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DirPlayer - L'émulateur qui ressuscite Shockwave

Flash à sa grande époque c'était quand même tout un truc, mais est-ce que vous vous souvenez de Shockwave ? Le grand frère de Flash (techniquement c'était une autre techno bâtie sur Director mais bref...), qui était capable de faire tourner des trucs bien plus complexes que les vieux .swf ?

Et ben l'équipe derrière DirPlayer s'est tapé tout le reverse-engineering du moteur Director from scratch pour le ressusciter grâce à Rust et le rendre à nouveau fonctionnel dans nos navigateurs modernes !

Faut savoir qu'Adobe a débranché Shockwave Player en avril 2019 et Flash un peu plus tard, et avec eux c'est un pan entier du web rétro qui s'est retrouvé inaccessible du jour au lendemain. Du genre tous ces jeux qui tournaient sur Shockwave.com ou les vieux portails de mini-jeux des années 2000, paf, d'un coup plus moyen d'y rejouer.

Alors heureusement, pour Flash, y'a déjà Ruffle qui fait tourner les bons vieux .swf. Hé bien ici c'est le même principe avec DirPlayer pour les .dcr Shockwave.

L'outil se décline sous 3 formes. D'abord une extension Chrome qui détecte automatiquement les balises Shockwave qui traînent encore sur les vieux sites web, ce qui peut être sympa pour redécouvrir des sites des années 2000.

Y'a aussi une version standalone construite avec Electron qui embarque carrément un debugger Lingo (le langage de scripting de Director, super pratique si vous voulez bidouiller du contenu existant). Et enfin un polyfill JS auto-contenu qui réécrit les et directement sur votre site web.

Perso, pour vous faire une idée, je vous invite surtout à jeter un oeil à la démo web pour tester rapidement parce qu'il n'y a rien à installer. Mais dès que vous voudrez analyser ou debugger un vieux jeu en profondeur, faudra plutôt opter pour la version standalone.

Notez que DirPlayer utilise Ruffle en submodule Git donc les 2 projets sont liés et bonus côté sécurité, le tout tourne en WebAssembly avec le sandboxing du navigateur, donc y'aura plus toutes ces failles qu'on pouvait retrouver à l'époque sur l'ancien plugin Shockwave Player.

Pour les sites qui hébergent encore des applis ou des jeux Shockwave (genre archive.org, avec des musées interactifs ou des jeux des années 2000), c'est une nouvelle corde à leur arc. Et si vous avez de vieux .dcr planqués sur un disque dur, la démo web devrait pouvoir les avaler aussi (faudra tester quoi...).

Bref, grâce à Ruffle pour Flash et DirPlayer pour Shockwave, le web des années 90-2000 n'est pas encore tout à fait mort ! Un peu comme moi finalement ^^

Slint - Un toolkit GUI pour Rust, C++, JS et Python

Vous avez déjà voulu créer une appli desktop qui tourne sur Linux, Mac et Windows en même temps ? En Rust, c'était un peu compliqué jusqu'ici. Heureusement, Slint , créé par la société allemande SixtyFPS GmbH, propose une solution sympa !

L'idée, c'est de décrire votre interface dans des petits fichiers .slint (un genre de mini HTML/CSS pour appli native), et de brancher ça à du Rust, du C++, du JavaScript ou du Python. Comme ça, vous codez le visuel d'un côté, la logique de l'autre.

Et ce qui est encore plus cool c'est que leur runtime tient dans 300 KiB de RAM. A titre de comparaison, une appli Electron type Discord en bouffe plusieurs centaines de mégaoctets. Slint tourne donc aussi bien sur un Raspberry Pi, un microcontrôleur STM32, ou directement dans un navigateur via WebAssembly.

Par exemple, SK Signet, un fabricant sud-coréen leader sur le marché américain des bornes de recharge électrique, anime ses écrans tactiles 15 à 32 pouces avec. OTIV fait tourner ses trains autonomes dessus. WesAudio l'utilise également pour son plugin audio pro.

Donc c'est du sérieux et si vous voulez tester sans rien installer, direction SlintPad . Vous tapez du code, et le rendu apparaît dans le navigateur. Ensuite pour débuter un projet Slint en local, faudra faire un cargo install slint-lsp puis utiliser le template slint-rust-template dispo sur GitHub. 2 minutes de compilation plus tard et hop, vous avez votre première fenêtre.

Côté tarif, Slint est gratuit pour les projets open source et gratuit aussi pour les applis desktop, mobile ou web même propriétaires. Seul l'embarqué propriétaire est payant. Donc pour la majorité des gens, c'est gratos.

Le revers de la médaille c'est qu'il faudra apprendre un nouveau langage de description, et la bibliothèque de boutons et menus prêts à l'emploi est moins fournie qu'un Qt qui a 30 ans d'avance derrière lui. Mais ça vaut le coup d'essayer puis vu que tout le monde vibe code de toute façon, ça ne devrait pas vous poser trop de soucis.

Voilà, si vous bricolez vos propres outils sur Raspberry Pi ou que vous voulez juste une appli desktop ultra-légère sans embarquer un navigateur entier avec, c'est à regarder.

Merci Chrltc pour le lien !

Source : github.com/slint-ui/slint

tar-vfs-index - Monter du .tar.gz dans le browser sans l'extraire

Distribuer des paquets binaires en WebAssembly, c'est galère. Vous téléchargez le .tar.gz, vous le gunzippez, vous l'extrayez en mémoire... et ça rame sévèrement !! Mais youpi, Jeroen Ooms (qui contribue à webR et bosse chez ROpenSci) vient de publier tar-vfs-index , un petit npm package qui casse cette malédiction des enfers en sautant carrément l'étape extraction.

