Le verdict de la toile est tombé, et il est cinglant. Après la diffusion de la seconde bande-annonce de L'Odyssée, le prochain blockbuster de Christopher Nolan, la colère a supplanté l'impatience. Accusé de dénaturer le texte fondateur d'Homère au profit d'une vision froide, industrialisée et politiquement révisée, le cinéaste britannique fait face à une fronde sans précédent. Décryptage d'une polémique où se mêlent identité, anachronismes et philosophie.
En 1992, Eddie Gil de la boîte anglaise Source R&D et Frank Ballouz de Fabtek s'étaient mis en tête d'une chose : transformer la Game Boy en PDA. La console à pile AA de Nintendo avec son écran vert pissette devait, dans leurs rêves les plus fous, devenir l'agenda électronique des cadres dynamiques. Le projet s'appelait WorkBoy, et il a même été présenté au CES en 1992, puis... plus rien.
Évaporé durant 28 ans.
Jusqu'à ce qu'en 2020,
Liam Robertson, le mec derrière DidYouKnowGaming
, retrouve un prototype fonctionnel chez Frank Ballouz lui-même. Ballouz l'avait sur son étagère depuis trois décennies. Quand Robertson l'a contacté, il lui a lâché tranquillou : "Oh yeah, j'ai le WorkBoy derrière moi" et après 7 mois de relances, le proto est finalement arrivé dans les mains de Robertson pour être testé en vidéo :
Le WorkBoy, c'est un clavier QWERTY plus gros que la Game Boy elle-même, avec une cartouche dédiée qui se branche dans l'emplacement où d'ordinaire, on met les jeux. Et à l'intérieur du clavier, il y a une horloge, de la mémoire interne (la Game Boy n'en avait pas, c'était LE problème majeur de l'époque), ainsi que tout un OS de bureautique de poche.
Et au menu des fonctionnalités, on avait donc le droit à un calendrier, un répertoire téléphonique, un convertisseur d'unités (parce qu'en 1992 vous saviez jamais quand ce serait le moment de convertir des pieds en mètres en pleine réunion), une calculatrice, et même un traducteur multilingue.
Mais le clou du spectacle, c'est la carte du monde qui jouait... les hymnes nationaux en 8-bit ! Voilà, je crois que là, tout est dit ! Vous cliquez sur la France, et hop vous avez la Marseillaise version Tetris. Vous cliquez sur l'URSS, vous avez l'Internationale en mode bip-bip. C'était fou pour l'époque !!
Eddie Gil avait passé des années à peaufiner ce truc, et Ballouz utilisait son carnet d'adresses Nintendo (il avait été cadre chez Nintendo Of America du temps des bornes d'arcade) pour pousser le projet en interne. Le lancement était alors prévu pour décembre 1992... l'usine était prête et la certification quasi bouclée.
Et puis Nintendo a annoncé qu'ils allaient faire baisser le prix de la Game Boy !! C'était la cata car d'un coup, l'accessoire WorkBoy, à 90 dollars environ, devenait plus cher que la console qu'il était censé compléter !
Ballouz a refait ses calculs, a fait la grimace, et a annulé la production quelques mois avant le CES. Game over pour le projet. Et voilà comment pendant trois décennies, le seul souvenir tangible du projet, c'était quelques photos floues et une marque déposée.
Mais le truc cool suite à cette redécouverte, c'est que Robertson a aussi mis la main sur le code source du WorkBoy via le fameux
Nintendo Gigaleak
de 2020 (c'était une fuite massive des serveurs Nintendo qui a balancé pelle-mêle des ROMs prototypes, du code source, des trucs internes...).
Un anonyme sur Twitter lui a alors signalé qu'on pouvait choper la ROM en ligne. Robertson était mal à l'aise avec la source car c'était du code volé, mais bon, il a fini par graver le binaire sur une cartouche et réussi à faire tourner le proto.
Et là, surprise : le truc a fonctionné nickel. "C'est plus rapide que mon ancien smartphone", a balancé Robertson. Faut dire qu'en 1992, avoir une UI réactive sur un écran 160×144 pixels en 4 nuances de vert, c'était de l'orfèvrerie. À l'époque, les développeurs savaient optimiser leur code au cycle CPU près, et ça se voyait...
