésitez encore, rappelez-vous : 1 euro. C'est le prix d'un café (demi café bientôt), soit un coût marginal pour un test sans risque. Si l'expérience ne vous satisfait pas, vous aurez perdu l'équivalent d'un sucre en poudre. Mais si c'est le cas, vous aurez fait un pas significatif vers la reprise de contrôle de votre vie numérique.

Prêt à tester ? Découvrez l'offre Proton VPN à 1 €/mois.

Et, si le cœur vous en dit, explorez l'offre Proton Unlimited pour embrasser toute la stack d'un coup. Parce que la souveraineté numérique, ça commence par un choix. Ce choix, c'est toujours le vôtre, vous avez encore les clés du bonheuuuur dans vos mains. Et comme d'hab, naviguez sûr et gardez le contrôle.

FAQ rapide (oui vous vous êtes posé l'une d'entre elles, je sais) 

*- Proton VPN conserve-t-il des logs de navigation ?
*Non. Proton VPN applique une politique stricte de no-logs, vérifiée par des audits indépendants. Aucune adresse IP, aucun historique de navigation, aucune donnée de session n'est conservée. Sous droit suisse, Proton ne peut même pas être contraint de commencer à logger.

*- Puis-je utiliser Proton VPN pour regarder du streaming étranger ? 
*Oui, Proton VPN propose des serveurs optimisés pour le streaming (Netflix, Disney+, Prime Video, etc.) sur ses formules payantes. La performance est au rendez-vous grâce au protocole WireGuard et au VPN Accelerator.

*- Le protocole Stealth fonctionne-t-il partout ? 
*Stealth est conçu pour contourner la censure avancée (Chine, Iran, Russie, etc.). Il n'est pas infaillible à 100 %, mais il représente l'une des solutions les plus robustes du marché, régulièrement mise à jour face aux nouvelles techniques de blocage.

*- La Suisse est-elle vraiment un havre de confidentialité ? 
*Sans être complète, la législation suisse (LPD) reste l'une des plus protectrices au monde. La Suisse n'est pas membre des alliances de surveillance Five Eyes, Nine Eyes ou Fourteen Eyes. Cela ne garantit pas une immunité absolue, mais cela crée un cadre juridique nettement plus favorable que bien d'autres juridictions.

*- L'offre à 1 €/mois est-elle limitée dans le temps ?
*Il s'agit d'une offre promotionnelle ponctuelle. Si vous lisez ces lignes et qu'elle est toujours active, n'attendez pas ! Vous pourrez toujours annuler ou modifier votre abonnement plus tard.

*- Proton est-il compatible avec mes appareils ? 
*Sauf cas exceptionnel, la réponse devrait être : oui. Les applications Proton sont disponibles pour Windows, macOS, Linux, iOS, Android, Android TV, Chromebook, et via extensions navigateur (Chrome, Firefox). Un seul abonnement couvre jusqu'à 10 appareils simultanément.

BleachBit 6.0 - Le grand nettoyage repart pour un tour

Souvenez-vous, en mai 2025 quand je vous parlais de BleachBit 5.0 et de son grand ménage de printemps. Hé bien Andrew Ziem, le développeur historique du soft, vient de balancer la version 6.0 samedi dernier !

Et c'est annoncé comme la plus grosse release du projet depuis des années, avec plus de 100 améliorations et bug fixes au programme. Et surtout deux nouveautés qui sortent du lot.

La première, c'est un Cookie Manager qui vous laisse enfin choisir quels cookies garder lors d'un nettoyage, sur les navigateurs Chromium et Firefox. Plus besoin donc de tout dégager d'un coup et de devoir ressaisir vos sessions partout.

Vous gardez ce qui compte (banque, mail, sites où vous êtes loggés en permanence) et le reste passe à la machine. Andrew a même mis une vidéo de démo sur la page de release pour montrer le truc en action.

Côté browsers, BleachBit 6.0 ajoute aussi des nettoyeurs natifs pour Vivaldi et Zen, et améliore sérieusement la couverture sur Chromium (Brave, Edge, Chrome, et bien sûr Chromium lui-même). De la purge du component cache, des shaders, du Graphite Dawn cache, des crash reports, du DIPS, des IndexedDB, des suggestions de recherche... Bref, le périmètre est large !

Sur Firefox, LibreWolf et Waterfox, ça nettoie maintenant le bounce tracking protection, le site security state, les alternate services, les favicons et les session backups. De quoi faire plaisir aux paranos modérés.

