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Faille kernel Linux - Un seul caractère et vous voilà root

Oliver Sieber, un chercheur de chez Exodus Intelligence, vient de publier l'exploit complet d'une faille qui tient dans un seul caractère. C'est la CVE-2026-23111, planquée dans nf_tables, c'est à dire au bout du noyau Linux qui filtre les paquets réseau. Un bug discret donc, qui transforme un compte tout pourri, sans le moindre privilège, en compte root sur la machine... et qui vous fait sortir d'un conteneur au passage.

Le scénario, vous le connaissez si vous traînez ici depuis un moment. Un utilisateur qui dispose d'un compte sans droit particulier sur une machine Linux (y compris parce qu'il a exploité une autre faille avant, dans une appli web par exemple) lance l'exploit, et se retrouve avec les pleins pouvoirs. Pas de vecteur distant, rien à cliquer : c'est l'arme qu'on dégaine une fois le pied dans la porte. Que ce soit un shell avec des droits limités, un conteneur compromis, un compte de service... tout y passe et hop, root sur l'hôte !

Le bug lui-même, c'est ce qu'on appelle un use-after-free, c'est à dire que le noyau réutilise un bout de mémoire qu'il a déjà libéré, et forcément ça part en vrille. Exodus a titré son analyse complète "Off By !", un clin d'œil au classique off-by-one des développeurs, sauf qu'ici le coupable c'est un test inversé. Un caractère de trop, une condition qui dit l'inverse de ce qu'elle devrait, et voilà. Et le correctif, lui, tient en une seule ligne.

Le fameux caractère : le ! qui inversait le test dans nft_map_catchall_activate(). Le correctif le retire, et c'est tout (commit 8fdb05de).

La faille a d'ailleurs été reproduite deux fois, par deux équipes qui ne se sont pas concertées. Exodus l'a validé sur Debian Bookworm, Debian Trixie, Ubuntu 22.04 et 24.04. FuzzingLabs avait sorti sa propre version dès avril, par un chemin complètement différent, et l'avait fait tourner sur RHEL 10 juste avant le Pwn2Own de Berlin. Bref, ça marche, c'est bien documenté, et c'est public.

Mais le pire, c'est le calendrier de tout ce merdier puisque le patch a été mis à dispo le 5 février. Ensuite, y'a eu l'exploit de FuzzingLabs publié le 16 avril, suivi d'un write-up détaillé d'Exodus le 8 juin. Autrement dit, ça fait des mois que le correctif existe et des semaines que le code d'exploitation traîne dans la nature.

La seule chose qui vous sépare donc d'un compte root offert à n'importe qui, c'est d'avoir mis à jour ou pas.

Et cette faille s'ajoute à une sacrée série de failles root-local sur Linux ce printemps. Y'a eu Copy Fail , y'a eu Dirty Frag et sa variante Fragnesia ... à chaque fois le même refrain, un compte sans droit qui finit root sur une install standard. C'est devenu presque routinier, et Synacktiv pointe une raison plutôt pertinente en nous expliquant que c'est à cause (ou grâce ^^) aux outils d'IA qui décortiquent les patchs pour en sortir un exploit rapidos, qui marche direct avant même que la correction soit déployée partout.

Du coup, qu'est-ce que vous devez faire ?

Hé bien le plus simple d'abord, c'est de mettre à jour le noyau et vous rebootez. Ubuntu a corrigé 22.04, 24.04 et 25.10, Debian a patché Bookworm et Trixie (avec un backport en 6.1 pour Bullseye), et Red Hat, SUSE et Amazon Linux ont suivi. Comme la version corrigée exacte dépend de votre distrib, jetez donc un œil à l'advisory qui correspond à la vôtre.

Si vous gérez une machine où tournent des utilisateurs ou des workloads pas franchement de confiance, vous pouvez également couper le chemin d'attaque sans attendre le patch. La faille a besoin des user namespaces non privilégiés, un mécanisme qui laisse un process lambda se bricoler son propre bac à sable avec des droits root à l'intérieur.