L'astuce est toute bête ! Au lieu d'extraire l'archive, on génère un fichier d'index qui liste la taille et l'offset de chaque fichier dans le tar. Du coup le navigateur n'a plus qu'à monter le blob du tar comme un système de fichiers virtuel, et chaque lecture devient alors un simple slice du blob à la bonne position. Pas d'extraction donc, mais juste du slicing à la demande !

Sous le capot, ça repose sur 3 propriétés alignées. 1/ le format tar est un layout plat : une suite de headers de 512 octets suivis des données du fichier, le tout contigu et adressable à l'octet près. 2/ Emscripten propose un backend filesystem appelé WORKERFS, prévu pour servir les lectures d'un Blob sans le copier dans le heap WASM. Et 3/ les navigateurs ont une API native, DecompressionStream , qui gunzippe efficacement pendant le téléchargement.

Concrètement, vous installez le truc avec npm install tar-vfs-index (y'a aucune dépendance externe) puis vous lancez npx tar-vfs-index archive.tar.gz. Et hop, le package vous sort un JSON dans ce genre :

{
 "files": [
 { "filename": "mypackage/DESCRIPTION", "start": 512, "end": 548 },
 { "filename": "mypackage/R/code.R", "start": 1536, "end": 1563 }
 ],
 "remote_package_size": 3072
}

Les valeurs start et end sont tout simplement les offsets dans les données tar décompressées, et remote_package_size indique la taille totale (pour que WORKERFS sache combien préallouer). Ensuite, côté navigateur, ça donne du JavaScript du genre :

const [metaRes, dataRes] = await Promise.all([
 fetch('archive.tar.gz.json'),
 fetch('archive.tar.gz'),
]);
const metadata = await metaRes.json();
const blob = await new Response(
 dataRes.body.pipeThrough(new DecompressionStream('gzip'))
).blob();
FS.mkdir('/pkg');
FS.mount(WORKERFS, { packages: [{ metadata, blob }] }, '/pkg');

Le cas d'usage qui a motivé tout ça, c'est webR , le portage du langage R en WebAssembly. Les paquets R sont distribués en .tar.gz et avant cette astuce, charger un paquet voulait dire copier des trucs partout. Maintenant le temps et la mémoire de chargement reviennent à peu près au coût du téléchargement et du gunzip, ce qui est nettement plus léger qu'une extraction complète en RAM. Et ça marche pour n'importe quel bundle distribué en tar.gz : assets de jeu, datasets pour du machine learning, runtimes Python via Pyodide, bref tout ce qui ressemble à une archive lourde côté navigateur !

Y'a également un mode --append qui colle l'index directement à la fin du tarball (le format tar autorise ce genre de bidouille). Ça donne donc un .tar.gz autonome qu'un loader peut monter sans aller chercher un fichier de métadonnées séparé !

Bref, c'est plutôt joli comme façon de faire et ça vaut le coup d'œil si vous trimballez du tar.gz dans du WebAssembly.

Source

Iron Wolf - Wolfenstein 3D recréé en Rust et jouable en ligne

Wolfenstein 3D, pour ceux qui n'étaient pas nés en 1992, c'est le FPS qui a tout lancé. Le jeu de Carmack et sa bande chez id Software, qui a directement mené à DOOM l'année suivante.

Eh bien un dev Rust vient de le recréer de zéro, et c'est 100% jouable dans le navigateur.

Iron Wolf , c'est donc le projet de Michael Bohn, un allemand, qui bosse sur ce truc depuis mai 2021, soit près de cinq ans. On n'est donc pas sur un portage vibe codé à l'arrache. C'est vraiment une réécriture complète.

La version web d'Iron Wolf tournant dans le navigateur

Le bonhomme a carrément créé ses propres crates Rust pour émuler la carte VGA et la puce sonore OPL. J'ai d'abord cru qu'il réutilisait une lib existante, mais non, il a tout écrit from scratch en Rust. Bah ouais, développer ses propres librairies d'émulation hardware juste pour un side-project, what else ?? Je trouve que ça force le respect !

Le truc cool, c'est que la version shareware du jeu est incluse directement dans le dossier testdata/ du repo. Du coup sur macOS, Linux ou Windows, un git clone + just run-sdl-shareware et hop, vous voilà dans les couloirs du château. Attention sur Ubuntu 22.04, faut avoir libsdl2-dev d'installé avec apt install libsdl2-dev, sinon la compilation plante avec une erreur cryptique. Par contre, si vous êtes sur la version Ubuntu 24.04, là ça passe direct. Et si vous avez les fichiers WAD du jeu complet qui traînent sur un vieux CD-ROM quelque part, ce sera encore mieux car la version web permet de les uploader pour jouer à l'intégrale.

Ça tourne donc en WebAssembly sur wolf.ironmule.dev , sans plugin, juste Chrome ou Firefox récent. Voilà, si vous vous demandiez si on peut encore jouer au classique en 2026... la réponse est carrément oui !

Pour les curieux, le raycasting, cette technique de rendu qu'utilisait Wolfenstein 3D, est réimplémenté très fidèlement puisque le moteur de Michael dessine les murs comme le code de Carmack le faisait à l'époque... sauf que là ça tourne dans un onglet de navigateur. Vos fichiers de jeu sont également stockés localement via IndexedDB et un service worker gère le mode hors-ligne ce qui est très pratique pour jouer en avion ou quand on est chez Free (je décoooonnnne, humour humour).

Le projet en est à sa version 0.9.0, sous licence GPL-3.0 et si les classiques d'id Software recréés par des passionnés vous branchent, sachez que DOOM aussi a ses portages bien sympas.

Bref, si la nostalgie du raycasting vous titille, allez faire un tour sur wolf.ironmule.dev.

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