Et le mode Expert, c'est l'autre nouveauté sympa pour celles et ceux qui ne sont pas trop à l'aise avec les outils sysadmin. Quand il est désactivé (le mode par défaut, en fait), BleachBit met des garde-fous sur les opérations risquées (genre supprimer les mots de passe stockés dans le navigateur) avec des avertissements bien visibles. Et des options carrément bloquées.

Sauf que dès que vous l'activez, vous accédez aux options protégées et désactivez certaines confirmations. Attention quand même, certaines options peuvent dégommer des trucs irrécupérables, donc à manier avec discernement.

Y'a aussi un bug critique fixé sous Windows, où BleachBit suivait les junctions et symlinks placés directement dans la corbeille, et finissait par effacer le dossier cible au lieu de la junction elle-même. Du coup, perte de données accidentelle hors corbeille. Ce fix vital vaut à lui seul l'upgrade.

BleachBit reste un soft sous licence GPL, gratuit, dispo sur Linux et Windows, avec une CLI complète pour l'automatisation et le scripting. La génération de Chaff (les données fictives qui camouflent des suppressions sensibles) tourne plus vite, avec des conditions d'arrêt flexibles et un bouton stop qui n'existait pas avant ! Ah, et Ctrl+V dans la fenêtre principale permet maintenant de coller des chemins de fichiers à shredder, même en texte brut depuis Notepad.

C'est super pratique !

Une refonte complète de l'interface graphique est également dans les tuyaux pour la prochaine grosse release, donc si l'UI actuelle vous fait grincer des dents, sachez que ça arrive. Pour l'instant, BleachBit 6.0 est disponible en téléchargement sur le site officiel, avec installeurs Windows et paquets Linux signés.

Voilà une mise à jour à faire si vous tournez déjà avec BleachBit, et un test à tenter si vous cherchez un outil de nettoyage qui fait sérieusement le job sans vous faire payer un abonnement.

Source

PanicLock - Désactiver Touch ID en un clic sur votre Mac

Si vous voyagez avec un Macbook qui contient des trucs trèèèès sensibles, faut absolument que vous alliez tester cet outil.

PanicLock est le bouton "panique" qu'Apple n'a jamais voulu faire. Grâce à cela, en un clic, Touch ID se désactive totalement.

Plus de biométrie, et retour au mot de passe obligatoire pour rouvrir la session. Parce que oui, Touch ID, c'est ultra pratique au quotidien, sauf quand un agent à la frontière ou un flic un peu trop curieux vous demande gentiment (ou de force) de poser votre doigt sur le capteur de votre machine.

Sur iPhone, Apple a prévu quand même une astuce (5 pressions sur le bouton latéral et la biométrie se désactive). Mais sur Mac, rien !

Le principe de PanicLock, c'est tout simplement de cliquer sur l'icône dans la barre de menu ou d'appeler un raccourci clavier de votre choix et voilà ! Votre Mac se verrouille alors en désactivant Touch ID au passage.

Les devs ont aussi prévu une option "Lock on Close" qui déclenche le panic mode automatiquement lorsqu'on referme l'écran du Macbook, ce qui est la fonctionnalité la plus utile de tout le pack ! Vous fermez l'écran, et c'est mort, faut le mot de passe !

Sous le capot, ça fonctionne grâce à des fonctions natives de macOS qui sont tout simplement détournées pour permettre de désactiver la biométrie en 2 secondes. Notez que le code de PanicLock est sous licence MIT, et fonctionne 100% en offline.

Alors pourquoi c'est utile au-delà de la paranoïa que vous vous trimballez depuis que vos parents vous ont appris que vous aviez un frère adoptif secret ?

Hé bien y'a une vraie distinction juridique en jeu que j'évoquais d'ailleurs récemment dans mon article sur les cartes bancaires biométriques . En effet, aux États-Unis, la justice est divisée car en janvier 2025, la cour d'appel fédérale du District of Columbia a tranché dans US v. Brown que forcer quelqu'un à déverrouiller son téléphone violait le 5e amendement, parce que ça revient à témoigner contre soi-même.

Alors que la cour d'appel fédérale de l'Ouest Américain, elle, considère qu'un déverrouillage biométrique reste un acte physique qui n'est pas un témoignage, donc forçable. Et là, désactiver Touch ID avant un contrôle change donc tout puisque grâce à ça, on bascule dans le cas "mot de passe obligatoire", qui est mieux protégé légalement dans plusieurs juridictions. C'est exactement la même logique que la fonction iOS 18 qui affole la police , transposée côté Mac.

Je ne suis pas expert, mais je crois qu'en France, c'est un petit peu la même chose avec notre droit à ne pas nous auto-incriminer.