Et nf_tables comme ces namespaces, sur la plupart des desktops et pas mal de serveurs, c'est actif par défaut, donc oui, sans le patch vous êtes probablement exposé.

Pour les désactiver, le plus universel c'est user.max_user_namespaces=0 : un sysctl -w user.max_user_namespaces=0 pour tout de suite, et la même ligne dans un fichier genre /etc/sysctl.d/99-userns.conf pour que ça tienne au reboot.

Ça marche sur toutes les distros mais c'est radical, ça coupe tous les user namespaces, même ceux de root. Sur Debian et les vieilles Ubuntu, t'as plus fin avec kernel.unprivileged_userns_clone=0 qui ne vise que les non-privilégiés. Et sur Ubuntu 24.04, bonne nouvelle, c'est déjà restreint par défaut via AppArmor. Attention quand même, ça peut casser des trucs qui s'appuient dessus, genre le bac à sable de Chrome ou Flatpak.

À faire en connaissance de cause, donc.

La parade en vrai : une fois les user namespaces non privilégiés coupés, un compte lambda qui tente d'en créer un (le prérequis de l'exploit) se fait jeter sur un "No space left on device".

Après la bonne nouvelle, c'est que d'après les chercheurs, aucune exploitation dans la nature pour cette faille précise n'a été constaté à ce jour. Après comme sa cousine Copy Fail, elle, a déjà atterri au catalogue des failles activement exploitées de la CISA, ne traînez pas trop. Bref, comme d'hab padpanik, vous mettez à jour, vous rebootez, et on n'en parle plus.

Source

ESP32 Bit Pirate - Le Bus Pirate qui tient dans un Cardputer

Les Bus Pirate , si vous ne connaissez pas encore, ce sont des petites sondes que les bidouilleurs utilisent pour "parler" à des puces inconnues, lire une EEPROM ou dumper des firmwares. C'est assez spécifique comme matos, alors c'est pourquoi geo-tp a eu une autre idée, à savoir foutre l'équivalent d'un Bus Pirate dans un ESP32 pour en faire un Cardputer (contraction de "card" + "computer") de hacker.

Bus Pirate

Et voilà comme son bébé, nommé Bit Pirate transforme un ESP32, c'est à dire une carte à 30 balles en multitool de hacking matériel qui cause plus de 20 protocoles.

Grâce à ça, vous pouvez vous brancher sur n'importe quelle puce et lire / modifier ce qu'elle contient, sans dessouder tout l'appareil. Côté bus numériques, vous avez le I2C (scan, glitch, dump d'une EEPROM 24Cxx), le SPI pour lire une flash 25Q ou une carte SD, l'UART avec auto-détection du baudrate, le 1-Wire et le JTAG/SWD compatible OpenOCD.

Bref, en un seul firmware, il remplace une palanquée de petits outils dédiés.

Côté radio, c'est aussi beaucoup plus musclé, mais attention, tout ne sort pas d'une ESP32 nue. Le Wi-Fi (sniff, deauth), le Bluetooth (BLE HID, spoofing) et l'infrarouge tournent direct sur l'ESP32 mais le Sub-GHz, le RFID, le bus CAN d'une bagnole ou le dump d'une carte SIM nécessiteront des puces spécifiques en plus (un CC1101, un PN532, un transceiver, un peu de câblage...etc), ou une carte qui les embarque déjà comme la LILYGO T-Embed CC1101.

Forcément, j'imagine qu'en lisant ça, vous pensez au Flipper Zero mais c'est pas vraiment le même objet. Le Flipper, c'est un produit fini, boîtier, batterie, interface léchée, et lui aussi est open source d'ailleurs. Alors que le Bit Pirate, c'est plus brut, avec des fils qui dépassent, un firmware en plein chantier...etc... C'est plus un outil de bench pour bidouilleurs, qu'un gadget clé en main et surtout la vraie différence, c'est le prix et le fait que ça tourne sur du matériel tout ce qu'il y a de plus banal.