Par contre, le WorkBoy nécessitait obligatoirement le hardware physique pour fonctionner correctement car l'horloge et la mémoire interne sont dans le clavier et pas dans la cartouche. Du coup, l'émulation pure ne suffisait pas. C'est probablement pour ça qu'on n'en avait jamais entendu parler avant que Ballouz daigne sortir le sien du grenier.
Ce WorkBoy disparu était l'incarnation parfaite de cette ère charnière où on cherchait à entasser de la productivité dans tout ce qui avait un microprocesseur. Comme quoi, bien avant le PalmPilot (1996), dans la foulée du Psion 3 (sorti un an plus tôt), Nintendo et ses partenaires avaient donc déjà flairé le truc.
Mis en ligne fin avril 2026, Talkie est un modèle de langage un peu particulier : il n’a jamais rien lu après 1930. De quoi explorer, à travers ses réponses, ce que le monde pouvait -- ou non -- anticiper avant la suite des événements.
Adrian William Jaime, Valeria Tapia Cruz et Mairi Cowan, 3 chercheurs de l'Université de Toronto, viennent de boucler le déchiffrement complet d'une lettre que personne n'avait jamais réussi à lire en entier depuis sa redécouverte en 1860. C'est
Bruce Schneier qui relaye l'info sur son blog
, et c'est pil poil une histoire qui prouve que l'infosec ne date pas d'hier.
La lettre fait 11 pages, elle a été écrite à Londres le 25 juillet 1498 par Pedro de Ayala, un noble de Tolède en mission diplomatique en Angleterre pour le compte de Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille.
Pour empêcher les rivaux de la lire si jamais elle se faisait intercepter en chemin, Ayala a alors chiffré une partie du texte avec un système de symboles maison où, vice ultime du gars, plusieurs symboles différents pouvaient représenter la même lettre.
Première page de la lettre
Par conséquent, la table de fréquences classique, celle qui marche sur les chiffres mono-alphabétiques basiques, ne donnait donc rien de propre. Voilà pourquoi la chose a tenu 165 ans face à des historiens qui s'y cassaient les dents les uns après les autres.
Mais notre petite équipe de Toronto a fini par reconstruire la clé entière, symbole par symbole, et a publié la transcription complète dans
Renaissance Studies
en libre accès.
Et faut dire qu'une fois le texte en clair, le contenu vaut largement le travail !
En effet, Pedro de Ayala fait à ses souverains un brief politique cash sur l'état de la Grande-Bretagne. Sur Jacques IV d'Écosse, il balance que le mec parle latin, français, allemand, flamand, italien, espagnol et probablement gaélique, qu'il décrit comme « une langue que les sauvages parlent dans une certaine partie de son royaume ». Charmant.
Sur les Écossaises, c'est encore mieux : « Les femmes sont très courtoises à l'extrême. Je dis cela parce qu'elles sont très audacieuses. Elles sont les gouvernantes absolues de leurs maisons. »
Et sur Henri VII d'Angleterre, l'envoyé espagnol ne mâche pas ses mots : « Il n'est pas aimé du tout, la reine en revanche est beaucoup aimée parce qu'elle peut faire peu. ». Avec ce qu'il balance, je comprends que ce diplomate ait bien bossé son chiffrement.
Pedro, à fond dans le chiffrement !
Le bonus historique, c'est que la lettre confirme aussi le voyage transatlantique de Jean Cabot l'année précédente, avec une remarque assez piquante adressée à Ferdinand et Isabelle : « ce qu'ils ont trouvé ou cherchent est ce que Vos Altesses possèdent. » Traduction polie : les Anglais sont en train de venir mettre les pieds dans votre pré carré américain.
La lettre originale, numérisée, est consultable directement dans les
archives espagnoles
si vous voulez voir à quoi ressemble du chiffrement diplomatique fait main au XVe siècle.
Le truc qui me fait marrer dans cette affaire, c'est de réaliser que les principes du chiffrement par homophones, le fait d'utiliser plusieurs symboles pour la même lettre afin d'aplatir la fréquence d'apparition, ce sont exactement les bases sur lesquelles ont été pensées plus tard les machines comme Enigma.
Pedro de Ayala, en 1498, faisait déjà sans le savoir un peu de cryptanalyse-resistant design. Et 5 siècles plus tard, il aura fallu trois universitaires et probablement des outils informatique que lui n'aurait jamais pu imaginer pour casser sa petite combine.