Côté limites, PanicLock désactive Touch ID, et c'est tout, donc si vous avez l'unlock par Apple Watch ou via une clé de sécurité, votre Mac restera quand même "ouvrable" autrement. Il faut donc penser à désactiver ces méthodes en parallèle si vous êtes vraiment dans une situation à risque.

Pour l'installer, c'est:

brew install paniclock/tap/paniclock

ou téléchargement du DMG depuis la page releases.

Et sur iPhone, la même philosophie existe via le pair locking qui bloque les ports USB, si vous voulez aller encore plus loin.

Bref, c'est petit, c'est simple, et c'est gratuit !!

Les cartes bancaires biométriques sont-elles une vraie avancée ou du bullshit marketing ?

Depuis quelques jours, plusieurs médias français ressortent cette merveilleuse histoire de la carte bancaire à empreinte digitale comme s'il s'agissait d'une révolution imminente ! Par exemple l'Indépendant titre carrément "le code à quatre chiffres c'est bientôt fini". Toudoum !!

Sauf que la techno, conçue par Thales et IDEMIA , est commercialisée en Europe depuis 2021 quand même. Et plus drôle encore, c'est que BNP Paribas a fermé la commercialisation de sa première version le 8 décembre 2025, soit bien avant que la presse en fasse un sujet d'actualité "frais".

La carte F.CODE d'IDEMIA, l'un des deux principaux fabricants de cartes biométriques en Europe avec Thales (crédit : IDEMIA).

Donc bon, on va remettre les pendules à l'heure ensemble, parce que le sujet mérite mieux qu'un communiqué de presse recopié à la chaîne par dix rédactions. Je vous propose donc de remettre un peu tout ça à plat parce que je lis quand même pas mal de conneries.

Tout d'abord, il faut savoir que le principe technique derrière ces CB est solide, faut le reconnaître. Vous posez le pouce sur un petit capteur de quelques millimètres intégré à la carte, le module Secure Element (l'équivalent du coffre-fort embarqué) compare l'empreinte au gabarit stocké dans la puce, et si ça matche, le paiement passe en moins d'une seconde !

Le mot-clé c'est d'ailleurs "match-on-card". Cela veut dire que la comparaison se fait localement, et donc que l'empreinte ne sort jamais de la carte, ni vers le commerçant, ni vers la banque, ni vers un serveur quelque part. C'est donc exactement le même délire que Touch ID ou Face ID chez Apple, et c'est ce qui distingue ce système d'une base biométrique centralisée façon ANT, dont on a vu cette année à quel point ça pouvait mal finir (looool).

Côté sécurité, y'a beaucoup de vrais points positifs. Le code PIN à quatre chiffres, c'est dix mille combinaisons. Avec un peu de skimming sur un terminal compromis et une caméra cachée au-dessus du clavier, vous pouvez tout récupérer encore plus facilement. Sans parler des PIN type 1234, 0000 ou date de naissance qui représentent une part énorme des codes en circulation selon les analyses de DataGenetics (1234 représente à lui seul environ 10,7% des PIN observés sur 3,4 millions de codes analysés).

La biométrie vient donc tuer ce vecteur d'attaque d'un coup. Ainsi, si quelqu'un vole votre carte, il ne peut rien en faire, en théorie, sans votre doigt. Faudra avoir un bon sécateur ^^. Et niveau conformité, ça rentre pile-poil dans le cadre PSD2 et l'authentification forte du client puisque la biométrie remplace le facteur "savoir" (le PIN) par un facteur "inhérence" (votre corps), ce qui valide les deux facteurs requis avec la possession de la carte. Une fois encore c'est comme avec l'iPhone et FaceID / TouchID quand on se connecte quelque part.

Sauf que voilà, c'est là que les médias arrêtent de creuser. Et y'a beaucoup de choses à creuser, croyez-moi ! Perso je trouve ça assez "gênant" (comme disent les zados... "Annnnh la génance !!") qu'on nous présente un sujet sécurité aussi important comme si on nous vendait des yaourts.

Parce que d'abord, le code PIN ne disparaît pas, sauf si vous avez la chance d'avoir une banque qui vous laisse le désactiver explicitement (et bonne chance pour trouver l'option dans les CGV). Hé oui, quasi toutes les implémentations que j'ai pu voir passer, gardent un bon gros fallback PIN pour les cas où le capteur foire (doigt mouillé, sale (sacré lulu), blessure, capteur défaillant) ou pour les retraits au DAB.

Or, vous le savez parce que vous avez Bac+18 en bon sens, la sécurité globale d'un système est celle de son maillon le plus faible. Donc si le code PIN reste en backup, vous n'avez pas supprimé le maillon faible mais vous l'avez juste rendu optionnel. Et donc un voleur qui sait ça, sera capable de forcer le fallback en simulant un échec biométrique et utiliser le code PIN pour peu qu'il le connaisse. Comme avant quoi...