Ça marche donc sur un ESP32-S3 nu, mais le combo qui fait rêver c'est le M5 Cardputer , ce mini-ordinateur avec clavier vendu autour de 30 euros. Vous le flashez, et hop, vous avez un Bus Pirate autonome avec écran et clavier dans la poche !

A titre de comparaison, un Flipper Zero, c'est plutôt dans les 200 balles donc y'a pas photo. Et pour l'installer, pas besoin de toolchain, puisque geo-tp a mis en ligne un flasher web qui déploie le firmware depuis le navigateur en un clic, via Web Serial (oui, la même techno qui débarque enfin dans Firefox ).

Ensuite une fois que le firmware est en place sur votre matos, vous pilotez la bête de 3 façons : soit via un terminal série classique, soit une CLI web par Wi-Fi, ou en standalone sur le clavier du Cardputer.

Les trois disposent exactement des mêmes commandes et pour les petits feignants surproductifs TDAH que vous êtes, rassurez-vous ça se scripte, soit en bytecode façon Bus Pirate historique, soit en Python par-dessus le port série pour automatiser un dump de flash. Et notez qu'il sait aussi se faire passer pour un simple dongle USB-UART, un programmateur SPI ou un analyseur logique quand vous avez juste besoin de ça.

Le firmware Bit Pirate aura besoin d'au moins 8 Mo de flash, et attention à la tension, car l'ESP32 bosse en 3,3V sur ses broches, donc pour taquiner un bus en 5V il vous faudra une carte ou un module prévus pour, sinon vous cramerez la puce. Et selon le modèle que vous choisissez, vous n'aurez pas forcement le même nombre de broches GPIO donc le brochage demandera parfois un peu d'ajustement. Et niveau radio, sniffer le Wi-Fi du voisin ou rejouer un signal Sub-GHz dans la nature, c'est interdit sachez le !! Donc les mêmes précautions qu'avec un Flipper Zero s'appliquent.

C'est surtout pour tester votre propre matériel et apprendre, et pas pour faire le malin et finir en zonzon.

Bref, si le hacking matériel vous démange, sachez que Bit Pirate c'est open source, que le matos n'est pas cher et que ça s'installe facilement grâce au flasher web... Ce serait donc dommage de vous en priver...

Merci à Nicolas pour le lien !

Flipper One - Le Linux de poche qui terrifie ses propres créateurs

Flipper Devices, les gens derrière le fameux Flipper Zero , viennent de dévoiler leur prochain joujou, le Flipper One . Et leur annonce démarre par cette phrase de Pavel Zhovner, le co-fondateur : « on est franchement terrifiés, et on a besoin de vous ».

Apparemment, ce nouveau projet l'angoisse et faut être honnête, y'a de quoi. Car le Flipper One, ce n'est pas un Flipper Zero en plus gros. C'est carrément un mini-PC Linux ARM de poche, pensé comme un couteau suisse pour le réseau. Et là où le Zero causait uniquement aux protocoles de proximité (NFC, RFID, sub-GHz, infrarouge), le One joue dans la cour du dessus, en s'adressant également au monde IP, donc tout ce qui est Wi-Fi, Ethernet, 5G et même satellite. Ahaha, j'adore !

Et côté tripes, s'ils tiennent leurs promesses, ça va envoyer du lourd ! En effet, on va y retrouver un Rockchip RK3576 8 cœurs cadencé avec GPU Mali et un NPU pour faire tourner des modèles d'IA en local, 8 Go de RAM, deux ports Gigabit Ethernet indépendants, du Wi-Fi 6E qui gère le monitor mode, un modem 5G en module M.2, et une sortie HDMI 2.1 en 4K.