Donc cette promesse "fin du code à 4 chiffres" est donc un bon gros raccourci marketing, et pas du tout une réalité technique.

Ensuite, autre souci, c'est que la biométrie n'est pas révocable. Donc si demain un labo ou un expert sécu arrive à extraire un gabarit d'empreinte d'un Secure Element compromis (ça s'est déjà vu sur des puces certifiées EAL5+ par attaques side-channel), vous ne pourrez pas changer votre doigt parce que j'sais pas si vous avez remarqué mais il est bien solidement attaché au sac de viande que vous appelez "Mon summer body" ^^.

Le risque est heureusement limité dans ce cas-ci parce que le gabarit reste sur la carte, mais structurellement, la donnée biométrique EST un mot de passe que vous ne pouvez jamais changer. C'est une contrepartie importante que personne ne mentionne dans les articles grand public.

Sur les attaques physiques par exemple, le Chaos Computer Club qu'on connaît tous, a démontré dès 2013 le bypass de Touch ID avec un moulage en latex fabriqué à partir d'une empreinte laissée sur un verre. Les capteurs intégrés dans une carte bancaire sont plus petits, moins denses en pixels, et n'ont pas la même puissance de calcul pour faire tourner des modèles anti-spoof avancés que ce qui est embarqué dans un iPhone.

Ils sont donc plausiblement PLUS contournables, donc j'imagine qu'un moulage en silicone ou en résine pourra facilement en venir à bout. À ma connaissance, y'a aucun chiffre public sérieux qui n'a été publié par les fabricants sur le taux de succès de ces attaques sur leurs cartes. Comme c'est pratique ;)

Le sujet de la mise sous pression par des affreux bandits, mérite aussi une mention. Parce qu'avec un code PIN, si on vous menace devant un DAB, vous pouvez théoriquement saisir un faux code (certaines cartes ont même une notion de " code sous contrainte " qui bloque la carte directement). Alors qu'avec un doigt, on vous chope la main et force et voilà...

La jurisprudence américaine est d'ailleurs intéressante là-dessus puisqu'un juge peut vous obliger à poser le doigt sur un TouchID, mais pas à donner votre code PIN par respect du 5e amendement. En France le débat est un peu différent mais analogue. C'est un petit détail légal mais personne ne l'aborde non plus pour tout ce qui est sécurité biométrique en général.

L'enrôlement à domicile via smartphone, vendu comme "sécurisé" mais dont le protocole détaillé reste opaque (crédit : IDEMIA).

Autre angle mort, l'enrôlement. En effet, aucun des articles que j'ai lus ne décrit exactement comment l'empreinte arrive dans la puce la première fois. Est-ce que ça se fait en agence, avec un lecteur dédié ? Via une app smartphone qui pousse le gabarit par NFC ?

On en sait rien, mais si c'est la seconde option, le pipeline app + carte est une surface d'attaque qui mérite un audit indépendant, et la promesse de "l'empreinte ne quitte jamais la carte" devient à géométrie variable. Côté Thales et IDEMIA, le marketing parle d'enrôlement à domicile sécurisé, mais les détails du protocole sont peu documentés, tout du moins ce que j'ai pu trouver en libre accès.

Et pour finir sur le côté pratique, la biométrie est une option payante. Bah ouais, 24 balles par an chez BNP et Crédit Agricole, sur des cartes Visa Premier ou Mastercard Gold qui coûtent déjà entre 130 et 180€ annuels, pourquoi se faire chier ? Société Générale a annoncé vouloir descendre en gamme là-dessus, mais pour l'instant, la sécurité forte est réservée à ceux qui peuvent payer. Sécurité à deux vitesses, donc, comme d'hab et moi je trouve que c'est un peu paradoxal pour un truc présenté comme la nouvelle norme.

Bref, mon verdict sur tout ça c'est que le design technique est bon, le match-on-card protège VRAIMENT des fuites massives, et ça c'est un excellent progrès face au PIN à 4 chiffres pour tout ce qui est usage courant. Mais le narratif "fin du code secret" reste faux puisque le PIN perdure en fallback, et surtout, la biométrie pose des problèmes structurels bien connus (non-révocable, vulnérable aux moulages, coercition, enrôlement opaque).

Donc voilà, si demain votre banque vous propose le passage au biométrique, demandez-lui comment se passe l'enrôlement, si le fallback PIN est désactivable, et combien ça coûte. Et peut-être que là, ça pourra être intéressant.

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