En gros, vous avez un routeur, un analyseur de signaux et un thin client réunis dans un truc qui tient dans la poche.

Puis y'a surtout ce truc de "double cerveau" avec à côté du gros CPU, un microcontrôleur RP2350 (celui du Raspberry Pi Pico 2) en plus qui pilote l'écran, les boutons et l'alimentation. Comme ça, même quand le Linux est éteint, l'appareil reste vivant et vous pouvez toujours gérer le boot et l'affichage sans réveiller le monstre.

Mais le vrai sujet de cette annonce, ce n'est pas la fiche technique. C'est l'ouverture du bestiau car le Flipper One vise un noyau Linux pur, celui de kernel.org, sans patch vendeur, ni blob binaire ou autres drivers proprio. C'est un truc de puriste qui va faire plaisir à tous les barbus !

Parce que oui, chez Flipper Devices, ils en ont marre des fabricants ARM qui balancent leurs « board support packages » crades que personne ne comprend, comme le fait Raspberry Pi au passage. Alors pour y arriver, ils bossent à fond avec Collabora afin de pousser le support du RK3576 directement dans le kernel officiel.

Et c'est là qu'arrive le « we need your help » car plutôt que de bidouiller dans leur coin, ils ouvrent d'un coup tout le processus de développement dès le premier jour. Leurs trackers de tâches, leurs débats d'architecture, leurs docs à moitié finies, bref tout le bazar que les boîtes planquent d'habitude, bah eux, ils le mettent à dispo ! Et c'est pour cela qu'ils cherchent des gens pour le support du kernel, pour tester le Wi-Fi en audit et injection, pour trancher le choix du bureau (KDE Plasma ou un gestionnaire en tiling plus léger ?), et même pour entraîner un petit modèle d'IA maison.

Et au-dessus de tout ça, ils préparent leur Flipper OS, une couche sur du Debian qui introduit une notion de « profils » qui n'est ni plus ni moins qu'un instantané complet du système avec ses paquets préconfigurés. Vous bootez dessus, vous le clonez, vous le cassez, et hop vous revenez à une copie propre sans tout reflasher.

Ils bossent aussi sur FlipCTL, un framework pour habiller les utilitaires Linux en menus sur petit écran, avec comme objectif de le rendre installable d'un simple apt install ailleurs que sur leur produit.

Après, j'espère que ça va bien se passer pour eux car malgré leur succès, Flipper Devices traîne un passif chargé. Le Flipper Zero s'est écoulé à plus d'un million d'exemplaires, mais il a été viré d'Amazon en 2023, étiqueté « appareil de skimming », puis carrément banni au Canada début 2024 sous prétexte qu'il servait à voler des voitures.

C'était d'ailleurs des accusations bidons vu que le bestiau dans sa forme de base est incapable de mener les attaques par relais qu'on utilise en général pour voler des voitures. Heureusement pour eux, la justice canadienne a fini par reculer, mais bon, leur réputation grand public est faite malheureusement.

L'autre point qui va vous calmer, c'est que vous ne pourrez pas encore l'acheter... Le moyen le plus rapide sera de lâcher 350 $ dans leur prochaine campagne Kickstarter prévue cette année. Et encore, le projet pourrait ne jamais sortir...

Voilà, du coup, si l'idée d'un Linux de poche sans compromis vous parle, le mieux pour aider, c'est peut-être d'aller mettre les mains dans le cambouis sur leur portail dev.

Perso, un cyberdeck ouvert jusqu'au noyau, moi ça me plait bien. Le Flipper Zero, ça m'a jamais convaincu mais ce Flipper One, déjà pour moi, il est beaucoup plus convaincant... On verra s'ils tiennent la distance maintenant. Et si vous voulez creuser le genre, jetez un œil à ce cyberdeck fait maison , au WiFi Pineapple côté audit sans fil, et à Intercept pour l'analyse radio.

À suivre de très près !

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